17.05.2012 | Ascension du Seigneur | S. Pascal Baylon, Ascension | Ac 1,1-11 Ep 4,1-16 Mc 16,15-20

Variations cathosphériques

02 janvier 2012 | 10h31

Aux bonheurs de Jésus (1) Fils bien-aimé

Comment devenir un prêtre, un chrétien heureux? Jésus donne la réponse par sa propre expérience. Il se réjouit de nous la communiquer. Dans l’évangile de Luc, je retiens sept grands moments de bonheur, parmi d’autres, vécus par le Christ. Voici le premier.

 

Il s’agit d’une expérience mystique très particulière. Elle se produit une première fois lors du baptême de Jésus. Sous l’apparence d’un simple bain dans le Jourdain, c’est une plongée trinitaire. Le Ciel s’ouvre, l’Esprit descend, le Père s’exprime: «Tu es mon fils bien-aimé, en toi j’ai mes délices.» (Pour une justification de cette version, voir les commentaires des spécialistes. Je regrette que la traduction liturgique ait fait un autre choix.)

 

Cette expérience mystique me paraît particulière en ce sens qu’elle est pour ainsi dire «recuite» au four banal des Écritures! L’ouverture du Ciel, l’effusion de l’Esprit, la parole prononcée: tout cela est du bon pain, pétri de citations ou d’allusions tirées du Premier Testament. Jésus prend un bain d’Écritures saintes. Il y trouve son identité, sa relation unique au Père. Il est blotti dans son amour.

 

Une expérience semblable aura lieu lors de la transfiguration de Jésus. Elle indiquera davantage la mission du Fils et nous invitera à l’écouter, à nous blottir à notre tour dans sa parole, afin de partager son immersion baptismale dans l’amour du Père.

 

Baptisés, nous avons aussi été baignés non seulement d’eau, mais d’une parole venue de Jésus, qui nous a plongés dans la communion trinitaire «au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit». Nous voilà donc en lui et avec lui dans cet amour délicieux du Père, qui est l’Esprit divin.

 

Le baptême sacramentel est notre commune expérience mystique. Elle nous révèle qui nous sommes: fils et filles de Dieu, aimés, chéris, choisis. Nous désespérons parfois de trouver une réponse valable à cette lancinante question: «Qui suis-je?» C’est le moment de faire mémoire de notre baptême, de le revivre. La réponse à notre question se trouve non en nous ni dans le regard des autres, mais dans le cœur de Dieu.

 

Jésus aussi a prolongé l’expérience de son baptême dans l’ordinaire de ses jours. Luc le montre plus d’une fois qui se réfugie dans la prière, se plonge à nouveau dans la douce et puissante tendresse de son Père. Y compris au temps de l’angoisse, à Gethsémani. Et jusque sur la croix: «Père, en tes mains, je m’abandonne.»

 

Sainte et bienheureuse oisiveté de Jésus! Saint Augustin souhaite à lui-même et à ses prêtres de conjuguer l’otium (repos) de la prière et le negotium (l’activité) des affaires pastorales. Pas si simple, quand on ploie sous le poids du negotium! La prière elle-même risque de se muer en negotium: récitation des Heures, célébrations, dévotions plus ou moins prescrites… Certains reprochent aux prêtres de ne pas prier assez. Il se pourrait qu’ils prient trop, de façon compliquée. Nous prierions en tout cas mieux, c’est sûr, en misant avant tout sur le silence et l’adoration, simplement être là, dans la plongée, dans l’abandon… Perdus (et trouvés) devant le saint sacrement ou dans une parole d’amour et de paix. Pour bien faire, apprendre à ne rien faire… De ces bains de silence naît le regard contemplatif, qui voit tout dans une autre lumière. Et protège du burnout.

 

Michel Salamolard


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