O lire dondé
Pour une fois, je vais pas rouspéter. Plutôt envie de chanter: O...
Le concile Vatican III – qui déjà paraît, ne l’apercevez-vous pas? – se donnera des objectifs pastoraux. Il n’y a pas actuellement de problème dogmatique urgent. Annoncer l’évangile, vivre une Église de communion: ce sont les priorités des priorités.
Certes, de nouveaux et gravissimes problèmes éthiques ont surgi, dans tous les domaines: bioéthique, famille, respect de la vie, paix dans le monde, justice sociale, protection de l’environnement. Mais les orientations sont claires sur tous ces points. Reste à les rappeler, à les faire comprendre, à les mettre en œuvre.
En revanche, d’épineuses questions disciplinaires sont restées en suspens depuis des années, traînées comme des boulets par les uns, brandies comme des revendications par les autres. Ordinations de viri probati, pastorale des divorcés remariés, place de la femme, pastorale des personnes homosexuelles, discipline sacramentaire… Cette litanie, que les médias récitent à l’envi, a le don d’énerver certains pasteurs. Parce qu’ils ne peuvent en discuter publiquement. La boîte à question est verrouillée. Il faudra bien l’ouvrir un jour. Sinon, ce sont des indignés et des hérauts de la désobéissance qui s’en empareront.
Un autre grand chantier attend Vatican III, celui de l’organisation des diocèses. La réalité change sous nos yeux, de manière époustouflante. Qu’on songe à la pénurie de prêtres, aux regroupements de paroisses en unités pastorales toujours plus étendues; aux évêques portant une tâche de plus en plus lourde, avec le risque de s’écrouler ou de se surprotéger.
Comment en est-on arrivé là? Parmi les explications, on en oublie souvent une. C’est la croissance démographique, avec la complexification de nos sociétés occidentales. La vigne du Seigneur est devenue une jungle urbaine, mais la configuration des diocèses n’a guère changé en Europe. Quelle était la situation en Suisse au moyen âge finissant? Combien de diocésains chaque évêque avait-il alors sous sa houlette? Combien de prêtres? Quelle était la diversité sociale et culturelle? Quel était le poids social de l’Église? Et maintenant – sur tous ces points? Une étude montrerait l’immense montée de la démographie et de la complexité sociale – elles continuent à grimper! –, tandis que le nombre d’évêques restait assez stable et que celui des prêtres fondait. C’est systémique… et inquiétant.
Du temps de saint Augustin, il existait en Afrique du Nord une multitude de petits diocèses. Le concile de Carthage, en 418, réunit plus de deux cents évêques, pour un territoire restreint et pas trop peuplé. Le génial Augustin pouvait à la fois veiller sur ses prêtres, célébrer, dicter de volumineux traités, prononcer d’innombrables sermons, écrire à gauche et à droite, visiter son diocèse et ceux des environs, rendre la justice, soutenir de longues controverses, participer à des conférences, à des synodes, et même réfléchir et prier...
Que faire? Un premier pas consisterait à multiplier les évêques auxiliaires de proximité. Chaque responsable d’un grand secteur pastoral en deviendrait un. L’évêque serait ainsi soulagé, l’unité diocésaine maintenue. La mission de l’évêque serait recentrée: sur la réflexion et la prière, la relation avec ses auxiliaires et ses prêtres, l’évangélisation. Dans les villages ou les quartiers, des prêtres célibataires côtoieraient des viri probati ordonnés pour présider l’eucharistie au sein de communautés à taille humaine. L’administration diocésaine? Confiée à des laïcs ou à des diacres. Illusion? Vision? Vatican III le dira.
Michel Salamolard