Benoît XVI donne un ultime temps de réflexion à la FSSPX
« Au cours de la rencontre du 14 septembre 2011 entre le Cardinal...
Echec certes, car la réintégration est refusée par la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Et en l’état on ne voit pas Rome leur forcer la main. Le Saint Père se retrouve dans la même situation qu’en 1988, quand Mgr Lefebvre retira sa signature du protocole d’accord signé la veille en présence du Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi. Les efforts du théologien et du pasteur auraient mérité une fin plus heureuse. J’ai bien de la peine pour Benoît XVI…
Mais réussite car les diverses rencontres au Palais du Saint Office ont permis d’exprimer clairement les positions de chacun. Ecône a souvent joué sur une certaine forme d’ambiguïté. Le Concile OUI, mais certaine chose NON. La «nouvelle messe» OUI SI, mais il ne faut pas y aller. Nous sommes avec le Pape, mais le Pape se trompe (Assises et sa participation à des prières avec d’autres chrétiens, etc..). Au début de sa prédication le supérieur d’Ecône joue de cette même mélodie, proche de Rome, avec Rome, mais en lutte contre Rome. Après tant d’explications, la décision tombe enfin: «nous avons été obligés de dire non». Ecône restera fidèles à la leçon laissée par Mgr Lefebvre (cf. le texte annexé en bas de page). C’est Non au Concile, Rome doit revenir à la Tradition telle qu'elle est comprise par la FSSPX. C'est ainsi que Mgr Fellay a fait écho aux discussions avec Rome: «[Ils nous disent] Vatican II a été fait par l’Eglise, or dans l’Eglise il doit y avoir continuité, donc Vatican II appartient aussi à la Tradition. Et nous de réagir: «pardon, que dites-vous là?» Plus Catholique que moi, tu meurs!
L’excommunication de 1988, à la suite des ordinations épiscopales, se fondait sur des arguments canoniques, mais ces derniers semblent bien cacher des raisons théologiques. En ce sens, les diverses rencontres sont une réussite, nous savons désormais pourquoi Ecône ne veut pas réintégrer l’Eglise: C’est pour des raisons de foi. La FSSPX ne partage pas la foi de l’Eglise telle qu'exprimée à la suite du Concile Vatican II. Les points de convergences ne suffisent pas, les divergences sont trop profondes. Dont acte, au terme de ces rencontres.
SI (et seulement si) la rupture est confirmée par Rome, les lefebvristes devront continuer leur chemin seuls. Ils devront définir eux-mêmes ce qui peut changer dans la Tradition vivante de l’Eglise, quels saints peuvent entrer dans le calendrier, comment dialoguer avec le monde et les autres croyants, comment et quoi adapter aux circonstances nouvelles, comment demander pour eux et respecter chez les autres la «liberté religieuse». Quand le pape est moderniste ou ne l’est pas, quand tel évêque ou tel prêtre est dans le juste ou ne l’est pas, qui mérite de recevoir une ou cinq «mitres». Hé oui, être «magistère» réclame bien du travail. Sauf, naturellement, si la FSSPX continue à jouer au poisson pilote de l’Eglise Catholique, auquel cas elle se servira dans les décisions de l’Eglise, selon son bon vouloir, son libre arbitre.
Dans sa prédication Mgr Fellay dit aussi: «Regardons les protestants, comme ils ouvrent les églises pour eux; et pour nous, ils les ferment. Mais nous disons: «ne nous soucions pas de cela». A titre personnel, je prends note «qu’ils ne se soucient pas de cela». Mais pourquoi en est-il ainsi? Sans parler des raisons canoniques, pourquoi accueillir des Protestants, alors que leurs positions théologiques sont plus éloignées que celles des lefebvristes? Il existe certainement plusieurs réponses; j’en donne une: Car ils sont plus respectueux que vous! Quand ils parlent du pape ou de nos évêques, dont ils ne partagent pas – comme vous – toutes les opinions, ils le font avec respect. Ils acceptent les différences et sont reconnaissants pour le dialogue que nous entretenons avec eux. C’est vrai, c’est un argument très «humain», mais ne sommes nous pas, comme eux, des «modernistes»?
