Face aux médias, il est précis, sobre, évite les pièges. Les décisions viendront. Elles seront à l’image de l’homme, sages et claires, mûries en concertation avec ses collaborateurs. (Photo: Pascal Fessard) Enfin, la perle de grand prix! L’évêque nouveau est là. Comment expliquer cette longue vacance? Et cet excellent choix? À la première question, deux réponses complémentaires viennent à l’esprit. Une part de négligence, d’erreur et de maladresse est probable. Mais là n’est pas l’essentiel. La Suisse catholique doit paraître bien complexe, vue de Rome: mosaïque de langues, de cultures et de confessions; diversité des procédures diocésaines conduisant à la nomination d’un évêque, procédures que tous, au Vatican, ne comprennent ou n’apprécient guère; Helvètes jaloux de leur indépendance, y compris vis-à-vis de Rome: ils ne sont pas 100% contre, mais pas 100% pour. Prudents jusque dans leurs enthousiasmes. En Suisse, il y a aussi Écône et la commanderie de la Fraternité sacerdotale Saint Pie X, actuellement en tension extrême avec le Vatican. Rome devait aussi et d’abord éviter de conduire la barque suisse à la gaffe. Primum non nocere… L’affaire Haas n’est pas oubliée, des séquelles subsistent. De plus, après le départ de Mgr Koch, théologien de haut vol, il manquait à la Conférence des évêques suisses un penseur de même gabarit. En nommant à Bâle Mgr Gmür, le Vatican avait choisi la jeunesse et le charisme, la capacité de diriger et de maintenir dans l’unité le plus grand diocèse de Suisse. Quant à la plupart des candidats LGF, officiels ou supposés, dont les noms circulèrent, ils n’étaient pas sans mérite, loin de là, mais aucun ne remplissait probablement toutes les conditions souhaitées. De plus, chacun avait le handicap d’être bien connu dans le diocèse, donc dûment étiqueté, pesé, classé. Par conséquent, trouver la perle n’était pas chose aisée. Il est probable que le nom de Charles Morerod fut cité en haut lieu, il y a des mois déjà. Mais ses fonctions à Rome avaient de quoi faire hésiter. Qui mettre à la tête de l’Angelicum? Qui nommer secrétaire de l’importante Commission théologique internationale? Sans compter d’autres postes clés, auquel le dominicain était sans doute promis, à son insu peut-être, mais pas à l’insu de tous.
Voilà pour le retard. Cela dit, le choix est excellent. Mgr Morerod est largement à la hauteur de tous les critères cités plus haut. À la fois enfant du pays et venant de Rome, il cumule les qualités d’indigène et d’homme nouveau, sans étiquette ni casserole. Honnêtement, on ne peut le classer ni à «gauche» ni à «droite» ni dans un centre mou. Il est classique au meilleur sens du mot: intelligemment et profondément fidèle. Ses premières déclarations laissent transparaître un tempérament de vrai leader pastoral. Pas de programme préétabli, volonté d’écouter, de découvrir, d’agir dans la continuité, mais sans peur de claironner d’utiles réveils. Face aux médias, il est précis, sobre, évite les pièges. Les décisions viendront. Elles seront à l’image de l’homme, sages et claires, mûries en concertation avec ses collaborateurs.
Cette nomination sonne-t-elle le glas d’un brillant plan de carrière? L’Église a-t-elle perdu un candidat à des postes d’envergure universelle? L’avenir reste ouvert. Mgr Morerod se trouve théoriquement pour 25 ans sous le poids d’une lourde charge. Il lui arrivera peut-être, le moment venu, ce qui est arrivé à Mgr Koch: une sortie par le haut.
Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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