Comment déverrouiller la conférence des évêques? (Photo: Fagairolles 34)
Les conférences des évêques sont dotées d’un frein à main serré, qui les empêche souvent d’aller de l’avant. Leur fonctionnement n’est pas collégial, comme celui du conseil fédéral, par exemple, où l’on décide à la majorité, tous les membres se ralliant à la décision prise. Rien de tel pour la conférence des évêques. Mis à part certains cas précis, elle ne peut prendre une décision qu’à l’unanimité. Si une seule voix manque, aucune position commune ne peut être publiée. Dès lors, nombreuses sont les possibilités d’empêcher une déclaration. Un seul peut faire capoter une réflexion approuvée par une large majorité de ses confrères.
Le principe qui justifie ce fonctionnement est bon et utile : il vise à protéger la responsabilité personnelle de chaque évêque, ainsi que la liberté qui va nécessairement avec. Les évêques réunis ne sont pas collectivement responsables de leurs territoires additionnés. Chacun est garant de la portion d’Église qui lui est confiée.
Mais un principe juste, s’il est appliqué de façon trop étroite, peut produire des effets indésirables, notamment les blocages évoqués plus haut.
Peut-on éviter ces inconvénients tout en respectant l’esprit de la loi et même sa lettre?
Il semble que oui. La conférence des évêques pourrait inscrire dans ses statuts une différenciation claire de ses domaines de concertation et de délibération. Certains sont prévus par le droit, il n’y a donc pas à en discuter. Reste un vaste espace de décision laissé au libre choix des évêques. Dans cet espace, ils pourraient délimiter eux-mêmes deux grands secteurs. Primo, celui qui relève strictement de la responsabilité personnelle de chacun. Là, les décisions ne peuvent être prises qu’à l’unanimité, selon le principe de base. Secundo, il reste un champ étendu de décisions, qui n’engagent pas au même degré la responsabilité de chaque évêque. Dans ce champ, des prises de position prudentielles, occasionnelles pourraient parfaitement être votées à la majorité, simple ou qualifiée, des membres.
Par exemple, la Conférence des évêques suisses devait-elle émettre un avis sur la théorie du «genre», à la suite du débat soulevé par un document de l’Action de carême 2012? Une question de ce type pouvait être résolue à la majorité. Il ne s’agissait pas de définir un point de foi, de morale ou de discipline ecclésiastique, mais simplement de donner un éclairage utile aux fidèles, en distinguant nettement l’Action de carême, à soutenir, et la théorie du «genre», à récuser.
Émettre un tel avis prudentiel ne porte pas atteinte à la responsabilité personnelle de chaque évêque. Tous restent libres d’appliquer de façon différenciée l’avis commun, l’un en interdisant la distribution de la brochure incriminée dans son diocèse, l’autre en donnant des informations complémentaires ou des clés d’interprétation, par exemple.
Il serait étonnant que, sur la plupart des sujets, les évêques n’aient pas un consensus minimal, touchant l’essentiel, qui soit suffisant pour émettre un avis commun, sans entraver la liberté de chacun.
Si cela était admis, la conférence des évêques pourrait dynamiser sa communication et rompre certains silences embarrassés et embarrassants.
Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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Communiqué du 8 mars
Cher M. L'Abbé,Vos billets sont très appréciables avec cette touche d'humour et de critique qui vous distingue.
Néanmoins dans son communiqué du 8 mars la CES a clairement rejeté l'idéologie du genre tout en soutenant l'égalité sociale et l'engagement d'Action de Carême.
C'est de votre devoir de dénoncer de telles erreurs et d'en rappeler les personnes concernées et les responsables sur un tel danger.
Mais permettez-moi de vous dire que c'est nettement mieux de le faire dans la charité qui distingue les adeptes de l'Evangile.