Ecône a parlé, il reste maintenant à attendre la position romaine. Tous s’accordent à dire que le dossier se trouve désormais dans les mains du pape, ce qui est la moindre des choses étant donnée la gravité de la décision à prendre. Il faut attendre la position du Vatican, car ce ne sera que «quand Rome aura parlé, que la cause sera entendue».
Pour lire le sermon de Mgr Fellay: Extrait du sermon de Mgr Fellay le 2 février 2012, au Séminaire de Winona (Etats-Unis)
Dom Romain
Mise à jour le 5 février 2012
J’ai longtemps attendu avant de citer les propos ci-dessous du fondateur de la FSSPX. Ce texte non seulement se lit mais s’entend chaque fois que l’on arrive sur un site intégriste, et ceci depuis des années. Etant donné sa teneur, je me suis refusé à l’insérer dans mon texte.
«…Rome a perdu la foi, mes chers amis. Rome est dans l’apostasie. Ce ne sont pas des paroles, ce ne sont pas des mots en l’air que je vous dis. C’est la vérité. Rome est dans l’apostasie. On ne peut plus avoir confiance dans ce monde-là, Il a quitté l’Église, Ils ont quitté l’Église, Ils quittent l’Église. C’est sûr, sûr, sûr» (…) On ne peut suivre ces gens là. (…) C’est inconcevable, inconcevable (…) C’et incroyable, incroyable! Alors, comment voulez-vous que l’on puisse se fier à des gens comme cela? Ce n’est plus possible» Mgr Marcel Lefebvre, 4 octobre 1987
Merci...
... de votre intéressante analyse et de la mise en perspective de ces infos. On sent que vous suivez attentivement ce dossier. Petite remarque. Dans votre alinéa 3, je remplacerais (mais ce n'est que mon opinion) la phrase suivante "La FSSPX ne partage pas la foi de l’Eglise ISSUE DU Concile Vatican II" par une autre, par exemple: "La FSSPX ne partage pas la foi de l’Eglise EXPRIMéE PAR LE Concile Vatican II". La nunace paraît minime, elle est de taille. Si la foi de l'Eglise était "issue du" concile, les lefebristes auraient raison de la rejeter. - Votre citation de Mgr Lefebvre est emblématique et fait comprendre bien des choses: on croirait entendre Luther...@ Dom Romanomanontroppo
Merci pour votre judicieuse remarque. J'ai modifié mon post en tenant compte de votre proposition. Dom RomainQui est réellement fautif dans cet échec ?
Texte assez partial. Nous ne savons pas ce que contient le préambule doctrinal, mais son titre même implique très probablement l'exigence de l'acceptation du contenu de Vatican II, ce qui n'avait aucune chance d'être obtenu. Non seulement ce concile n'était pas doctrinal, mais pastoral, et donc n'a amené aucun article de foi nouveau à la doctrine catholique, mais les pratiques et textes de Vatican II sont en contradiction explicite avec les enseignements des papes précédents à Paul VI, comme la FSSPX l'a montré sans contestation possible. L'échec des négociations est donc certainement dû au fait que le Vatican n'a toujours pas voulu prendre acte de l'échec de Vatican II.@ Olivier
Je mets ma main au feu (aïe!) que le préambule n'exige pas "l'acceptation du contenu de Vatican II", ce serait mettre la charrue avant les boeufs et le préambule n'en serait plus un. Ce que le préambule demande certainement est le minimum que tout catholique reconnaît de fait comme préambule de la compréhension de sa foi, à savoir 1) la reconnaissance que Vatican II est bien un concile oecuménique, avec l'autorité suprême que cela implique; 2) que le pape en fonction jouit bien du pouvoir épiscopal sur tous les fidèles, selon la définition de Vatican I. Si cela est reconnu, on peut tout à fait discuter du contenu de Vatican II, de ses textes. On peut d'autant plus le faire qu'il n'y a pas d'anathèmes. Le ton est affirmatif, pas polémique ni condamnatoire. Cela ne signifie pas, évidemment, que ces textes n'ont pas valeur dogmatique. Ils l'ont pleinement, mais plutôt dans leurs grandes orientations, qu'il s'agit d'identifier, sans que tout soit précisé dans le détail. On peut donc parfaitement accepter le concile comme tel, tout en cherchant (ensemble! pas contre!) à le comprendre et à l'interpréter, notamment sur des points qui semblent faire problème (liberté