Luc Recordon (Photo: dr)
Votre gouvernement, amis Suisses, est digne d’éloges. Vous êtes bien administrés, chers Helvètes, je me plais à le constater, comparés à d’autres nations. Le sérieux est au pouvoir chez vous, ça ne rigole pas sous la coupole fédérale. Du moins tant qu’il est question d’argent, de Gripen et autres babioles.
En revanche, on s’éclate chez vous quand il s’agit de la vie à protéger. Ha ! ha ! ha ! Que vous devenez marrants, alors, vous et vos élus! Je cite juste quelques exemples propres à déclencher du rire jaune en cascade.
Le plus rigolo fut sans doute Luc Recordon, qui fit un jour pleurer le parlement en déclarant qu’il regrettait d’être né. C’était à l’occasion d’une discussion sur le DPI (diagnostic préimplantatoire) en 2005. Interpellé dans le privé, Recordon répondit: «Je suis très reconnaissant de la vie que j'ai pu mener… Il n'en demeure pas moins qu'il eut été infiniment préférable qu'une autre ou un autre soit à ma place... Cela est fort différent de ma volonté de vivre et de mon énergie mise à tirer le meilleur parti de cette vie, une fois que j'étais né. Là est toute la distinction fondamentale: ne pas naître aussi longtemps que la question peut se poser (tout particulièrement au moment d'implanter un embryon) est fondamentalement autre chose que d'assumer sa vie avec combativité lorsqu'elle a commencé.»
Où est le gag, assez cynique, dans ce charabia? Le brave Luc nous dit ceci, sans rire (hélas): «Avant de naître, je souhaitais ne pas naître. Mais une fois né, je suis heureux d’être né.» Plaudite, cives! Hurlez vos bravos! Tous debout, ovation pour Recordon!
Le conseil fédéral remet ça par la voix presque larmoyante d’Alain Berset, toujours à propos du DPI. Oui, on va l’autoriser. Non, on ne veut surtout pas encourager l’eugénisme. La bonne et macabre blague! En clair, le ministre de la santé nous explique: «Pour empêcher l’eugénisme, nous l’autorisons. Mais à de strictes conditions!» Riez, si vous pouvez.
On optera donc, sans le dire, pour un eugénisme contrôlé. On dressera un catalogue des maladies à éliminer par l’élimination d’embryons jugés encombrants. Chacun sait que la liste sera rediscutée au fil des années. Comme toujours, quand un mauvais principe est admis, ici l’eugénisme, les restrictions initiales ont tendance à s’élargir. C’est tendance.
Quel message parviendra aux actuels parents d’enfants atteints de mucoviscidose, maladie dont on annonce qu’elle justifiera le DPI et la destruction de l’embryon? Les parents qui ont accueilli et accompagné un enfant porteur de cette maladie seront-ils accusés de crime contre la société? Les jeunes malades encore vivants seront-ils déclarés coupables d’exister? Alors que leur espérance de vie, aujourd’hui, avoisine les 40 ans…
Après l’aide au suicide imposée dans les EMS vaudois, dans un «cadre strict», qui prouvera son élasticité, voici un nouveau «cadre strict», dont l’élasticité est garantie aussi, qui permettra l’élimination de petits humains plus indésirables que des requérants d’asile.
Enfin, comment ne pas se taper la tête contre les murs en entendant votre conseil fédéral clamer sa volonté d’encourager les soins palliatifs et la prévention du suicide, tout en refusant de modifier l’article 115 de votre code pénal, qui permet de pousser au suicide?
Le ridicule ne tue pas en Helvétie. Certaines lois y réussissent en revanche fort bien.
p.o. Michel Salamolard
Jonas en cathosphère
De cette chronique, le soussigné n’est que le scribe. L’auteur, c’est Jonas, le joyeux baleinier de Ninive. Il m’envoie par télépathie d’étranges messages. M. S.
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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