L’Instrumentum laboris du prochain synode des évêques est une magnifique partition. On espère que les évêques interpréteront en virtuoses inspirés la musique de ces pages. J’attends même de leur part quelques belles improvisations, dont sont capables les organistes de nos paroisses. Il y en eut de mémorables à Vatican II, comme celle du cardinal Liénart, qui changea d’entrée de jeu la face du concile. Trois thèmes majeurs manquent, selon moi, dans la partition, tous étroitement liés à l'évangélisation.
LA QUESTION DE LA PLACE ET DU STATUT DES FEMMES dans notre Église n’est pas traitée dans le document. Or, il y a là un vrai problème. Les femmes furent les premières auditrices croyantes de la résurrection, évangélisatrices (peu écoutées!) des évangélisateurs. Le «principe marial», selon Jean-Paul II, est censé être au moins aussi important que le «principe pétrinien». Les femmes sont majoritaires non seulement dans nos célébrations, mais aussi, souvent, dans les services paroissiaux. Pourtant, elles sont écartées de toute participation formelle au gouvernement de l’Église, réservé aux ministres ordonnés, masculins. Un synode sur la nouvelle évangélisation se devrait d’offrir une nouvelle place aux femmes, amplement justifiée et méritée.
Consolation ou promesse, l’Instrumentum laboris répercute courageusement une demande d’évêques, sans doute insistants et nombreux: que le service catéchétique soit reconnu enfin comme «un ministère stable et institué» (§ 108). Or, ce service est assumé habituellement par des femmes. Ce serait donc un pas dans la bonne direction.
UNE ÉTUDE SÉRIEUSE DE L’ORDINATION D’HOMMES MARIÉS À LA PRÊTRISE n’est pas envisagée. C’est choquant si on se souvient que la nouvelle évangélisation repose entièrement, selon le document lui-même, sur la communion ecclésiale vécue. Or, cette communion exige des prêtres assez nombreux pour présider à la vie et à l’eucharistie de toutes les communautés locales. Naguère, le choix était simple: maintenir ou non le célibat obligatoire. Aujourd’hui, il est dramatique: accorder ou non à un maximum de communautés les pasteurs dont elles ont besoin. Sur cette question, l’Église catholique engage une de ses responsabilités des plus graves.
On ne peut plus continuer de rendre Dieu responsable de l’actuelle pénurie, à travers des prières permanentes «pour les vocations». Comme si Dieu était sourd. On ne peut plus continuer non plus de rendre les familles, les fidèles ou les jeunes responsables de cette pénurie, comme si nos communautés n’étaient que de mauvaises terres, où les graines de vocation ne peuvent ni germer ni s’épanouir. Comme si les jeunes étaient rebelles à l’appel de Dieu. En maintenant mordicus l’obligation du célibat, l’Église latine organise elle-même la pénurie de prêtres. En théorie, elle sait que le célibat convient à la prêtrise, mais ne lui est pas indispensable. En pratique, elle le nie.
En 1974 déjà, le cardinal Marty, archevêque de Paris, proclamait devant des centaines de jeunes sont fameux «J’embauche!» Près de quarante ans plus tard, les évêques chantent en chœur ce même refrain. Beaucoup se refusent pourtant à discuter, à repenser les conditions d’embauche… De quoi ont-ils peur? Où est leur confiance en l’Esprit Saint, qui fait toutes choses nouvelles?
UNE RÉFLEXION DE FOND SUR LA PASTORALE ET LA DISCIPLINE DU SACREMENT DU PARDON manque aussi. On déplore que ce sacrement «a presque disparu de la vie de tant de chrétiens» (§ 98). Mais on ne s’interroge pas sur le renouveau possible de la pastorale sacramentelle, sur l’élargissement et l’assouplissement de la discipline en vigueur. Au nom de quoi figer la pratique de ce sacrement dans ses formes actuelles, quand on connaît l’étonnante, la spectaculaire évolution de ces formes depuis deux mille ans? L’axe tendanciel de cette évolution est net: il va dans le sens de la manifestation croissante de la miséricorde, de l’accès facilité au pardon sacramentel. Ce n’est pas forcément le sens du péché qui a disparu chez les fidèles, c’est peut-être le sens de la divine miséricorde qui sommeille chez les pasteurs. Veni, sancte Spiritus!
Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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3 points?
Tout d'abord, merci pour l'enthousiasme que vous manifestez vis-a-vis de ce synode et de l'année de la foi!Pour ma part, c'est étrange, car je me suis réjouis de ce document car... ces 3 points sont absents! Je ne nie pas l'importance de ces questions, mais je pense qu'il faut les remettre à leur juste place. De manière systematique, le discours de l'Eglise est circonscrit à ces questions. Pour une fois, nous allons prendre un peu de temps pour l'essentiel: la foi, le témoignage chrétien, la suite de Jesus. Je suis persuadé que cette année de la foi et le synode qui l'ouvrira ne seront pas "une distraction" pour eviter les questions les plus brulantes, mais bien un temps de retraite pour toute l'Eglise (tous les baptisés), necessaire pour pouvoir les aborder remplis de la confiance de l'Esprit-Saint. Pour ne pas regarder en arrière quand on met la main à la charrue, il vaut mieux ne pas la mettre avant les boeufs.
fraternellement!