religieuse, oecuménisme, etc.). Cette discussion a déjà eu lieu au concile lui-même, elle peut se poursuivre, en tenant compte évidemment de ce que le concile a vraiment dit et voulu dire, en écoutant aussi religieusement l'interprétation que les pasteurs à qui est confié le magistère suprême dans l'Eglise, les évêques unis au pape, le pape lui-même, en donnent de façon authentique. Finalement, on peut se demander une chose. Sous couvert de préoccupation purement doctrinale et théologique, la FSSPX ne cherche-t-elle pas tout simplement à prendre dans l'Eglise catholique le pouvoir qui revient au magistère, concile et pape? Dans ce cas, n'importe quelle querelle doctrinale peut faire l'affaire, pourvu qu'on ait raison contre le magistère. Pour avoir raison contre le magistère, pas besoin d'avancer des raisons convaincantes, il suffit de s'opposer. Cela vous semblera peut-être étonnant, mais, dans l'Eglise catholique, on a toujours cru et pensé que l'enseignement authentique du magistère authentique devait être reçu non pas en vertu des arguments avancés par ledit magistère, mais à cause de l'autorité spirituelle dont il jouit de par le Christ ("Qui vous écoute m'écoute"). Cela est d'ailleurs facile à comprendre. Comme le contenu de l'enseignement de foi n'est autre que les mystères révélés, la compréhension de ces mystères ne repose pas sur des raisonnements, mais sur l'obéissance de la foi (Fides ex auditu! et non Fides ex argumento). La reconnaissance du magistère catholique (concile et pape) est donc bel et bien le préambule à toute compréhension, interprétation et discussion en matière de foi. Mgr Lefebvre s'est posé en contre-magistère, attaquant violemment le concile et le pape. Sans doute les lefebvristes pourraient-ils maintenant avoir la sagesse de surmonter cette attitude de désobéissance, assez arrogante, même si elle fut sans doute pleine de bonnes intentions, sans abandonner le meilleur de leurs intuitions, de leur sensibilité. Par rapport aux positions tranchées de leur fondateur, ils pourraient commencer un travail de tri, d'interprétation, de vérification, au moins aussi pénétrant que celui qu'ils veulent faire sur les textes de Vatican II. Et le faire, encore une fois, non pas contre le magistère authentique, mais avec lui et en religieuse obéissance de ce magistère. Cum Petro et sub Petro. Une telle soumission n'a rien d'humiliant, elle élève au contraire ceux qui la pratiquent au-dessus des querelles sans fin parce que sans arbitre. Enfin, il ne s'agit peut-être pas de chercher "qui est réellement fautif", mais plutôt qui est d'accord de surmonter l'échec.@ Olivier
Merci de votre intervention. Vous avez raison, nous ne connaissons pas le contenu du préambule. Mais son refus, en l’état, est un fait. Le magistère a demandé ce qui lui semblait juste, pour que la réintégration soit possible. Par contre, nous connaissons maintenant les conditions posées par la Fraternité « Nous leur avons parlé très clairement : « si vous nous acceptez c’est sans changement. Sans obligation d’accepter ces choses ; alors nous sommes prêts. Mais si vous voulez nous les faire accepter, alors c’est non. » Et nous n’avons fait que citer Mgr Lefebvre, qui avait déjà dit cela en 1987 » (sermon de Mgr Fellay). L’Eglise acceptera t’elle de ne poser aucune condition ? Rome n’a pas encore dit son dernier mot… Vous dites : « …comme la FSSPX l'a montré sans contestation possible ». Faut-il comprendre que Rome fait preuve de mauvaise volonté ? Ou de manque d’intelligence, devant une argumentation implacable ? C’était justement l’objet des « rencontres romaines », et ces dernières se terminent sans que les parties se soient mises d’accord. Il fait croire que les arguments des uns et des autres n’étaient pas « sans contestation possible ». Quoique, vous et moi pouvons penser des arguments de chacune des parties. Dom Romain@ Dom Romanomanontroppo
