25.05.2013 | Férie du Temps ordinaire | Si 17,1-4.6-8.10-15 Mc 10,13-16

Avec Michel Salamolard en cathosphère

19 juillet 2012 | 10h26

Aux bonheurs de Jésus (6) Le visage de son Père (3)

Juste après avoir appris à ses disciples à prier en disant «Notre Père», Jésus leur fait comprendre quelque chose de la paternité de Dieu. Il ne s’agit pas seulement de reconnaître en lui le créateur, l’auteur ultime de nos jours, mais l’activité propre du Père envers nous. Il est celui qui donne en permanence ce qui est indispensable à la vie. Jésus prend appui sur l’expérience humaine. Être père, ce n’est pas seulement engendrer, mais c’est offrir à ses enfants la bonne nourriture vitale, quotidiennement. Vous savez faire cela, reconnaît Jésus, bien que vous soyez «mauvais». Pourquoi ce mot? Uniquement pour préparer le contraste avec la bonté du Père, qui ne sera pas directement nommée, mais se manifestera par l’excellence de ce qu’il donne. La culture sémitique s’exprime souvent en termes de contrastes, plutôt qu’en nuances. On peut aimer ou haïr, on est bon ou mauvais (cf. Luc 6,13). «Mauvais» a ici le sens de «imparfaits» ou «terrestres», tandis que le Père est celui des cieux, autrement dit Dieu.

 

«Combien plus le Père céleste donnera-t-il …» (11,13) On peut imaginer ici une suspension dans le discours de Jésus. Il commencerait en somme par une première affirmation: «Malgré vos limites, vous savez vous comporter en bons pères, donnant (gratuitement, évidemment) une bonne nourriture à vos jeunes enfants. Alors, imaginez la bonté du Père divin à votre égard, son souci de vous offrir tout ce qu’il vous faut pour vivre!» Voilà déjà une splendide révélation. La paternité n’est pas située dans la ligne de la puissance ni de la grandeur, mais dans celle de la générosité. On n’appelle pas Dieu père pour exprimer notre allégeance, notre soumission, notre respect, mais pour nous comporter envers lui avec la simplicité et la confiance d’un enfant, qui se sait aimé, ose demander, sûr d’être exaucé.

 

Dans l’esprit des disciples, et dans le nôtre, une question surgit alors. «Qu’est-ce que le Père peut donc nous donner, quel bienfait lui demanderons-nous? La vie, nous l’avons déjà reçue, la capacité de pourvoir à nos besoins aussi…» Jésus poursuit: «Combien plus, le Père céleste donnera-t-il l’Esprit saint à ceux qui le prient.» On ne sait pas comment les disciples conçoivent, à ce moment-là, le don de l’Esprit. Mais Luc sait bien de quoi il s’agit. Il nous le dira dans le récit de la Pentecôte: un renouveau profond de notre être, une participation à la vie même de Dieu, une christification.

 

Notons que le don surpasse la prière. Jésus ne dit pas : «Le Père donnera l’Esprit à ceux qui lui demandent l’Esprit.» Mais, littéralement: «À ceux qui le prient, à ceux qui lui demandent quelque chose, n’importe quoi, Dieu donnera l’Esprit saint.» Cela n’exclut pas des exaucements plus terre à terre, une guérison, un bienfait quelconque. Mais cela vise un exaucement encore plus grand, notre divinisation, notre entrée dans la gloire céleste. Toute prière lancée vers Dieu en appelle finalement, le sachant ou non, à ce don de la vie divine et immortelle.

 

On peut se demander si notre «prière universelle» durant la messe n’est pas plutôt une «prière particulière», avec des intentions bien ciblées, tandis que l’ensemble de la liturgie eucharistique vise, elle, l’universel, le divin, la réalisation du dessein de Dieu, bien au-delà de toutes nos attentes… Mais comment ne pas prendre appui sur nos demandes concrètes, comme on saute sur un tremplin, afin de nous ouvrir progressivement au don de l’Esprit?

 

Michel Salamolard


Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.

 

Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.


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