17.05.2012 | Ascension du Seigneur | S. Pascal Baylon, Ascension | Ac 1,1-11 Ep 4,1-16 Mc 16,15-20

Variations cathosphériques

20 janvier 2012 | 11h49

Aux bonheurs de Jésus (2) Ami des pécheurs

L’autre grand bonheur de Jésus, constitutif de son identité, est d’être l’ami des pécheurs. Cela est aussi important pour lui que sa conscience de Fils bien-aimé du Père (voir l’article précédent de cette série). Ou plutôt, ce sont deux dimensions, intérieures l’une à l’autre, d’une même réalité. Blotti dans l’intimité de son Père, Jésus baigne dans l’amour divin, débordant, qui chérit les pécheurs. Et quand il partage la vie des pécheurs, Jésus baigne dans le désir humain, immense, d’être aimé et de pouvoir aimer.

 

Jésus connaît une double expérience de l’amour de son Père. Il le ressent comme une surabondance offerte dans sa relation unique à Dieu. Il le ressent comme une soif inassouvie dans sa relation aux pécheurs, qui ignorent ou méconnaissent l’amour que leur cœur pourtant désire.

 

Saint Luc note que ce sont les Pharisiens et les scribes qui repèrent ce trait caractéristique de Jésus: «il accueille les pécheurs», pour s’en scandaliser. Comme Pierre reconnaît positivement le Fils de Dieu, ils le reconnaissent en négatif. Le comportement du Fils bien-aimé, de fait, est l’exact contraire de celui de ces gens pieux, qui se gardent de tout contact avec les pécheurs, de peur d’être contaminés. Deux attitudes s’affrontent en ce qui concerne le rapport aux pécheurs: séparation ou communion. On pressent que les chrétiens, prêtres et évêques avant tout, à cause de leur responsabilité, devront aussi choisir entre les deux. Ce choix ne sera ni évident ni facile.

 

Luc a le sens de la nuance. Il emploie deux verbes de même racine pour désigner l’action d’accueillir en rapport avec Jésus. Lorsque quelqu’un (Marthe, Zachée) accueille Jésus, Luc utilise le verbe hypodekhomai, recevoir chez soi. Une autre et seule fois, comme pour attirer notre attention sur un acte tout à fait particulier, il recourt à prosdekhomai, dans le passage cité plus haut (Luc 15, 2). La particule pros indique une initiative de Jésus, une façon pour lui d’aller vers des gens. Et ces gens sont des pécheurs publics. Tout le mouvement de l’incarnation trouve dans cette démarche son expression simple et concrète.

 

Jésus accueille les pécheurs en allant chez eux. Il mange avec eux, c’est un repas de fête et de bonheur. Les pécheurs reçoivent Jésus en leur maison, Jésus les prend avec lui dans l’amour de son Père. Il faudrait citer tant de rencontres narrées par Luc, où cet accueil et ce bonheur s’expriment spécialement: la pécheresse publique, Zachée, le bon larron…

 

Quand le Fils bien-aimé entre en contact avec les pécheurs, les pécheurs sont sauvés et la joie de Dieu éclate, sur la terre comme au ciel (voir les trois paraboles de Luc 15).

 

Pourquoi les Pharisiens tiennent-ils tant à leur stratégie de séparation? Parce qu’ils méconnaissent l’amour de Dieu, pour eux et pour autrui. Ils croient se protéger de leur péché en le dissimulant chez eux et en le dénonçant chez les autres. Séparés des pécheurs, ils ont l’illusion d’être séparés du péché. Seule la sainteté, don de Dieu, sépare du péché. Celui qui vit sous le signe de l’amour et du pardon de Jésus se fera, comme lui, l’ami des pécheurs, ne s’éloignera pas d’eux, prendra l’initiative de les rejoindre. Il y trouvera son bonheur. Le prêtre ou l’évêque qui vit cette expérience nagera, lui aussi, dans la joie du Christ. Par ce nouveau moyen, il sera protégé encore mieux du burnout.

 

Michel Salamolard


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