Ne retournons pas à l'aube de l'Eglise. (Photo: Oma Annick/lecrochetjadore.over-blog.com)
Il ne rigolait pas, le petit Evan, 9 ans et demi, le jour de sa première communion, dimanche dernier. Il rouspétait comme c’est pas possible. Déjà qu’il avait accepté, lui le passionné de foot, pas trop pieux, de participer à la préparation, sacrifiant sans doute quelques belles heures de loisir avec ses copains! Il l’avait fait sans enthousiasme, mais sans mettre non plus les pieds contre le mur, avec la bonne volonté dont il était capable.
Mais cette fois, juste avant la cérémonie, non, c’en est trop. Il n’est pas d’accord… de revêtir l’aube immaculée! À ses parents qui s’efforcent de le convaincre, il oppose une résistance farouche, tape du pied. Oh non, ce n’est pas qu’il imagine le vêtement rituel comme une entrave pour dribbler avec son ballon. C’est bien plus grave que ça. «Non, je veux pas mettre une robe!» Pressentant que son refus réclamait une explication irréfutable, il laisse tomber avec dédain: «Je suis pas un pédé.»
Derrière ma céleste lorgnette, j’ai d’abord ricané, en pensant: «Les connaissances religieuses de ce petit ne sont peut-être pas immenses, mais il en a d’autres…» Après, j’ai réfléchi sur le fond. «Pédé» n’est sans doute pas qu’une méchante insulte, dont les gamins ne sont pas avares, mais l’affirmation d’une identité. S’il est si important pour un jeune garçon de la déclarer et de la faire reconnaître, c’est qu’on touche là un aspect fondamental de sa personnalité. Les bêtises des théories du «genre» n’y changent rien.
Par bonheur, les parents ont réussi, à force d’explications rassurantes, à convaincre Evan que le fait de porter une aube, comme ses copains, comme les prêtres, n’entraînerait ni une castration ni un changement d’orientation sexuelle. Evan a finalement vécu une magnifique célébration, bien préparée et bien menée. Retournera-t-il bientôt à l’eucharistie? Pas sûr, mais il gardera au moins de celle-là un bon souvenir. Le reste, comme dit sa grand-maman, c’est l’affaire du Seigneur. Autant dire que le petit est en de bonnes mains.
Vous imaginez, lectrices et lecteurs, qu’un prophète tel que moi ne saurait conclure sans vous adresser une frémissante exhortation. Eh bien, la voici. Sachez donc que Jonas, le grand Jonas, prend à son compte la résistance du jeune Evan. Qu’est-ce qui vous prend de mettre tous les enfants, filles et garçons, dans une robe? Ignorez-vous la symbolique du vêtement? Imaginez-vous Caroline et Jérémy, le jour de leur mariage, tous deux en robe blanche? C’est ridicule, hein? Et vous trouvez que c’est moins risible à 9 ou 10 ans? Que les bouts-d’chou sont asexués? Qu’ils ont pas lu Titeuf? Eh bien, Evan a plus de bon sens que vous.
Allons, un peu de créativité, que diable! Voyez les chanoines du Grand-Saint-Bernard. Pour remplacer la soutane, ils ont imaginé une sorte de casaque beige, allant jusqu’à mi-cuisses, laissant le pantalon bien visible. Pratique, esthétique, simple. Allez, curés, suivez l’exemple, rameutez vos couturières et vos stylistes! L’an prochain, vos gamins de la première communion doivent être fiers de revêtir un habit de garçon. Pas comme les filles, na…
Étape suivante, pensez aux aubes des prêtres. Dans l’Antiquité, tous les hommes portaient des tuniques longues. Aujourd’hui, pourquoi vous trouveriez pas quelque chose de beau, mais de plus viril que vos aubes et chasubles d’un autre âge? À moins que vous ne vouliez inconsciemment suggérer que l’ordination des femmes, c’est déjà fait, puisque tous les prêtres sont en robe, ha, ha, ha… Mon céleste éclat de rire vous accompagne.
p.o. Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’&E