Un grand maître du renouveau catéchétique en Europe, le P. Joseph Colomb, un de mes innombrables disciples, aimait dire qu’une leçon de catéchisme où l’on n’a pas ri est du temps perdu. Vous savez bien, fidèles lecteurs, que je n’ai pas envie de gaspiller mon temps ni de vous faire perdre le vôtre. Donc rions un tantinet.
On pourrait commencer par rigoler de votre manie du sérieux! Surtout quand il s’agit de morale et de religion. Un prêtre du diocèse de Sion avait remarqué que rien n’était plus ennuyeux que ses profondes homélies. Un jour qu’il prêchait au cours de la messe, dans un village du Haut-Valais, il s’est mis soudain à brailler une rengaine à la mode cette année-là: «Ja grüezi wohl, Frau Stirnimaa!» Vous pouvez télécharger ce chef-d’œuvre, même sans piger les paroles, c’est marrant. Eh bien, toutes les têtes, pieusement baissées jusque là, rentrées dans les épaules, dodelinant dévotement, se sont dressées, les mines se sont animées, des sourires apparurent, des lueurs dans les yeux… Et l’abbé de tancer, mi-déçu mi-amusé: «Je vous explique l’évangile et vous vous endormez, je beugle une idiotie et ça vous intéresse!»
De mon côté, j’aime traduire en rigolo certaines paraboles de Jésus. Oui, oui, sans gêne aucune. Je parie que ce Galiléen plutôt finaud y a mis souvent de l’humour, perçu comme tel à l’époque, mais que vous ne remarquez plus, austères et graves que vous êtes. Ou croyez être, car au fond de vous-mêmes, vous savez bien que vous êtes, autant que moi, des plaisantins. Voici donc, pour vous dérider, une transposition de la sentence parabolique, que vos Bibles intitulent «La paille et la poutre».
Cette demoiselle d’un certain âge, comme on dit, habite la campagne, au bord d’une rivière limpide et calme. Appelons-la Virginie, la bien nommée. Horreur! Quelques chenapans ont pris l’habitude de venir se baigner tout nus presque devant ses fenêtres. À quoi bon un maillot de bain, quand on est pareils et sans malice? Mademoiselle Virginie appelle la police. «Vraiment, je suis très choquée de voir ces garçons qui se baignent en costume d’Adam sous mes yeux!»
Consciencieux, le commissaire se renseigne sur l’identité des malfaiteurs. Un sergent avertit les parents de la plainte. Tous admettent qu’il convient de ne plus scandaliser Mademoiselle Virginie. Les polissons devront aller se faire voir, ou plutôt disparaître, ailleurs. Une semaine plus tard, la commère appelle à nouveau le commissariat. «Que se passe-t-il?» demande le gendarme de piquet. «Ces garçons seraient-ils revenus se baigner nus près de chez vous?» – «Non, répond la Catherinette, ils ont trouvé un autre endroit, plus bas, en aval. Mais avec mes jumelles, je les vois encore!»
Vous me demandez quel est le rapport avec la paille et la poutre? Nigauds! La poutre, ce sont les jumelles. Quant à la paille, elle manque tellement qu’on n’en ferait pas un pagne.
Moralité. Si tu ne peux ôter la poutre de ton œil, quitte au moins tes jumelles.
p.o. Michel Salamolard
Jonas en cathosphère
De cette chronique, le soussigné n’est que le scribe. L’auteur, c’est Jonas, le joyeux baleinier de Ninive. Il m’envoie par télépathie d’étranges messages. M. S.