Miettes épiscopales après une ordination
Ai-je raison de tant parler des évêques? Au lecteur de juger. Mon intention...
La barquette épiscopale, c’est la galère! Un adjudant-chef du Vatican vient de manger le morceau: de nombreux candidats pressentis refusent la carte d’embarquement. Trop d’ennuis, trop de tuiles, trop de boulot. La charge d’évêque diocésain pèse lourd, très lourd. Voyez tel mitré, courbé sous le fardeau, crispé par l’effort qu’il fait pour ne rien laisser paraître de son calvaire. Voyez la fatigue de l’un, l’agitation de l’autre. Voyez comment certains, pour survivre, se barricadent en tour d’ivoire, s’alanguissent en mornes séances, plongent en apnée dans l’océan des papelards, s’agrippent à la bouée de l’ordi, du droit canon, tandis que d’autres paradent en beaux atours et fins discours… Bon, mais la solution, rétorquerez-vous, on la connaît? Que faire?
Nous, célestes veilleurs, pensons que le malade est victime souvent de lui-même. Son fardeau lui est imposé avec sa complicité, mi-naïve et mi-consciente. Il connaît en principe sa mission: prier, coacher ses prêtres, annoncer l’évangile. Exigeant, certes, mais pas trop compliqué. Pourtant, sitôt nommé, le voilà menacé d’un redoutable piège: celui du rôle, de la grosse tête, de l’agenda bouillonnant, du bric-à-brac des tâches mal hiérarchisées… et de la trouille. Trouille de ne pas se montrer à la hauteur, angoisse du qu’en dira-t-on, phobie de Rome, appréhension des diocésains, des confrères, des médias, crainte de soi-même et pour soi-même… Il y en a qui flairent le piège et savent l’éviter. Bravissimo! Mais d’autres tombent dedans. Plouf! Se dépatouillent alors comme ils peuvent.
Comme le grand fumeur doit quitter la clope, le malade d’épiscopite, s’il veut guérir, doit s’imposer le dur sevrage de l’inutile et du futile. Quitter la peur surtout, ennemie jurée de la foi. Oser croire. Oser vivre. Oser dire.
Après cela, viva la libertad! La joie d’être évêque! Merci, Monseigneur, merci, mon Vieux (vieux=sénior=seigneur !), de préserver, de recouvrer vot’ santé, vot’ bonne humeur. Par le divin silence, le rire, la fraternité avec vos prêtres, le contact des gens, la publication du buzz de Jésus, tous azimuts. Wouaouh! Évêque? Super-job! Pour autant, bien sûr, que la mitre ne soit pas l’éteignoir du cœur et de l’esprit.
Vous voulez un modèle? Grrr… Ça me fait grrrincer des dents de vous répondre. Apprenez donc de Mgr Adam, qui s’en tira fort bien. Quoi! Ce nom ne vous dit rien? Quoi, quoi? Vous ne lisez pas la rubrique à lui consacrée par le forban qui a l’outrecuidance de se croire mon alter ego – le sot! le minable! – juste à côté de ma sublime chronique? Quoi, quoi, quoi? Vous prétendez que ce sont là de vieilles histoires? Vieille noix, toi-même! Allez, prends et lis, «tolle lege», comme dit le pote Augustin. En v’là un qui savait ses priorités: prière, communion fraternelle avec ses prêtres, annonce de l’évangile. Ça ne l’a pas empêché de vivre à donf, d’exercer ses multiples talents, de s’épanouir, de diffuser le rayonnement de son être, jusqu’à nous, et d’atteindre 76 ans, alors que l’espérance de vie, à l’époque, devait tourner autour des quarante ans, au maximum.
Vive les épiscopes non encombrés d’eux-mêmes! Vive les télescopes braqués vers l’infini! Vive les périscopes émergeant de l’océan de nos questions, de nos doutes! Vive les microscopes scrutant l’infiniment Petit de Noël.
p.o. Michel Salamolard
Jonas en cathosphère
De cette chronique, le soussigné n’est que le scribe. L’auteur, c’est Jonas, le joyeux baleinier de Ninive. Il m’envoie par télépathie d’étranges messages. M. S.