Avec Michel Salamolard en cathosphère

03 mars 2012 | 14h34

Aux bonheurs de Jésus (3) Des lis et des oiseaux

Impossible de caresser du regard la soyeuse parure des lis, à nos pieds, ni le vol délié des oiseaux, là-haut sur nos têtes, sans oublier, momentanément au moins, nos soucis, nos ennuis. (Photo: plantesalpines.canalblog.com) Impossible de caresser du regard la soyeuse parure des lis, à nos pieds, ni le vol délié des oiseaux, là-haut sur nos têtes, sans oublier, momentanément au moins, nos soucis, nos ennuis. (Photo: plantesalpines.canalblog.com)

Jésus n’est pas toujours à genoux, priant son Père, ni affairé à guérir, enseigner, pardonner, à tour de bras. Même s’ils s’intéressent à l’activité de Jésus, nos évangiles laissent entendre discrètement que le Galiléen a aimé passionnément la nature. Il l’a contemplée comme personne, détectant en toute chose un reflet divin, une présence voilée de son Père. Il cite davantage les éléments naturels que l’Écriture! Sa parole et son enseignement nous mettent en contact avec du blé, des lis, des oiseaux, des moutons, de l’eau, des pierres, des ronces, des herbes, de la vigne, de la boue, des nuages, du soleil et de la pluie, des arbres, la mer et la montagne…

 

Jésus fut sans aucun doute un grand insouciant, un homme désencombré de tant d’inquiétudes, y compris apostoliques, qui nous tenaillent et nous crispent. Insouciant comme un lis des champs, comme un oiseau envolé. Comme un petit enlové dans le regard de son père.

 

Je l’imagine passant des heures, enfant, adolescent, homme, à s’attarder près d’un ruisseau, à observer le vol des corbeaux ou des colombes, à regarder le ciel couché dans l’herbe, le jour ou la nuit, buvant partout la beauté répandue, mangeant les énergies secrètes des choses, captant leur rayonnement céleste. L’intime connivence entre Jésus et la nature n’a rien d’étonnant puisque tout a été créé par lui et pour lui…

 

Un passage de l’évangile est à relever spécialement: Matthieu 6,25-34 // Luc 12,22-31. Ici, Jésus se montre poète, il contemple la libre insouciance des oiseaux et la beauté somptueuse des lis champêtres. En d’autres occasions, sa vision est plus «scientifique» que poétique: les phénomènes naturels illustrent alors des réalités spirituelles, par exemple dans la parabole du semeur ou dans celle de l’ivraie. Rien de tel dans notre passage. Il s’agit simplement d’admirer. Et ce regard de contemplation n’est pas une comparaison, un exemple, il procure immédiatement, par lui-même, le bienfait recherché, à savoir la douce légèreté du cœur. Impossible de caresser du regard la soyeuse parure des lis, à nos pieds, ni le vol délié des oiseaux, là-haut sur nos têtes, sans oublier, momentanément au moins, nos soucis, nos ennuis.

 

L’Évangile (apocryphe) selon Thomas, découvert à Nag Hammadi, et le papyrus d’Oxyrhynque 655 nous font comprendre de quels soucis il vaut mieux nous libérer. Ils introduisent la parole de Jésus sur les lis et les oiseaux comme suit: «Ne vous inquiétez pas du matin au soir et du soir au matin…» Ces inquiétudes, ces angoisses et ces craintes qui empêchent de dormir la nuit et de vivre le jour! Comment annoncer de bonnes nouvelles, comment diffuser la joie si l’on est crispé, tendu, si l’âme est tordue par la peur, torturée par le tourment de réussir, tenaillée par l’anxiété de sa propre image?

 

Le contact intime avec la nature nous délivre de tout cela, parce que les cumulus, les pinsons et les coquelicots ne nous jugent pas. Ils s’offrent à nous sans calcul, dans leur simplicité. Leur silence désarme les discoureurs que nous sommes. Ils nous font signe que Dieu est là, que Dieu est bon, que Dieu a souci de nous, à sa façon – insouciante. En forêt, en montagne, au fil d’une rivière, le nez en l’air ou les yeux posés dans l’herbe, nous apprenons le goût de l’inutile essentiel, la confiance, la paix. Indolence sainte, divine ataraxie!

 

Michel Salamolard


Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.

 

Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.


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