«Ô liberté, que de crimes on commet en ton nom!» Ainsi se serait exclamée Madame Roland, en 1793, conduite à l’échafaud pour être guillotinée dans la tourmente révolutionnaire.
Toute liberté est menacée de devenir folle si elle n’est pas orientée par le bien commun.
La liberté d’expression doit honorer cette exigence.
Au nom de la liberté d’expression, Charlie Hebdo vient de mépriser des libertés fondamentales: la liberté de cohabiter en paix, la liberté de religion, la liberté tout simplement de vivre.
Inconsciemment – coupable inconscience – Charlie Hebdo n’a fait que mimer la liberté d’expression que s’octroient tous les tyrans et les despotes. Dire n’importe quoi au mépris de la liberté d’autrui… Mimétisme de la violence nourrissant la violence.
Charlie a mimé la liberté d’expression pratiquée par ceux qu’on appelle des imams fous. Prêcheurs de haine, provocateurs, prophètes de l’incompréhension et du mépris…
Dans nos démocraties, ces individus sont dénoncés et refoulés. On les fait taire. Pour la même folie, Charlie Hebdo est porté aux nues par certains, mollement défendu par d’autres. Quelques-uns, heureusement, osent blâmer le magazine irresponsable.
La liberté d’expression n’est pas la valeur suprême de nos démocraties. Elle n’est pas un but en soi, mais un moyen privilégié au service de valeurs plus hautes et plus respectables. Parmi ces dernières, la paix sociale et le respect d’autrui constituent à coup sûr des biens à protéger absolument et en tout temps.
Comme toute liberté, la liberté d’expression doit être encadrée par la loi ou par des codes de déontologie plus sérieux qu’ils ne sont aujourd’hui.
Si l’affaire des cacaricatures de Charlie Hebdo pouvait servir à cela, on chanterait «felix culpa».
Je reviendrai dans un prochain article sur une autre et grave erreur commise par Charlie Hebdo dans sa dénonciation d’un certain islamisme. Cette critique est justifiée, nécessaire, mais le moyen utilisé produit, de façon parfaitement prévisible, des effets contraires aux bonnes intentions des journalistes va-t-en-guerre.
Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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Quand pacifisme rime avec passivité
Le journal incriminé détone, bien sûr, dans le concert d'incantations naïves en faveur de "la paix sociale et du respect d'autrui". Le journal utilise son arme, la caricature, dont la détention et l'usage sont protégés par un droit, par ailleurs abondamment utilisé contre le Catholicisme. Le directeur du journal s'est exposé seul, à la manière d'un Rushdie, en clair a mis en jeu sa vie, en déclarant son mépris à ceux qui ont ouvert un conflit planétaire pour imposer Mahomet, et il pose fort opportunément la question du pacifisme : peut-on rester passif devant un danger face auquel nul ne pourra dire qu'il n'a rien vu venir ? N'y a-t-il pas eu un cas semblable dans les années 30 ? Sans être lecteur de Charlie Hebdo, je salue le courage de Charb.Que ceux qui défendent l'Islam cherchent à en savoir plus sur la vérité historique du "prophète".