Avec Michel Salamolard en cathosphère

07 juillet 2012 | 10h08

Aux bonheurs de Jésus (6) Le visage de son Père (2)

Jésus exulte sous l’action de l’Esprit Saint: «Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout petits. Oui, Père, c'est ainsi que tu en as disposé dans ta bienveillance.» (10,21) Nouvelles tonalités du rapport de Jésus à son Père: il exulte et loue. Alors que nous sommes si souvent dans la demande et dans la plainte… Le Père est qualifié de Seigneur du ciel et de la terre. Autrement dit, sa paternité seigneuriale englobe toute réalité. Tout subsiste dans et par la bienveillance du Père. Le mot grec traduit par bienveillance n’indique pas seulement que le Père veut du bien, mais qu’il prend plaisir et trouve sa joie en cela. Dans sa bienveillance, le Père se plaît à révéler son mystère aux petits. Pourquoi pas aux savants? Parce que ceux-là ne croient que ce qu’ils maîtrisent et comprennent. Les petits croient ce qui leur vient sur les ailes de l’amour, sans argument ni preuve.

 

Et Jésus de continuer, en répétant, comme à plaisir, le mot Père, qui ne dit pas grand-chose de Dieu lui-même, mais en dit beaucoup, énormément du rapport entre Jésus et Dieu. «Tout m'a été remis par mon Père, et nul ne connaît qui est le Fils, si ce n'est le Père, ni qui est le Père, si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler». (10,22) En Dieu, tout est relation. Le Père remet tout au Fils. Qu’est-ce que ce «tout», sinon le Fils lui-même, qui se reçoit totalement du Père? Nous sommes saisis nous aussi dans ce «tout», qui désigne alors la mission du Christ: nous révéler l’amour du Père, nous conduire au Père. La connaissance réciproque qui unit le Père et le Fils n’est pas d’ordre intellectuel. Seul l’amour donne d’un autre une connaissance intime, qui n’est pas fondée sur une image ou une idée de l’autre, mais sur le contact immédiat avec le cœur de son être. Le Nous qui résulte de cet amour n’est pas quelque chose, mais quelqu’un, que nous appelons l’Esprit saint. Par la révélation reçue de Jésus, nous entrons dans ce mystère d’amour. L’évangélisation ne sera jamais une propagande, une stratégie, mais l’ouverture à d’autres de notre propre plongée dans l’amour trinitaire, avec le Christ. L’amour seul suffit. On propage l’amour en aimant. Les paroles de révélation, d’évangélisation n’ont de chance de toucher le cœur de quelqu’un que si elles viennent à lui portées par un amour authentique, désintéressé, gratuit.

 

Un jour, les disciples surprennent Jésus en prière, tout entier recueilli dans sa relation à Dieu. Ils désirent connaître cette expérience et demandent à Jésus de leur apprendre à prier. «Quand vous priez, dites: Père…» (11,2) Dans le Premier Testament, Dieu est très rarement appelé Père et cela n’arrive jamais dans les Psaumes, ce grand livre de prière. Quelque chose d’inédit apparaît donc ici. Jésus n’enseigne pas une simple formule de prière, s’ajoutant à tant d’autres. Il invite clairement ses amis dans sa propre expérience filiale de relation au Père. Avant de réciter le Notre Père, ou même plutôt que de le réciter, la simple répétition intérieure et silencieuse du mot Père peut devenir notre respiration. Parents, prêtres, chrétiens, nous arrive-t-il d’être plongés librement, sans ostentation, dans notre prière personnelle, non pas seulement dans notre chambre ni dans la liturgie, mais dans un espace ouvert, une église, un train, un banc public, une chambre d’hôpital, un coin de nature, de sorte qu’on pourrait nous surprendre en cet état et désirer le connaître aussi?

 

Michel Salamolard
 


Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.

 

Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.


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