Quelle lecture Benoît XVI fait-il de l’affaire des fuites au Vatican? Selon une hypothèse très vraisemblable, il la considère sous son angle spirituel, mystique. Tentons, nous aussi, de prendre ce regard, afin de dépasser le niveau sensationnel et finalement peu intéressant, si humain, banal, du Vatileaks.
Deux clés de lecture s’imposent de toute évidence. Premièrement, il s’agit d’une trahison ourdie par une personne de confiance. Deuxièmement, elle touche le pape, le successeur de Pierre selon la foi catholique.
À propos du premier aspect, on pense à la trahison de Judas, l’un des Douze, un intime de Jésus. Mais la personnalité du pauvre Paolo Gabriele, de même que son acte et ses motivations apparentes, rendent le rapprochement difficile avec le traître des évangiles.
Il y a fort à parier que le pape songe plutôt au reniement de Pierre. Pris dans un contexte tendu, débordé par des événements dont il n’avait mesuré ni la nature exacte ni la gravité, Pierre s’effondre. De courageux qu’il se croyait, il devient lamentable. La comparaison avec le majordome acquiert de la vraisemblance…
En suivant cette piste, on conclut presque nécessairement que le pape va gracier son ex-butler. Comment pourrait-il agir autrement s’il pense à l’effet du pardon de Jésus sur son lointain prédécesseur, Pierre, et sur les conséquences qui en ont découlé pour l’Église?
Même si le ministère pétrinien s’est parfois exercé de façon fort critiquable, il reste un élément important et bénéfique de l’Église catholique, y compris pour le futur, si on ose espérer un ajustement évangélique de ce ministère aux besoins de notre temps. Une évolution en ce sens est du reste déjà visible si on examine comment les dix derniers papes, par exemple, se sont comportés.
Benoît XVI, on peut le conjecturer, n’en restera pas là. Devant le coupable ou le pécheur, un vrai chrétien finit toujours par s’examiner lui-même. Non seulement il n’accable pas son prochain fautif, mais il découvre en miroir son propre péché. Il ne se croit pas indemne et innocent des passions et des ambiguïtés qui ont conduit un autre à perpétrer un méfait découvert et dénoncé.
À la racine de cette faute, il y a de l’orgueil, de la jalousie, de l’ambition, de l’égoïsme, de la lâcheté, de l’aveuglement, que sais-je encore? Moi aussi, se dit un vrai chrétien, je suis menacé par de pareils sentiments, moi aussi, il m’arrive de succomber à leur poussée malfaisante.
Quel est le résultat de cette démarche? La tristesse et la culpabilité morbide? Loin de là! Au contraire, ce vrai chrétien, qui a d’abord trouvé en lui la force et la joie de pardonner à son prochain, se tient maintenant lui-même dans la lumière du pardon infini de Dieu. Tous pécheurs, tous pardonnés. On pense à saint Paul dans sa lettre aux Romains. «Il n’y a pas de justes, pas même un seul… Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire à tous miséricorde.»
Oui, je crois que ma présente rêverie spirituelle convient parfaitement au pape Benoît XVI.
Michel Salamolard
Michel Salamolard tient une double chronique de l’actualité religieuse et sociale, vue de la cathosphère. La première, intitulée «Bonheur», s’efforce de projeter sereinement une lumière évangélique sur les événements. La seconde, intitulée «Jonas», du nom du joyeux baleinier de Ninive, traite les faits d’Église et de société dans les registres de l’humour, de la provoc et de l’humeur.
Michel Salamolard traite aussi de sujets de société, cette fois-ci non plus sous l'angle religieux, mais du point de vue de la sociologie, de la psychologie ou de la philosophie. L'objectif est de nourrir une réflexion aussi large que possible, à partir de références non confessionnelles. Retrouvez ces articles dans la rubrique "Société" du blog.
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Vatileaks en plein anniversaire du merveilleux concile
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Vatican II: le bilan sans concession de l’Église
Par Jean-Marie Guénois
Mis à jour le 10/10/2012 Le Figaro
Le Pape a ouvert, lundi au Vatican, le synode des évêques.
Lors du synode, les évêques se livrent à une critique sans précédent de l’évangélisation depuis cinquante ans.
