24.05.2013 | Férie du Temps ordinaire | Si 6,5-17 Mc 10,1-12

Avec Michel Salamolard en cathosphère

24 mars 2012 | 11h10

L’humour de Dieu (2) Quand vous priez, riez (acte premier)

<p>Un groupe en pri&egrave;re.</p>

Un groupe en prière.

P…riez, mes amis! Je vais encore vous choquer, c’est sûr. Je vous observe quand vous vous mettez en prière, vous revêtez le masque. Vos sourires s’effacent, vos paupières se baissent, deux petits froncements verticaux rident l’espace entre vos yeux, le ton de votre voix devient grave, quand ce n’est pas tremblotant, une crispation saisit tout votre être, vous respirez à peine. Mon Dieu, pourquoi? Tenez, pas plus tard que hier, j’ai braqué mon télescope sur une équipe chrétienne, de braves gens qui se retrouvent régulièrement pour échanger, prier, se soutenir. Accueil joyeux sur le pas de la porte, plaisir des retrouvailles, petit apéro sympa! Ensuite, avant l’étude d’un thème, on se met à table, les mines toujours réjouies. Quelqu’un dit alors: «Dis, Jean-Pierre, tu veux bien faire la prière?» Et tous de mettre le masque, abîmés dans des profondeurs insondables… Les gais lurons sont devenus des zombies. Pourquoi donc, mon Dieu?

 

Dans son évangile, Marc, le moins pieusement correct des quatre compères, rapporte une parole de Jésus, que Luc a prudemment omise, pour ne pas froisser ses lecteurs, et que Matthieu a arrangé, afin de ne pas heurter les théologiens du Saint Office. La voici dans ma traduction certifiée originale et fidèle: «Tout – tout? tout! – ce qui fait l’objet de vos prières et de vos demandes, croyez que vous l’avez (déjà!) reçu et cela vous appartiendra» (Marc 11, 24).

 

C’est-y pas rigolo! On a l’impression que Jésus se moque gentiment, manie un peu l’ironie souriante, afin de culbuter une question trop sérieuse, mal posée de ses amis. On croit les entendre: «Maître!» Déjà, ça commence dans le genre compassé. Pourquoi pas: «Ami Jésus!» ou simplement: «Eh, l’ami!» Bon, laissons leur politesse à ces gens bien éduqués. «Maître! Quelles conditions devons-nous remplir afin d’obtenir certainement ce que nous demandons en priant?» Les questionneurs connaissaient déjà bien des trucs pour prier comme il faut: se tenir debout, lever les yeux au ciel ou les abaisser humblement à terre, donner à Dieu des titres ronflants, louer sa grandeur, appuyer les demandes par des arguments, rappeler qu’on mérite d’être entendu, parce qu’on est sincère, honnête, irréprochable. Pourtant, malgré ces ruses, ça ne marche pas toujours. «Maître, fais-nous connaître la recette infaillible!»

 

Jésus rit de bon cœur. «Vous en faites trop, beaucoup trop, mes amis! Et plus vous en faites, plus vous prouvez que vous ne croyez pas vous-mêmes à vos prières. Vous vous adressez à Dieu comme à un monarque fantasque, qui donne ou refuse selon ses insondables caprices. Vous tentez de l’amadouer, de le convaincre, de le fléchir. Mais, je vous le dis, votre prière, votre simple désir de prier est un don de Dieu. Le premier mot de votre prière vous met en communion avec Dieu, qui vous aime. Après cela, que pouvez-vous souhaiter de plus, de mieux? Si vous êtes dans l’amour infini, que peut-il encore vous manquer? Tout ce que vous demandez, mes amis, vous l’avez déjà reçu, puisque vous priez. Si vous croyez cela, l’amour et la vie vous appartiendront.»

 

Ce jour-là, les potes de Jésus furent illuminés, se mirent à rire mais sans trop savoir pourquoi. L’étincelle d’intelligence allumée par Jésus dans leur cœur avait besoin encore d’être attisée. Un nouveau dialogue continua dans la bonne humeur. À suivre.

 

p.o. Michel Salamolard


Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.

 

Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.


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