Incitation au suicide: la grande imposture
La Commission des affaires juridiques du Conseil national vient de publier un...
C’était en février 2011. Dans ce qui fut une case phare du programme de la Télévision suisse romande, où s’illustrèrent de grands journalistes, où l’on peut voir encore, de temps en temps, de belles réussites, une émission scandaleuse fut produite et diffusée. Laissez-moi rire, amis, pour ne pas pleurer! Laissez-moi vociférer pour ne pas déprimer.
Dite émission, donc, montra de long en large le suicide assisté d’une femme, française sauf erreur, dans l’officine de l’entreprise Dignitas, qui fait honneur à la Suisse en pratiquant, contre espèces sonnantes et trébuchantes, le tourisme de la mort volontaire sur le sol de la patrie. Venez, chers étrangers, vous suicider chez nous, on vous accueillera, on vous aidera.
La consentante victime ne se plaignait pas outre mesure de douleurs ou de maux. Elle voulait simplement célébrer ainsi son anniversaire prochain. L’ambiance du tournage et de l’émission était à la franche rigolade. Ha! Ha! Ha! Ce qu’on s’est marré, semble-t-il – derrière l’écran, les caméras, les micros, les tables de montage.
Vous me direz que l’erreur est humaine, je vous le concède. Vous me direz que les producteurs se sont peut-être tout simplement plantés, sans mauvaise intention, je vous le concède encore. Vous m’accorderez en revanche que ces émissions coûteuses sont réalisées avec l’argent de la redevance, le vôtre, celui de mes amis. La taxe est loin d’être anodine. En contrepartie, vous m’accorderez encore que la TSR a des obligations, celles qui relèvent du service public. Et vous m’accorderez aussi que tout usager, payeur de la redevance, est en droit de demander des comptes à la TSR quant à la qualité des programmes.
Un de mes amis, dont ma discrétion légendaire m’oblige à taire le nom, s’est donc plaint à la TSR, au producteur de l’émission d’abord, au grand chef ensuite, qui règne au fin sommet de la hiérarchie de la TSR et de la RSR réunies. Aux deux pontes, il a cité texto l’article suivant de la Charte éthique de la TSR, promulguée par le grand chef: «La TSR observe la plus grande retenue en matière de suicide. Seul un intérêt prépondérant justifie un traitement à l’antenne.» Comment expliquer, compte tenu d’une telle et belle exigence, la scandaleuse émission de février, en violation flagrante de cet article? Quel «intérêt prépondérant» justifiait pareille bavure?
Tenez-vous bien, braves gens, des deux côtés on esquiva la question. On réagit par des dérobades, discourtoises de la part du producteur, diplomatiques de la part du grand chef. Refuser de rendre compte de ce que l’on fait, se soustraire à la question, éluder la réponse, c’est littéralement se montrer irresponsable.
Nous en sommes là! La Charte éthique de la TSR est comme la reine d’Angleterre. Elle décore, mais ne gouverne pas. C’est l’audimat qui fait la loi. Une jadis excellente émission d’information donne à présent dans le voyeurisme, le frisson macabre, le trauma. Avec l’argent des consommateurs payeurs. Taisez-vous, téléspectateurs! Qui êtes-vous pour oser critiquer vos seigneuries journalistiques? Retournez à vos télécommandes, et en silence, faquins, manants, maroufles!
Un ami journaliste, un bon celui-là, consulté sur la réaction probable des «responsables» de la TSR à des plaintes, avait prédit: «Ils vont botter en touche!» Touché! Coulé.
p.o. Michel Salamolard