C’était le troisième dimanche de Pâques dans cette petite station valaisanne. Comme ailleurs, d’ailleurs. L’église accueille les fidèles pour célébrer la résurrection du Seigneur. Je suis heureux de présider cette liturgie, dans un climat de ferveur et de joie. L’organiste est à son poste, avec quelques chanteurs. Les servants d’autel, un garçon et une fille, accomplissent dignement leur fonction, revêtus d’une aube immaculée… Quelqu’un proclame les lectures bibliques, puis j’annonce l’évangile du jour et prononce mon homélie. Courte, comme il se doit!
(Je ne résiste pas au plaisir, à ce propos, de rappeler l’anecdote suivante, qui ravirait le grand Jonas. Après avoir prononcé son brillant discours, cet académicien se rassied et glisse à l’oreille de son collègue: «Comment avez-vous trouvé mon allocution?» Et l’autre de répondre: «Comme l’épée de Charlemagne!» L’orateur se rengorge, flatté. Mais son collègue murmure alors: «Longue et plate…» Espérons que nos glaives de la parole ne souffrent pas de la même comparaison! Revenons à notre célébration.)
Tout va bien. Tout se déroule comme il convient. Mais voilà qu’un imprévu survient au moment du Lavabo. Je dis à mi-voix la prière prescrite: «Lave-moi de mes fautes, Seigneur, purifie-moi de mon péché.» Entendant cela, le petit servant d’autel me regarde droit dans les yeux et me demande: «Mais quel péché avez-vous fait?!» Curiosité malsaine? Pas du tout. Le garçon semblait troublé d’apprendre qu’un prêtre, imaginé probablement saint et parfait, avait pu commettre un péché. De quoi pouvait-il donc s’agir?
Que dire? C’est sans doute, en tout cas je me plais à l’imaginer, l’Esprit saint qui m’a inspiré de répondre: «J’ai tellement de péchés que je ne m’en souviens pas très bien. Mais ça m’est égal, puisque j’ai demandé pardon à Dieu, maintenant je n’ai plus de péché, ils sont tous effacés!» Comme l’enfant semblait heureux d’apprendre cela, qui le rassurait sans doute quant à l’efficacité du pardon divin, je me suis dit que c’était un petit bonheur à partager avec l’assemblée.
Donc, juste avant de poursuivre pieusement la liturgie, j’explique l’incident à tous, en commençant par m’adresser au servant d’autel: «Tu es d’accord, Kevin, on peut raconter ça? Tu as posé une bonne question, qui peut intéresser tout le monde.» Tous avaient d’ailleurs remarqué notre petit dialogue, sans entendre évidemment son contenu.
Mon explication a duré peut-être une minute. Tous écoutaient attentivement. J’ai vu bien des sourires très catholiques fleurir sur des visages. Il m’a même semblé que la ferveur montait d’un cran, tandis que notre célébration se poursuivait, avant de s’achever dans la franche allégresse de l’envoi pascal: «Allez dans la paix du Christ, alléluia, allé-é-é-é-lu-u-uia-a!»
Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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