Un infiltré...
Entre les pleurs et les grincements de dents, la mésaventure du Vatileaks a de quoi réveiller aussi la bonne humeur. Voici trois bonnes raisons de rigoler. Vous allez me traiter de filou, ce en quoi vous ne risquez pas de vous tromper, mais je vous dirais que vue du Ciel, où je poursuis ma noble mission, cette affaire apparaît bel et bien désopilante.
Tenez, pas plus tard que ce matin, je rencontre l’évangéliste Marc, un fin sourire aux lèvres. «Tu m’as l’air bien joyeux», que je lui fais. «Il y a de quoi, qu’il me rétorque. Depuis le temps qu’ils lisent mon évangile, au Vatican, ils comprennent peut-être enfin une petite phrase de Jésus, que je fus le premier à rapporter texto.» – «Ah, que je m’étonne, et laquelle?» – «T’as qu’à lire toi-même, c’est dans mon bouquin au chapitre 4, verset 22» qu’il me lâche avec la moue satisfaite d’un auteur à succès. Je file aux archives (secrètes) du paradis, trouve l’opuscule et lis le passage indiqué: «Il n’y a rien de caché qui ne doive être manifesté et rien n’est demeuré secret que pour venir au grand jour.» Ha, ha, ha, je me bidonne, pensez, le Vatileaks prédit depuis 2000 ans! Et la diplomatie secrète condamnée d’avance!
Mais attention, soyons justes, et voyons ce qu’en pense un éminent diplomate du Saint-Siège. J’aperçois comme par hasard le nonce apostolique à Berlin, le Suisse Mgr Périsset. Il répond à une interview d’une fameuse agence catholique, nommée l’Apic, si je ne m’abuse. D’abord, il se lamente un peu, comme il convient. «C’est triste, gémit-il, de ne plus pouvoir faire totalement confiance à l’entourage du Saint Père! Désormais, je devrai réfléchir à deux fois avant toute communication écrite…» Mais sitôt après, l’éminent représentant du Vatican raconte lui-même une histoire «secrète», en tout cas peu connue, illustrant ainsi lui-même la parole citée par Marc.
Non, il n’a jamais reçu l’ordre de tancer la chancelière allemande, qui s’était permis de critiquer la levée, par le pape, de l’excommunication des quatre évêques lefebvristes, dont le négationniste Williamson. En revanche, il a cru bon d’expliquer calmement à Mme Merkel les faits ainsi que les motifs de Benoît XVI. Du coup, confie le nonce Périsset, la chancelière a appelé le pape afin de s’excuser auprès de lui. C’est-y pas une nouvelle joyeuse? Et ce diplomate qui fait au moins aussi fort que le majordome dans la transparence, c’est-y pas doucement cocasse?
Enfin, il y a cet aveu du majordome: «Qu’est-ce qui m’a poussé à faire ce que j’ai fait? C’est l’Esprit Saint, il m’a infiltré.» On savait, en tout cas depuis le concile Vatican I, en 1870, que le pape est le grand Infiltré de l’Esprit, notamment dans ses déclarations solennelles et infaillibles. Donc, si Benoît XVI avait déclaré, à l’occasion d’un Angélus par exemple: «L’Esprit m’a infiltré», les cardinaux auraient applaudi pieusement, mais quel éclat de rire dans les médias! Alors, pourquoi donc voulez-vous sangloter en entendant un simple majordome dire la même chose? N’est-ce pas hilarant? Vous riez peut-être en pensant que le Butler est dérangé, cinglé. Mais, si ce qu’il dit est vrai, n’est-ce pas encore plus marrant? Et source d’allégresse? Ça ne ressemble-t-il pas à l’Esprit d’infiltrer les simples et pas seulement les savants? Merci, l’Esprit, si tu as infiltré ce pauvre majordome! Merci de changer le deuil du scandale en joie! Merci, une fois de plus, d’infiltrer le Vatican d’une manière insolite! Infiltré jadis, malgré moi, par l’Esprit, je vous garantis l’heureuse issue de cette affaire, y compris pour le majordome… L’Esprit infiltre aussi facilement les prisons que les salons.
p.o. Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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filou!
Si le contenu du "vatileak" prête plutôt à rire car on y apprends --- ô surprise --- que le vatican en tant qu'institution n'est pas à l'abris des turpitudes du pouvoir, il est beaucoup plus triste et accablant d'imaginer qu'elle doit être la solitude de notre chers pape Benoit XVI en ce moment. Imaginez vous porteur d'une telle charge, vous faisant trahir par ceux qui devrai vous aider à la porter... sans la grâce de Dieu, il y aurai de quoi faire une bonne dépression! Enfin, que l'on arrête de se payer la tête de l'Esprit-Saint en pensant que celui-ci peut s'acoquiner avec le mensonge et la fourberie... Je vous le demande mon bon Jonas: Quid de la morale la plus élémentaire aujourd'hui?ça va ?
Mais vous avez fumé la moquette ? Comment se moquer à ce point de la souffrance du Pape, de ceux qui ce sont adressés à lui ? Et si c'était vos papiers, vos confidences ?De quoi souffre le pape
yb et Dada, je ne vous comprends que trop et vous approuve dans votre saine réaction. Mais je m'approuve moi-même aussi! Paradoxe... Je suis sûr que Benoît ne s'afflige pas des inconvénients pour lui, mais surtout, uniquement peut-être, du tort que son majordome (et d'autres peut-être avec lui) s'est infligé à lui-même. La souffrance du pape, j'en suis convaincu, est uniquement de compassion pour ceux qui l'on trahi. Belle souffrance, que j'envie, et ne plains nullement puisqu'elle ressemble à celle du Christ transpercé à cause de nos péchés... pardonnés. J'avoue que c'est assez déroutant, mais c'est la folie de la Croix. Me trompé-je?parfaitement,
je suis bien d'accord avec votre commentaire (21 aout). Vous comparez ces souffrances à celles du Christ en croix, rien que pour ca, ca ne me fait pas rire ni ricaner. Il y avait bien des rieurs, mais parmi ceux la on ne range ni sainte Veronique, ni Simon de Cyrene, ni saint Dismas, ....Apres tout, si Dieu est bien avec lui, qu'il se sauve lui-même!
Plus largement, je trouve que le monde d'aujourd'hui erige un détachement malsain par rapport à la souffrance, je ne range personne en particulier dans cette categorie, vous inclus bien entendu (j'ai pu lire d'autres de vos contributions, notamment sur la fin de vie). C'est pour cela que le contenu de cet article me surprends.