Ville de Sion avec le château de Tourbillon et Valère.(Photo: Sputniktilt/CC BY-SA 3.0) Enfin, nous y voilà! Un homme marié est sur le point d’être ordonné prêtre à Sion. Ah, vous croyez que je plaisante! Vous me prenez pour un rigolo? Je fais de l’Église-fiction? Moi! Comment osez-vous, vilains coucous, sapajous, poux! Suivez-moi, vous n’en croirez pas vos feuilles de chou.
Nous sommes en 1965. Ce n’est pas l’avenir du futur, ça, hein, c’est du réel, du solide! Les séminaristes du diocèse de Sion sont invités à l’évêché. Une bonne nouvelle vient de tomber. Venez fêter! Monsieur François-Olivier Dubuis, marié, père de trois enfants sera bientôt ordonné prêtre catholique. Ce n’est pas tout! L’autorisation de Rome est accordée sans condition. Autrement dit, le futur abbé Dubuis ne sera pas tenu d’interrompre ni de modifier sa vie conjugale.
Si un tel événement se produisait aujourd’hui, quel super-buzz! Tapage dans les ménages, hurlurettes dans les gazettes, frénétiques vivats des uns, huées outrées des autres. Rien de tel à l’époque. Un peu de surprise, par-ci par-là, mais le sentiment général est que cette ordination est normale. Pour les séminaristes, elle est source de joie profonde. Aucun n’est envieux, pas un ne remet en cause son propre choix du célibat. Depuis mes célestes hauteurs, malgré mes capteurs surpuissants, je n’ai entendu que cette exclamation d’une dame d’âge mûr: «Alors, lui, il aura droit aux sept sacrements!» L’était un brin jalouse. On lui avait appris au caté que personne n’avait pareille chance, puisque mariage et ordination s’excluaient…
Accueillie sans problème en Valais – crétins goitreux, tu parles! – la nouvelle fit sensation à Paris. Une gazette de boulevard, à grand tirage, dépêcha une estafette. En Une, on vit l’article assorti d’une photo. L’image montrait une chambre à coucher. Gros plan sur le lit matrimonial. Une robe noire pend au cadre de la couche. Légende: «Désormais, dans leur chambre à coucher, il y aura une soutane.»
Bio-express de l’abbé Dubuis. Né Vaudois protestant, en 1921, devenu pasteur après des études d’histoire et d’archéologie, il se convertit au catholicisme en 1954. Il enseigne successivement le latin, le grec, le français et l’histoire au Lycée-collège de Sion. Plus tard, l’histoire de l’Église et la patristique au Séminaire de Sion. Il devint archéologue cantonal, chercheur de terrain, auteur de nombreuses publications historiques et archéologiques. L’abbé François-Olivier Dubuis est mort en 2003, après trente-huit ans d’engagement professionnel et pastoral dans le diocèse de Sion. Qui dit mieux?
Comme tant de «prêtres partis» – il était «pasteur parti» –, il avait conservé intacte sa vocation pastorale, en dépit des évolutions de son histoire. L’Église a su reconnaître et accueillir cela – comme un cadeau, pas comme un problème.
Pourquoi rappeler aujourd’hui cet épisode? Afin de montrer l’ouverture d’esprit des Valaisans? Non, pas de chauvinisme déplacé! Peut-être afin de plonger dans une insondable réflexion les catholiques convaincus que l’ordination d’hommes mariés ferait de l’ombre au célibat consacré. Sans le canon 1042, Dieu serait moins libre, moins puissant? Laissez-moi rire! Allez, amis, rigolez avec moi, c’est bon contre les rides! Le sourire, somptueuse ride des gens heureux, célibataires ou mariés…
p.o. Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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merci
Bien cher Michel,Un simple merci du fond du coeur pour ce billet.
titre du commentaire
Mon père,Je suis navré de lire votre article, non pas tant que je ne sois pas ouvert à la réflexion sur le célibat des prêtres, bien au contraire. Mais je trouve déplacé qu'un site appelé cath.ch devienne le lieu pour ce genre de commentaire.
En effet vu le nom du site nous pourrions être en droit d'attendre de celui-çi qu'il soit une référence par rapport au point de vue de l'Eglise et non d'un de ses membre.
Monsieur l'abbé Pierre-Olivier Dubuis
Le pasteur est devenu l'abbé Dubuis. Fort bien, le célibat des prêtres relevant de la discipline, différente d'ailleurs durant le premier millénaire, et non du dépôt de la foi. Le code de droit canonique prévoit d'ailleurs expressément la dispense de la condition de célibat (can 1047 CIC). En Angleterre, ces derniers mois des dizaines de pasteurs anglicans mariés, qui ont adhéré à l'Eglise catholique romaine, ont été ordonnés prêtres. Un d'eux, Mgr Keith Newton est même membre la Conférence épiscopale. Rien d'extrordinaire donc...Plein de bon sens!...
C'est très bien, que vous nous remettiez en mémoire de belles histoires comme celle-ci. Personnellement, je ne trouve pas cela si courant!!!...En France, je n'en ai pas entendu parler. Nous ne sommes pas forcémment aux nouvelles de ce qui se passe du côté de nos voisins anglicans. C'est certainement dommage!!!...C'est très important justement d'en parler, car toute cette histoire paraît fort naturelle, et montre une adaptabilité et un bon sens de l'église, qu'il ne faudrait pas oublier!...