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Avec Michel Salamolard en cathosphère

25 février 2012 | 09h53 1 commentaire

Forces faibles et puissantes faiblesses de l’Église

Une fresque de Giotto montre le Poverello, en 1210, accompagné de quelques disciples, pauvrement vêtus, remettant sa règle de vie entre les mains du pape Innocent III – toujours lui! – entouré de sa cour, en beaux atours. Une fresque de Giotto montre le Poverello, en 1210, accompagné de quelques disciples, pauvrement vêtus, remettant sa règle de vie entre les mains du pape Innocent III – toujours lui! – entouré de sa cour, en beaux atours.

L’histoire de l’Église nous donne de fabuleux exemples d’un phénomène paradoxal, formulé ainsi par saint Paul: «C’est quand je suis faible que je suis fort» (2 Corinthiens 12, 10), ou encore: «Ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort» (1 Corinthiens 1, 27).  C’est toute la logique de la Croix, où la puissance du Christ se manifeste dans l’extrême de sa faiblesse.

 

Quelles sont les énergies positives, par lesquelles l’Église se renouvelle? Qui veut répondre à cette question trouvera toute lumière dans l’histoire de l’Église, en parfaite illustration de la logique de la Croix, proclamée par Paul. Prenons l’exemple suggestif du XIIIe siècle.

 

L’Église est alors puissante en Europe, en position dominante dans la société, mais elle se voit menacée par deux grands ennemis: les hérétiques, à l’intérieur de la chrétienté, les infidèles musulmans, à l’extérieur. Les hérétiques constituent un terrible danger, car ils ébranlent aussi bien la paix de l’Église que celle de la société, les deux étant liées. Leur contestation est doctrinale, morale, liturgique, disciplinaire. Mais ce sont précisément là les piliers de la chrétienté: bonne doctrine, bonnes mœurs, célébration correcte et unanime de la liturgie et des sacrements, obéissance à la hiérarchie ecclésiastique.

 

L’islam est un adversaire encore plus redoutable. Il est davantage à craindre que le paganisme antique, dont l’Église était venue à bout facilement, parce qu’il était exsangue. L’islam, au contraire, est conquérant. Il revendique lui aussi un monothéisme absolu et une universalité totale. C’est le concurrent par excellence.

 

Contre les hérétiques, l’Église institue l’Inquisition (Innocent III, en 1199). Pour se défendre de la menace islamique, notamment pour reconquérir la Terre sainte, elle lance les croisades. Le même Innocent III encourage la quatrième croisade (1202-1204) contre les musulmans, puis une croisade en Europe contre les Albigeois (1208-1229).

 

Aussi bien l’Inquisition, avec ses méthodes cruelles, que la lutte armée contre l’islam aboutirent à quelques succès. Mais combien éphémères et combien trompeurs! Leurs effets délétères sur l’évangélisation se font sentir encore aujourd’hui. Faiblesse de la force!

 

À la même époque, François et Dominique choisissent la pauvreté, la non-violence. Ils n’ont pour arme que la prière et la parole, avec une vie selon l’évangile. Ils vont susciter et mobiliser ces incroyables énergies par lesquelles l’Église du moyen âge s’est réformée de l’intérieur, propageant une onde de choc, bienfaisante et féconde, jusqu’à nos jours.

 

Une fresque de Giotto montre le Poverello, en 1210, accompagné de quelques disciples, pauvrement vêtus, remettant sa règle de vie entre les mains du pape Innocent III – toujours lui! – entouré de sa cour, en beaux atours. Face à face étourdissant entre le chef puissant d’une Église puissante, mais déjà malade de cette puissance, et l’humble François, porteur d’une des plus grandes forces de renouveau de l’Église.

 

Le béton est fort. Mais mort. Un brin d’herbe est vivant. Il s’insinue dans les failles du béton et le fait éclater. Forces de béton et forces de vie dans notre Église? Un beau sujet pour le prochain synode diocésain prévu (?!) en Suisse.

 

Michel Salamolard


Eva Maria 28 février 2012 | 18h34

Le pot de fer contre le pot de terre.....

Quel excellent article !!! Merci de nous avoir livré la matière à réfléchir. Et que vivent les forces faibles dans l'Eglise !

Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.

 

Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.


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