La pastorale Oin-Oin
Vous pouvez m’appeler désormais Maître Jonas, en toute déférence et...
Une blague de Oin-Oin peut-elle offrir une profondeur théologique? Du rire, le sens peut-il fleurir? Le moment est venu de vous initier à cette approche du mystère par la rigolade, que je pratique parfois, au risque de vous choquer, de m’entendre traité par vous d’idiot, d’abruti, de tartignole et de zozo, de canard boiteux, de c…ard tout court, quand vous vous lâchez. Notez que je ne conteste pas ces qualificatifs, mais comme Cyrano, je n’aime pas qu’on me les serve. Tenez-le vous pour dit. Et venons-en aux choses sérieuses. L’anecdote qui suit m’a été contée par un saint prêtre suisse. C’est dire sa qualité, sa densité spirituelle.
Oin-Oin est fermier. Il reçoit la visite de son ami Milliquet. «Bonjour, M. Oin-Oin, quel magnifique élevage! Je vois un troupeau de vaches, des noires et des blanches. Sont-elles bonnes laitières?» – «Oh, les blanches donnent bien 30 litres par jour!» – «Ah, c’est remarquable. Et les noires?» – «Encore plus, jusqu’à 35 litres.» – «Mais j’aperçois aussi une bergerie, avec des chèvres, des noires et des blanches. C’est de bon rapport?» – «Les blanches donnent facilement 6 à 7 litres!» – «Beau résultat! Et les noires?» – «Encore mieux, près de 10 litres!» – «Votre bétail se porte bien, M. Oin-Oin, et donc vous aussi!» – «Je vous montre mes poules?» – « Oh, le vaste parc! Vos poules sont élevées au sol et au grain, des noires et des blanches. Sans doute excellentes pondeuses?» – «On peut le dire! Les blanches font des œufs de 55 grammes!» – «Superbe! Et les noires?» – «Ah, les noires, encore mieux! Leurs œufs pèsent entre 60 et 65 grammes.» Les propos de Oin-Oin finissent par agacer Milliquet. «M. Oin-Oin, vous vous f… de moi! Qu’est-ce que c’est que cette histoire de bonnes blanches d’abord et de noires meilleures ensuite?» – «C’est que les blanches m’appartiennent!» – «Ah bon, je comprends dans ce cas votre fierté! Vous les citez en premier, car elles sont à vous. Et les noires?» – «Les noires aussi.»
Voilà toute l’histoire. Je vous entends railler, tempêter: «Jonas, vieille canaille! Elle est où la profondeur théologique de cette sornette, indigne d’un soi-disant prophète du Très Haut. Elle est noire ou blanche, ta théologie? Ha, ha, ha!» Riez, vous ne serez pas déçus. Mais abasourdis plutôt, n’en croirez pas vos feuilles de chou.
Vous connaissez la parabole du jugement dernier, mécréants? Que fait le Fils de l’homme? Il sépare les brebis des chèvres, les noires des blanches, en somme! Les blanches brebis à sa droite, hop, au Royaume! Les chèvres noires à sa gauche, et vlan, au feu éternel. Et vous croyez, benêts, que c’est le dernier mot? Vous oubliez la Croix, nabots de la foi! Qu’est-ce qu’il nous fait comprendre, le Crucifié, qui donne sa vie pour tous, qui pardonne à tous? Il nous dit simplement, comme Oin-Oin: «Les blanches m’appartiennent, je les aime. Les noires aussi!» Génie du Christ! Il joue sa partition comme un virtuose du piano, dont les doigts caressent les touches blanches et les noires pour faire retentir sa divine musique.
On a ici, au Paradis, une sainte solitaire, effacée, mais dont le cœur est un foyer brûlant d’amour et de communion, Julienne de Norwich. Elle a deviné depuis longtemps ce qu’elle sait maintenant d’expérience: au Ciel, on se réjouit davantage de nos péchés pardonnés que de nos vertus récompensées. Au Ciel, vos noirs péchés, étreints par le Christ, seront votre gloire, car c’est en eux que l’amour divin resplendira le mieux, avec sa démesure. Vous êtes encore grognons et incrédules, bande de Milliquet? Convertissez-vous donc et devenez ces simples à qui Dieu révèle son mystère. Devenez des Oin-Oin. Oin! (=Oui, amen).
p.o. Michel Salamolard
P.S. En outre, je dirai ouin à la loi sur le prix unique du livre. (Pour la traduction en langue vulgaire, voir Bonheur, article Synode.)
De oin à oint, il n'y a pas
De oin à oint, il n'y a pas loin. Juste un t(hé)! Hé, hé!