Et m'explique : ne pas créer une polémique enflammée sur la toile et un mouvement de sabordage virulent. Juste contacter la direction d'Action de Carême et la CES avec éclairage et fermeté. Et attendre leurs réactions avant de dénoncer publiquement.
Nous sommes tous les mêmes membres de cette famille humaine et certains débats ont réellement nui à l'objectif de fond: s'entraider les uns les autres.
Vous êtes fin psychologue, je suis persuadée que vous le savez déjà : les médias ne sont pas à utiliser à tout azimut.. Ça ne fait que détruire encore plus l'union et la crédibilité d'une famille qu'est l'Eglise.
Avec tous mes hommages,
Une engagée pour la paix durable
Oui, Doumia
Je partage totalement votre point de vue et vous remercie de l'avoir exprimé. La voie que vous indiquez est exactement celle que j'ai suivie. Le 18 février déjà, j'ai écrit à la CES afin de lui signaler qu'il y avait un grave problème dans cette campagne, lui demandant de bien vouloir se prononcer sur l'opportunité ou non de prendre position, et de quelle manière. J'ai eu également des contacts prolongés avec les responsables d'Action de carême. Hélas, personne n'a jugé bon de réagir à temps et sagement. C'est ce qui a permis à la polémique de s'enflammer. La CES a enfin pris position le 7 mars, exprimant la position que j'avais défendue moi-même dans toutes mes interventions: OUI à l'Action de carême et à ses objectifs, NON à l'idéologie du genre qui va exactement à fins contraires. C'est la position de l'Eglise catholique dans les agences onusiennes et parmi les ONG, dont plusieurs sont contaminées par le "genre". Je reviendrai prochainement sur cette théorie, afin d'en montrer la perversité, sans doute ignorée ou minimisée par AdC/PPP. Dans le post ci-dessus, je porte mon attention sur le fonctionnement de la CES. Je suis convaincu que c'est à cause de certains verrous qu'elle n'a pas pu s'exprimer plus tôt. Quelque chose ou quelqu'un a finalement fait sauter un verrou dommageable. Tant mieux!A M. Salamolard
M. l'Abbé, je ne cache pas ma déception face à la réaction "molle" des évêques par rapport aux documents de l'Action de carême. Ici, nous ne sommes pas dans une agence onusienne où l'Eglise n'a qu'un droit d'être entendue ou de regard; on comprend dans cette situation qu'elle soutient l'action caritative en condamnant la théorie du genre. Que pourrait-elle faire d'autre ? La situation est différente avec une institution (fondation) qui est patronnée par les évêques qui ont donc leur mot à dire. En ne remettant pas clairement en cause les documents concernés qui font référence à une théorie perverse, ils adoptent une position ambiguë qui donne l'apparence d'un soutien, à certaines conditions, à cette théorie.Pour le reste, je salue votre intention de revenir sur cette théorie pour en démontrer la perversité.
@Jérôme
Merci de votre commentaire, on ne peut plus pertinent. En réponse à votre interrogation, je risque une simple hypothèse. La position de la CES exprime, semble-t-il, le consensus minimal qui s'imposait pour permettre une déclaration officielle et commune. Quant au reste, notamment d'autres mesures auxquelles vous faites discrètement allusion, elles sont laissées au jugement de chaque évêque. L'un se contentera de la déclaration commune, un autre peut la commenter, un autre pourrait empêcher la distribution de la brochure Info-Campagne dans son diocèse, tout en recommandant le soutien des paroisses et des fidèles à l'Action de carême, laquelle n'est pas mise en cause dans ses objectifs. On devrait voir ces prochains jours ce qu'il en est...girouette
Je suis gêné par le manque d'unanimité des évêques sur des sujets tels que l'éducation sexuelles à l'école, les divorcés remariés etc. Le fait que des évêques se contredfisent paR communiqués de presse successifs fait mauvaise impression. S'ils n'arrivent pas à s'entendre, comment peuvent-ils encore demander aux fidèles d'être "fidèles" ?