À Rome, l’anniversaire du concile Vatican II n’est pas marqué par l’euphorie. Les cérémonies romaines, en ce 11 octobre, donneront le change mais, cinquante ans après l’ouverture de ce concile, le cœur n’y est pas. Car le bilan est plutôt sombre: l’“aggiornamento” de l’Église catholique voulu par Jean XXIII pose aujourd’hui plus de questions qu’il n’a pu en résoudre. Jusque-là relativement tabou, ou confisqué par les traditionalistes, le discours critique sur les fruits du concile est désormais publiquement porté par des évêques modérés. Une digue du silence semble même avoir cédé comme viennent de le démontrer les trois premiers jours de débat au synode sur «la nouvelle évangélisation» en cours à Rome jusqu’à la fin octobre.
Bien sûr, le concile Vatican II n’est pas sur toutes les lèvres dans la salle du synode qui réunit 250 évêques choisis et une centaine d’experts et d’auditeurs venus de toute la planète. Mais si Benoît XVI les a convoqués pour stimuler la «nouvelle évangélisation» – déjà lancée par Jean-Paul II en 1983 – c’est parce que l’Église catholique souffre de «tiédeur» comme il l’a dénoncé lui-même en ouvrant les travaux lundi: «Le chrétien ne doit pas être tiède, a insisté le Pape. C’est le plus grand danger du chrétien.»
«Faire l’Église»
Il a aussi fustigé une grande idée, fausse à ses yeux, mais issue de l’esprit de ce concile, selon laquelle les chrétiens pouvaient désormais «faire l’Église», c’est-à-dire inventer une nouvelle Église catholique. Nul ne peut «faire l’Église», a-t-il rétorqué en improvisant devant les membres du synode. Chacun doit seulement «faire connaître ce que le Christ a fait». «L’Église, a-t-il ajouté, ne commence pas avec ce que nous faisons, mais avec ce que nous disons de Dieu.» Et Benoît XVI de conclure: «Les apôtres n’ont pas créé l’Église avec une Constitution, mais ils ont prié et attendu, car ils savaient que seul Dieu lui-même peut créer son Église.»
Une idée sur laquelle il revient encore dans le texte inédit publié mercredi. Il y relate ses propres souvenirs du concile Vatican II qui demeure une «boussole» pour les chrétiens. Il a encore insisté, mercredi matin, lors de l’audience générale: «Il faut revenir aux textes du concile en le libérant d’une masse de publications qui, souvent, au lieu de les faire connaître, les ont cachés.»
Redécouvrir donc le vrai concile mais, en attendant, le tableau dressé en introduction des travaux du synode par les rapporteurs continentaux sur la situation de l’Église catholique est inquiétant. Le cardinal Peter Erdö, archevêque de Budapest en Hongrie et président du Conseil des conférences épiscopales d’Europe, l’a constaté crûment: «Dans la plus large partie du continent, c’est l’ignorance à propos de la foi chrétienne qui se répand», avec «une perte de la mémoire et de l’héritage chrétiens».
De fait, ce sont «les évêques européens» qui apparaissent «les plus déprimés et les plus démoralisés», rapportent les observateurs du Vatican chargés de relater les débats à la presse. D’où la nécessité de retrouver une nouvelle vigueur, ce qui a poussé Benoît XVI à lancer en ce 11 octobre une «année de la foi» car il lui apparaît capital qu’un demi-siècle après le concile, les catholiques puissent redécouvrir leur foi qu’ils connaissent mal.
Il en a confié l’animation à Mgr Rino Fisichella, un brillant prélat italien qui en a résumé l’esprit, mardi: «On a trop bureaucratisé la vie sacramentelle», assure-t-il. Conséquence: «nous apparaissons fatigués, répétant des formules obsolètes qui ne communiquent pas la joie de la rencontre avec le Christ et nous sommes incertains sur le chemin à prendre. Nous nous sommes renfermés sur nous-mêmes, montrant une autosuffisance qui empêche les autres de nous aborder comme une communauté vive et féconde, générant des vocations». Il précise: «nous avons perdu la crédibilité. Oppressés par le contrôle de notre langage, nous sommes craintifs dans nos prises de paroles». Il a donc appelé le synode à ne pas regarder «le passé avec nostalgie», ni le futur avec «utopie» mais à mener une «analyse lucide».
Un bon arbre qui porte des fruits vénéneux, on en fait quoi?