22.10.2014 | Férie du Temps ordinaire | Ep 3,2-12 Is 12 Lc 12,39-48

Avec Michel Salamolard en cathosphère

24 avril 2012 | 09h00

Aux bonheurs de Jésus (5) Emmaüs, la joie communiquée

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Les pèlerins sur la route d'Emmaüs, par James Jacques Tissot.

Il est facile d’imaginer l’immense joie du Ressuscité communiquant à ses disciples, femmes et hommes, la vie surabondante jaillissant de son côté transpercé sur la croix. De la blessure plus que guérie coule maintenant cette eau vive promise par Jésus. Comme dans la vision d’Ézékiel, la source devient torrent, puis fleuve dont l’eau irrigue les terres stériles, change la mer amère en océan de douceur.

 

Ce n’est pas pour lui que le Seigneur a reçu la vie nouvelle au creux de sa mort, mais pour nous. Lui, de condition divine, possédait depuis toujours la plénitude. Il n’a pas voulu la garder pour lui seul. Et voilà maintenant que son éternel bonheur de Fils bien-aimé, ce bonheur indépassable, infini, s’enrichit d’une expérience nouvelle: celle de pouvoir nous la partager. On est pris de vertige devant ce mystère d’un bonheur divin, donc total, et qui pourtant augmente de se donner! Mais ce vertige n’est rien d’autre qu’une petite intuition en nous du mystère des échanges trinitaires, où la joie d’aimer ne cesse de culminer en elle-même, comme un tourbillon qui serait incommensurable depuis toujours tout en s’amplifiant sans fin.

 

Ce qu’il faut souligner, c’est l’universalité de cette communication par la Ressuscité de sa joie. Nous risquons, en effet, de n’en retenir que les effets achevés, tels qu’ils apparaissent par exemple, pour quelques personnes, dans l’avant-dernier verset de l’évangile de Luc (la grande joie des disciples).  En réalité, c’est par un long chemin que le Christ glorieux rejoint et accompagne toute personne en vue d’une rencontre bienheureuse. C’est le chemin d’Emmaüs. Il ne commence ni au partage du pain, dans «l’auberge», ni à Jérusalem, au «cénacle». Il augmente toujours d’être partagé, comme l’a compris saint Jean dans sa Première lettre: «Nous vous écrivons pour que notre joie soit complète»

 

L’Inconnu est présent d’abord à des gens tristes, aveugles, désespérés. Il chemine près d’eux, en silence. Il voit leur détresse et s’y intéresse. C’est leur foi ruinée qu’il veut habiter, pas de pieuses déclarations. «De quoi parliez-vous?» Il écoute leurs propos, longuement. Dans l’édition du texte grec de Kurt et Barbara Aland (United Bible Societies), le discours des deux désabusés couvre 17 lignes. La catéchèse de Jésus, qui ne sera comprise que plus tard, est évoquée en 6 petites lignes. Trois fois plus d’écoute que d’homélie…

 

Tous les itinéraires humains sont des chemins d’Emmaüs. Toute personne humaine a le Ressuscité pour compagnon de route. De sa route, celle où chemine cette personne. Routes et déroutes de nos religions, de nos croyances, de nos errances, de nos enthousiasmes, de nos désillusions. Le Ressuscité voyage avec chacune et chacun. Tantôt silencieusement présent, tantôt discrètement attentif et interrogatif, tantôt dispensateur de lumière intérieure, tantôt étonnant partageur de pain. Insaisissable et disponible.

 

Heureux ceux qui le reconnaissent à la fraction du pain! Heureux ceux dont le cœur se réchauffe à ses paroles! Heureux ceux qui partagent la joie reçue! Heureux ceux qui vont de l’avant! Heureux ceux qui expriment leurs questions, leurs doutes! Heureux ceux qui les écoutent! Heureux ceux qui tirent le Vivant par la manche en disant: «Reste avec nous!» Heureux ceux qui partagent le pain! Heureux ceux qui se font discrets compagnons de route de leurs frères et sœurs en humanité!

 

Michel Salamolard


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Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.

 

Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.


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