Carte de voeux de Jonas (Photo: Jonas) Les libres-penseurs, à ne pas confondre avec les penseurs libres, ont un saint patron. C’est moi. Eh oui, plus libre que moi, face à Dieu, tu meurs! Il prétend me commander –non, mais des fois!–, je fais juste le contraire. Pour montrer qui est le patron. Vous me direz que je me suis planté, que Dieu, finalement, a gagné, m’a mené par le bout du nez. Vous oubliez tout simplement une chose, ignorants. Seul parmi tous les prophètes, j’ai converti une ville immense! D’un claquement de langue. Je leur ai mis une de ces trouilles!
J’ai même converti Dieu, hé, hé, pas moins. Au vu de mon ahurissant succès, il s’est repenti, lui aussi. Si, si, lisez mon bouquin, ce chef-d’œuvre que tous les soi-disant grands prophètes, ici au Ciel, jalousent en grinçant des dents. Eux qui n’ont converti personne, qu’ont prêché dans le désert, cassé les pompes de leurs concitoyens. Voyez ce pauvre Isaïe, avec ses lèvres impures – c’est lui-même qui l’avoue dans un de ses rares moments de lucidité. Voyez Jérémie et ses jérémiades. Voyez Ézékiel et ses désopilantes visions… Bon, c’est pas leur faute, mais c’est pas la mienne non plus si j’suis doué, soit dit en toute humilité.
Donc, des libres-penseurs, je suis le grand, le seul, l’incommensurable prophète et céleste patron. Et avec eux, m’en vais monter une opération coup de poing dont vous me direz des nouvelles. On va vous convertir tous, en f… le bazar dans votre société, pas meilleure que Ninive, la méchante, l’hypocrite, la sans-Dieu. Comme les gens de Ninive, vous aurez la pétoche, vous tremblerez. Sauf vous, lecteurs de ce blog. Initiés par mes soins, vous comprendrez et vous vous roulerez par terre de rire tandis que d’autres se rouleront, honteux et confus, dans la poussière et la cendre.
On avait commencé par déboulonner quelques croix insolemment plantées sur des montagnes, ou décrocher un crucifix par-ci, par là, ou pousser force beuglantes dans les médias. Ce fut le flop total. Non seulement l’hypocrisie des bien-pensants – «pensants», laissez-moi sourire – n’a pas cessé, mais elle s’est fortifiée. Croix replacées, crucifis mix et remix… euh, crucifix mis et remis.
On va donc, en 2012, s’attaquer à Noël. À l’impudente tornade chrétienne, qui s’abat chaque année sur le pays. Et que j’t’allume des sapins, et que j’t’envoie du p’tit Jésus, et que j’te fais rêver les enfants, et que j’te raconte une vieille histoire, et que les médias en remettent une couche avec théologien, évêque, pape urbi et orbi! Fourbi et gourbi, plutôt!
Tout ça va disparaître de l’espace public. Les crucifix, après, quelle importance? On s’en fout. Quand on aura liquidé la naissance de Jésus, on sera même content de garder l’image de sa mort. Je vous entends rouspéter: «Mais c’est machiavélique, diabolique!» Non, c’est juste disons jonaïque. Plus retors encore que vous ne pensez! Je joue un double jeu avec les libres-penseurs. Je les pousse, les aide… c’est un piège! Tomberont dedans, quoi qu’ils fassent. Si leur attaque de Noël réussit, les chrétiens n’y perdront pas grand-chose. Fêteront comme avant, quand c’était discret, priant. Si ça rate, rien ne changera. Et ça ratera.
Les libres-penseurs seront combattus, mais pas par les chrétiens. Seront dénoncés, traînés dans la boue, persécutés, accusés de ruiner le pays, les emplois, l’économie, les banques. Seront écrasés comme cancrelats. Par qui? Par l’invincible armada du commerce et de l’industrie. Mais, chut, n’allez pas vendre la mèche! No pasarán! Père Noël vaincra.
p.o. Michel Salamolard
Jonas en cathosphère
De cette chronique, le soussigné n’est que le scribe. L’auteur, c’est Jonas, le joyeux baleinier de Ninive. Il m’envoie par télépathie d’étranges messages. M. S.
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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