Voici une des plus anciennes représentations... du Christ. Un crucifié à tête d'âne! À gauche, au pied de la croix, un enfant ou un adolescent lève son bras en signe de vénération. La légende, écrite dans un grec un peu fruste, se lit ainsi: ALEXAMENOS SEBETE THEON, ce qui signifie: "ALEXAMENOS ADORE (SON) DIEU".
Ce n'est pas l'oeuvre d'un artiste, mais manifestement celle d'un adolescent ou d'un grand enfant. Le dessin est maladroit, mais dit bien ce qu'il veut dire. Il fut gravé à l'aide d'un stylet, au IIe ou au IIIe siècle, sur le mur d'une école réservée à des jeunes gens de bonne famille, à Rome, sur le mont Palatin.
On imagine facilement la scène. Comme tous les jeunes adolescents, ceux de ce temps-là pratiquaient la moquerie et la dérision à l'égard de camarades jugés bizarres ou ridicules. Or, parmi eux, il y a un chrétien, Alexamenos. Il ne vénère ni Jupiter, ni Mars, ni Vénus, mais un soi-disant dieu ayant subi le supplice infâmant de la croix. Un tel dieu ne peut être qu'un imbécile, un âne! Et ceux qui l'adorent aussi.
On entend les ados de jadis ricaner et railler. On voit l'un d'entre eux prendre son stylet et caricaturer sur un mur l'image de ce pauvre Alexamenos, tandis que les copains regardent et s'esclaffent. On les comprend sans peine, pour avoir été soi-même ado...
Le jeune auteur du graffito d'Alexamenos peut être sacré patron de nos dessinateurs modernes qui se gobergent des croyances religieuses d'autrui.
Des siècles les séparent des gamins de la Rome impériale, mais un même développement mental semble les rapprocher étrangement. En tout cas, dans la pratique de la caricature "religieuse"...
Michel Salamolard
L'oeuvre est exposée à Rome, au Musée Palatin. On en voit ici une photo, ainsi qu'une reproduction dessinée à l'aide d'un calque. Dans une salle attenante, le musée expose une autre inscription, en latin cette fois, d'une autre main: ALEXAMENOS FIDELIS, en français: ALEXAMENOS (EST) FIDÈLE (ou: CROYANT). C'est peut-être la réponse du jeune homme aux moqueries de ses camarades...
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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