17.05.2012 | Ascension du Seigneur | S. Pascal Baylon, Ascension | Ac 1,1-11 Ep 4,1-16 Mc 16,15-20

Variations cathosphériques

19 décembre 2011 | 22h05

Divorcés remariés (2) Un chemin suggéré par saint Thomas

Qu’est-ce qui peut empêcher la réception salutaire de la communion eucharistique? Saint Thomas se pose la question dans sa Somme de théologie (3e partie, question 80, article 8). Il répond: «Il existe deux types d’empêchement. L'un est essentiel: c'est le péché mortel, qui contredit la signification de ce sacrement. L'autre vient d'une interdiction ecclésiastique.»

 

Le péché mortel consiste en une rupture volontaire de la communion d’amour avec Dieu ou avec la communauté. L’eucharistie, au contraire, exprime et nourrit cette double communion. Saint Paul dénonce on ne peut plus clairement la contradiction entre ces deux réalités, et sa redoutable conséquence, dans sa première lettre aux Corinthiens (11, 29): «Celui qui mange et boit [l’eucharistie], mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps [sacramentel et ecclésial du Seigneur].»

 

Mais qui peut juger d’un état réel de péché mortel? Pour Paul, il s’agit de la conscience individuelle (11, 28): «Que chacun s’examine donc lui-même avant de manger ce pain et de boire à cette coupe!»

 

Les divorcés remariés se trouvent dans une situation objective de rupture d’alliance, en admettant que leur premier mariage ait été valide. L’Église doit donc leur signifier cela, comme le fait saint Paul en avertissant les Corinthiens. S’ensuit-il que ces personnes sont toutes en état réel de péché mortel? Ce n’est pas sûr. Des circonstances atténuantes ou absolutoires peuvent exister. L’Église le reconnaît puisqu’elle encourage les divorcés remariés à participer à l’eucharistie et à communier spirituellement. Cela serait impossible en état de péché mortel. En complément de son jugement objectif, l’Église ne devrait-elle donc pas renvoyer les divorcés remariés au for intime de leur conscience, comme Paul, sans les enfermer dans les seules normes du for externe? Une marge d’appréciation existerait dès lors pour les divorcés remariés, afin qu’ils puissent s’examiner en conscience devant Dieu, avant d’en tirer les conséquences. Avec l’aide souhaitable d’un pasteur.

 

Un empêchement ecclésiastique, contrairement à celui de péché mortel, peut être modifié, assoupli, assorti d’exceptions, supprimé. L’Église est compétente pour cela dans une large mesure. À preuve l’évolution importante de la discipline sacramentaire au fil des siècles. Les interrogations de Benoît XVI, évoquées dans l’article précédent, vont en ce sens.

 

En attendant une solution plus réfléchie et plus définitive, un premier pas pourrait être accompli immédiatement. Sans modifier sa discipline générale, l’Église pourrait décréter chaque année une «grâce pascale» pour les divorcés remariés. Ils seraient admis, mettons du jeudi saint au 2e dimanche de Pâques –dit de la miséricorde divine!–, aussi bien au sacrement du pardon qu’à la réception sacramentelle de l’eucharistie, à la seule condition de s’examiner en conscience, selon la recommandation de saint Paul.

 

Une telle générosité pastorale aurait un retentissement immense. Elle prouverait aux divorcés remariés qu’ils ne sont pas excommuniés. Elle atténuerait le sentiment d’injustice éprouvé par certains d’entre eux, sentiment qui souvent les éloigne de l’Église. Elle établirait dans nos communautés un climat d’accueil et de compréhension. Elle aiderait les divorcés remariés à accepter mieux, le reste du temps, une discipline que beaucoup jugent sévère, voire excessive. Elle enrichirait la fête de Pâques d’une joie nouvelle et bienvenue.
 

Michel Salamolard


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