Le dilemme des lefebvristes
Les lefebvristes sont devant un choix crucial. Qu’ils renâclent à...
Nous voici rendus au 11 octobre, soit un an exactement avant le 50ème anniversaire de l'ouverture du concile de Vatican II. Jean XXIII, tout heureux au soir de cette mémorable journée, pouvait plaisanter devant le peuple accouru sur la place St-Pierre: «Maintenant, vous allez retourner chez vous, vous embrasserez vos enfants, et vous leur direz que c'est une caresse du pape.»
Le chantier conciliaire allait travailler pendant quatre ans. Parmi les experts et théologiens qui gravitaient à Rome, un certain Joseph Ratzinger, très lié à Hans Küng et tous les deux applaudis à l'époque par la jeunesse de l'Eglise. Le temps était à la crise. Le futur cardinal Henri de Lubac pouvait écrire dans l'un de ses Carnets du Concile, en date du 11 octobre 1962: «Cérémonie imposante. Tristesse, malgré tout, en songeant au contraste avec la situation réelle de l'Eglise.» Sentiment partagé avec Yves Congar, théologien dominicain, très sévère: «Je vois l'époque (…) où les papes et les évêques étaient des seigneurs. Cela, l'Eglise ne l'a jamais répudié à Rome. La sortie de l'ère constantinienne n'a jamais été son programme» (1).
L'est-elle aujourd'hui? On se pose des questions. Benoît XVI est tout occupé à se réconcilier avec la Fraternité intégriste Saint-Pie X, qui l'a berné lui-même lorsqu'il vint secrètement à Ecône pour rencontrer Mgr Lefebvre au début de l'été 1988, une mission confiée par Jean-Paul II en personne. Elle échoua. Depuis lors, le pape Ratzinger n'a de cesse de réparer sa «faute». Tristesse, à notre tour, quand on songe aux propos de l'évêque Bernard Fellay, Supérieur général de la Fraternité, qui plaisantait le 15 août dernier lors d'une conférence sur ses rapports avec Rome: «La nouvelle génération n'est plus liée au Concile. Pour les nouvelles générations et tous ceux qui ont 20 ans aujourd'hui, le concile, c'est le millénaire passé.» Un autre responsable d'Ecône, l'abbé de Cacqueray, ironise de manière cinglante à propos de la rencontre d'Assise. Et c'est devant ces hommes que Rome s'incline? On n'ose le croire.
Albert Longchamp
Réflexion
Cher Père Longchamp, Les modernistes et les intégristes mènent le même combat, la destruction de l'Unité et la division dans l'Eglise Catholique. Peut-on blâmer le Saint-Père de tenter de réconcilier les catholiques ? La honte est sur ces personnes qui abusent de la confiance et de la bienveillance du Pape, des évêques et des fidèles."Tout ce qui est a moi est a toi"
Cher Père Longchamp, Je ne partage pas votre analyse pour ce qui est de l'intention de notre pape. Je vois en son geste celui d'un père faisant tout pour retrouver son fils. Cela est avéré par l'humilité et l'exigence de vérité avec lesquels le dialogue a été ouvert avec les anglicans, les lutheriens et la fraternité st Pie X. Il me semble important de méditer la parabole du fils prodigue (Luc 15:11--32): que notre fidélité à l'Eglise ne nous pousse pas réagir comme un fils ainé lorsque notre frère revient à la maison (et oui, les tradionalistes sont un peu nos cadets dans cette histoire!). Si nous regardons attentivement, tous nous sommes un peu des fils cadets et des fils ainés. Le soucis de la vérité et le désir de retrouver un père, manifesté dans la parabole par la "confession" du fils cadet, doit être le seul critère de retour; en opposition a un jugement des errements du passé ("il a dépensé tout tes biens"). Je ne sais pas si le retour se fera ou pas, nean-moins l'attitude de notre st père --- incomprehensible aux yeux du monde --- me semble la seule conforme à la miséricorde et à la charité. bien fraternellement dans la foiRéponse du P. Longchamp à FAM et yb
Merci de vos réactions. Vous pourriez me citer la parabole de la brebis perdue, ou celle de l'enfant prodigue. Dois-je rappeller que l'enfant prodigue de la parabole REVIENT au bercail et demande pardon à son Père? Les responsables de la Fraternité St-Pie-X, tout au contraire, campent sur leurs positions. Nous sommes dans l'Evangile à l'envers, une situation scandaleuse pour la majorité des fidèles. On pourrait citer aussi l'attitude du fils aîné de la parabole, qui voit fort mal le retour de son frère au bercail. Là encore, une image exacte du trouble des catholiques. Très déçue, une portion non négligeable des fidèles est indignée par l'attitude d'Ecône, qui se moque du Concile de Vatican II et se montre fort peu soucieuse des maux et divisions qu'elle a provoqués dans nos familles et nos paroisses. Attitude qui ne semble guère ébranler la détermination de l'autorité romaine à trouver un accord doctrinal avec Bernard Fellay et ses frères. La majorité silencieuse se pose des questions. Moi aussi. Albert Longchampeclaircissement
