20.05.2013 | Férie du Temps ordinaire | Si 1,1-4.6.8-10 Mc 9,14-29

Avec Michel Salamolard en cathosphère

18 février 2012 | 11h32

Paraboles (3) Y a pu d’justice

L'énigme, peinture de Gustave Doré. L'énigme, peinture de Gustave Doré.

Moi, le grand Jonas, je suis juif, comme le petit Jésus. Une fois devenu homme, ce petit a conservé la finesse, la subtilité juive, qu’il a coulée dans une simplicité de parole, que vous entendez, bonnes gens, de façon un tantinet simpliste, parfois. Je m’en vais donc vous inculquer un peu de sagacité. Si vous êtes doués, vous comprendrez mieux vos évangiles. Vous serez libérés du carcan des explications et plongés dans l’énigme, la quête, l’inouï de la question.

 

Vous allez voir, c’est marrant, mais pas à la Oin-Oin! Pas de gros rire, juste un fin sourire… Première leçon. Considérez cette affirmation de Jésus: «Dieu fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.» Ce n’est pas très correct, n’est-ce pas? Ça n’encourage pas les processions pour demander le soleil, la pluie. Autant braquer une banque, aligner les mensonges, batifoler, bref multiplier les injustices plutôt que les litanies. Si Dieu fait la pluie et le beau temps, pour les douces grenouilles de bénitier comme pour les vilains crapauds…

 

Pensez encore à la parabole des ouvriers de la dernière heure. Ceux qui ont travaillé tout le jour se sont fait berner, le patron leur a caché ce qu’il savait pertinemment, lui, à savoir qu’ils ne seraient pas payé plus que les derniers venus. Pour être loyal, ce filou de vigneron encaveur aurait dû tout expliquer d’avance. Et les travailleurs se seraient sans doute présentés tous à la dernière heure. Belle justice que cette dissimulation aux dépens du monde ouvrier, au mépris des syndicats et des conventions collectives!

 

Dans vos livres savants et pieux, dans vos homélies, vous trouverez bien sûr d’abondantes explications et justifications. Elles vous feront croire que Dieu est au fond normal, comme vous, juste un peu plus malin, un poil plus généreux, pédagogue avisé. Vous serez alors privés d’une divine surprise. Écoutez plutôt cette histoire.

 

Jacob et Josué sont en conflit au sujet d’un grave litige. Ne parvenant pas à trouver un compromis à l’amiable, ils demandent l’arbitrage du rabbin. Et Jacob d’expliquer son point de vue. Le rabbin écoute attentivement, réfléchit en lissant sa barbe, puis conclut: «Tu as raison.» Au tour de Josué de plaider sa cause. Le rabbin l’écoute avec le même sérieux, prend à nouveau le temps de méditer, avant de prononcer cette sentence: «Tu as raison.» Entendant cela, les deux plaignants, pour une fois d’accord, tempêtent: «Rabbi, tu te moques de nous? Il n’y a aucune justice dans ce que tu dis!» – «Vous avez raison» déclare le rabbin.

On dit, chose ahurissante, que Jacob et Josué, d’abord muets de surprise et d’indignation, ont finalement quitté le rabbin réconciliés, pleins de joie et glorifiant Dieu.

 

Vous attendez peut-être de moi quelque explication? Nenni, mes amis, ce serait vous priver de l’essentiel: le plaisir et le goût de la recherche. À vous de trouver la clé de l’énigme. Pourquoi les deux compères sont-ils repartis dans le bonheur et la louange? Quel rapport cette histoire a-t-elle avec la pluie et le soleil de Dieu, avec les ouvriers de la dernière heure? Vos réponses sont évidemment bienvenues. Il y en a peut-être plus d’une.

 

p.o. Michel Salamolard
P.S. Accepter la loi sur le prix unique du livre? Quelle question!

 

Jonas en cathosphère
De cette chronique, le soussigné n’est que le scribe. L’auteur, c’est Jonas, le joyeux baleinier de Ninive. Il m’envoie par télépathie d’étranges messages. M. S.


Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.

 

Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.


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