Le droit canon au secours de l'Eglise en conflits. (Photo: www.cepolia.com)
Les conflits en Église ont ceci de particulier qu’ils se déroulent sous les drapeaux de l’évangile. On se souvient, en Suisse, d’un évêque qui a divisé son diocèse durant des années. Chut! Pas de nom. Disons seulement que ce n’était ni l’évêque de Bâle ni celui de Sion ni celui de Saint-Gall ni celui de Lausanne, Genève et Fribourg ni celui de Lugano.
Il m’est arrivé, à l’époque de parler avec lui, après un exposé que j’avais présenté aux évêques sur la communion cum et sub Petro, avec et sous l’autorité de Pierre, dans le cadre d’une session d’étude. Profitant d’un moment de pause, ledit évêque, tout en rondeur et sourire, me félicite: «Vous avez eu raison d’insister sur la communion. Tenez, moi, dans mon diocèse, je suis en communion avec tous. Même avec ceux qui ne sont pas en communion avec moi.» Je crois qu’il était sincère, quant à sa clairvoyance…
Une fois engagés, les conflits ecclésiastiques peuvent devenir terribles. Toutes les parties se prévalent d’une redoutable autorité, soit celle que leur confère le droit canon, ils s’arc-boutent sur leur crosse (d’évêque ou de curé), soit celle qu’ils s’attribuent en vertu du principe qu’il vaut mieux obéir à Dieu (qui évidemment les inspire) plutôt qu’aux hommes.
Rien de plus difficile que d’exercer l’autorité avec amour et humilité. Rien de plus exigeant que d’obéir sans servilité ni infantilisme. Des conflits sont à prévoir en Église, comme en toute organisation vivante. Ils peuvent même se révéler bénéfiques. Comment empêcher qu’ils ne dégénèrent en affrontements stériles?
Un premier principe s’impose. Des chrétiens, ordonnés ou non, peuvent parfaitement diverger sur des questions pastorales, tout en maintenant une relation personnelle de qualité. Ce n’est pas parce que l’on s’oppose sur une question pratique que l’on doit rompre le lien de charité. Au contraire! Pierre et Paul, cofondateurs de l’Église de Rome, en sont un bel exemple. Après leur conflit sévère à Antioche, aucun des deux n’a sans doute renié son attitude dans cette affaire. Il y avait de bonnes raisons chez l’un et l’autre. Ils ne sont pas, pour autant, devenus ennemis. Un lien de charité entre eux était indispensable pour créer, à Rome, de la communion et non de la division.
Pour favoriser une telle évolution constructive, le droit canon presse les fidèles, à commencer par les évêques, de tout mettre en œuvre afin d’éviter procès et litiges: par la discussion, la médiation, la transaction, la réconciliation, l’arbitrage (can. 1446, 1713, 1733).
«La conférence des évêques, précise le can. 1733, peut décider que soit constitué de manière stable dans chaque diocèse quelque office ou un conseil dont la charge serait de rechercher et de suggérer des solutions équitables selon les normes établies par la conférence; mais si la conférence ne l’a pas ordonné, l’évêque peut constituer un conseil ou un office de ce genre.» Merci, chers évêques, d’y penser! Vous n’exerceriez alors votre autorité qu’avec plus de sagesse et moins de tracas inutiles.
En Autriche, la tension sans rupture, pour l’instant, entre la Pfarrer Initiative et l’épiscopat semble suivre les conseils du droit canonique. On peut donc en espérer une issue heureuse. La patience et les initiatives du pape envers la Fraternité Saint-Pie X paraissent procéder du même esprit. Exemples à méditer…
Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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Amen
J'apprécie beaucoup ce que vous venez d'écrire. Particulièrement votre dernier paragraphe. Dans un monde de divisions, la communion au sein de notre Eglise est un bien précieux qu'il nous faut chérir et préserver. Nous devons sans cesse invoquer le Saint Esprit afin qu'il nous inspire les bons mots et les bonnes attitudes. Le Christ quoi que l'on fasse n'abandonnera jamais son Eglise. Mais peut-être que nous devrions revenir, comme vous l'écrivez si bien, a plus d'amour, de compassion et d'espérance. Je crois que la peur est la source de tous ces maux (peur de perdre ou peur de ne pas obtenir ce que l'on recherche). Pourtant le Christ nous dit bien de ne pas avoir peur mais bien d'avoir confiance. Confiance en Lui, confiance en la vie. Alors plutôt que de céder au découragement et à l'envie de rompre avec notre frère, nous devrions toujours rechercher un consensus qui nous permette d'aller de l'avant sans générer par la suite des frustrations ni un esprit de revanche. Merci encore de l'avoir souligner par votre texte.