Je suis sur le point du "retour" d'accords avec votre reponse. Lors de mon premier message, j'ai écrit: "Le soucis de la vérité et le désir de retrouver un père, manifesté dans la parabole par la "confession" du fils cadet, doit être le seul critère de retour". Cela revient à l'attitude de retour sincère, qui à vos yeux comme aux miens n'est pas manifestée par la fssp. Cependant, notre indignation humainement légitime nous pousse à nous poser des questions comme vous le dites. Je pense que c'est precisement sur ce point que la parabole de l'enfant prodigue jette une lumière surnaturelle qui dépasse notre entendement: le père va vers l'enfant dès qu'il l'apercoit au loin, il n'attends pas chez lui alors même que cet enfant est redevable envers lui ("père, j'ai péché contre le ciel et contre toi"). Cela montre que malgré les fautes et l'état de péché, le père ne cesse d'attendre son fils (le fait qu'il l'apercoive au loin indique qu'il l'attends). Je ne veux pas defendre l'attitude de la fssp par cette parabole, mais essayer de comprendre celle de notre St Père Benoit XVI. Merci encore pour l'eclaircissement de votre reponse, bien fraternellement....
Bonjour à tous. Je peux le dire, je fais partie de l'Eglise "actuelle", je reconnais notre Saint Père etc. Mais ayant été élevée par une famille très ouverte d'esprit, non catholique à la base etc j'ai pu faire de nombreuses rencontres diverses et variées. et parmi ces dernières, j'ai d'excellents amis de la Fraternité saint Pie X. Et il est vrai qu'il me semble en tout cas impossible qu'ils "reviennent" par eux mêmes à l'Eglise que nous soutenons tous. Je vois bien qu'ils sont tous très campés sur leurs positions, que le dilogue est difficile dessus si ce n'est pour dire impossible. Mais ce geste du Saint Père si critiqué me semble tout à fait honorable. Alors, peutêtre suis-je influencée du fait de ces bonnes relations avec ces amis (je ne peux le renier) mais au moins le Pape a le courage de faire ce pas vers la FSSPX. après, à eux de voir s'ils acceptent ou non une réconciliation (difficile à mon avis) mais au moins, malgré toutes les crtitiques virulentes, les propos ironiques qui ne répondent pas vraiment pas aux questions qu'on leur pose, que je récolte de leur part en réponse à cet évènement, etc, je pense sincèrement que c'est l'Eglise actuelle qui mérité toute l'estime possible et qui a eu l'humilité de tenter une réconciliation, de retenter le dialogue. après, je pense que plus d'ouverture de la part des fidèles est également importante, ne pas tous les considérer comme des fanatiques car cela il y en a partout et en toutes religions. Bref, merci au Pape pour ce geste qui témoigne de l'effort de l'Eglise pour ramener les brebis au troupeau.@ Soby
Vous avez raison, nous devrions faire attention au fait que les fidèles de la FSSPX ne sont pas tous des personnes intransigeantes. Tout comme vous j'en ai rencontré qui ont été déçues de l'attitude de certains prélats et membre du clergé lors de la mise en place des décisions de Vatican II. Nous ne devons pas oublier que bien des choses qui au départ étaient autorisées ont été rendues obligatoires, que la messe selon le rite de Paul VI était en latin. Sans doute qu'un plus grand discernement et une plus grande attention aux sensibilités des catholiques de l'époque dans la mise en place des dites décisions du Concile nous auraient évité un nouveau schisme. Nous ne pouvons pas nier non plus que l'après concile a été marqué par des destructions et des des dévastations que beaucoup ont oubliées mais qui restent présentes à l'esprit de nombreuses personnes qui les ont vécues. La re-lecture des textes de Jacques Maritain à ce sujet est des plus éclairantes. Joyeuses fêtes de la Nativité à toutes et à tous. Et dans ces préoccupations de "riches" songeons aux catholiques dans le monde qui sont persécutés pour le foi en Dieu et au Christ ainsi que pour leur fidélité au Saint-Père. Que doivent-ils penser, à l'heure où ils cherchent à survivre dans des lieux hostiles, des débats qui agitent certains milieux catholiques et notamment en Autriche et en Allemagne ? Un peu de retenue et d'humilité ne nous feraient aucun mal.