Merci pour votre intervention. Votre réponse à Olivier me semble bien romaine, et pas du tout nontroppo… Je note juste un détail, pour rendre justice à la FSSPX. Vous dites : « la FSSPX ne cherche-t-elle pas tout simplement à prendre dans l'Eglise catholique le pouvoir qui revient au magistère, concile et pape?» Dans ce domaine les lefebvristes n’ont pas le monopole ! Ainsi je préfère dire, « la FSSPX, comme les autres mouvements de contestations du magistère de l’Eglise, ne cherche-t-elle pas… ». Je pense qu’en matière de contestation, la FSSPX est l’arbre qui cache la forêt… A l’intérieur même de l’Eglise, depuis des années, on tire joyeusement sur le magistère. L’ancien Préfet de la Congrégation de la Foi en a fait les frais et a manifesté une belle patience. Le Concile – et son esprit – sont aussi utilisés pour faire passer des « changements », qui vont si bien avec l’air du temps. Ainsi, la mise en garde du Cardinal Walter Kasper, citée dans mon post du 29 janvier 2012, est-elle plus que jamais d’actualité : «Attention à ne pas faire du Concile quelque chose où chacun projette et trouve ses propres désirs». Dom RomainEh oui, c'est toujours comme ça
Les contestations jusqu'auboutistes, au sein de l'Eglise, que j'évoquais dans un post précédent, fonctionnent toujours de la même façon, peu importe qu'elles soient de "gauche" ou de "droite", et cela quel que soit le point de doctrine ou de discipline contesté. Arrive un moment où la contestation doctrinale se transforme en conflit de pouvoir (ce qu'elle était parfois dès le début, mais sans le dire). De quel pouvoir s'agit-il? Évidemment du pouvoir magistériel! Car, en matière de doctrine religieuse, de discipline ecclésiastique, de liturgie (parfois de morale), tout se décide finalement, non par l'argumentation, comme l'a souligné Romanomanontroppo, mais par la décision de ceux qui ont légitimement (ou s'arrogent) l'autorité magistérielle. Cela ne signifie pas que la raison n'a pas à intervenir, qu'il faut cesser d'argumenter et de rendre crédibles les mystères de la foi. Mais la décision ne relève pas de ce niveau-là. On peut discuter de la doctrine à l'infini, on trouvera des arguments pour ou contre tous les dogmes. C'est pourquoi les schismes ont une tendance naturelle à s'éterniser, on peine toujours à en sortir (mieux vaut ne pas y entrer), pour la simple raison que la résolution d'un schisme implique toujours, d'une manière ou d'une autre, la reconnaissance d'une autorité suprême dans l'institution religieuse. À charge, évidemment, pour cette dernière, de ne pas se muer en autoritarisme, en tyranie des consciences. Exercice difficile, car toute autorité humaine (et celle de l'Eglise est aussi humaine) est tentée par l'absolutisme et la rigidité. J'avoue que le pape actuel me paraît bien réussir le numéro de funambule qui consiste à avancer sur la ligne de crête de l'autorité, sans tomber ni dans l'abîme du terrorisme moral ni dans celui de la démission. Je me demande si sa "timidité", sa "faiblesse" (en comparaison de l'athlète que fut son prédécesseur) n'est pas un atout. Certains y verront peut-être un élément providentiel. Perso, je constate que des "faibles" et des "timides" deviennent souvent meilleurs leaders que des matamores, toujours tentés par l'abus de pouvoir. Je ne dis pas cela pour JPII, qui a révélé sa sainteté et son autorité morale autant, sinon davantage, dans la maladie et la faiblesse, que dans ses années triomphantes (sans nier les bons côtés de ces dernières). - Un sociologue ne devrait peut-être jamais commencer à s'exprimer, tellement il a ensuite de la peine à se taire! Mon excuse: le sujet est bien intéressant, passionnant même.De quel catholicisme parlons-nous ?
On pourra toujours argumenter à l'infini, mais il faut bien voir que la FSSPX ne prétend pas imposer son propre message, mais celui qu'elle estime être celui du catholicisme compris dans son acception traditionnelle -c'est-à-dire antérieur à 1962 et depuis les apôtres. Faut-il considérer que ce catholicisme-là était erroné et invalide ? Le fait est que la pratique depuis Vatican II a abouti à créer des nouveaux dogmes de facto, tel que l'oecuménisme, qui a toujours été radicalement refusé par tous les papes précédents le concile et cela logiquement, car reconnaître aux autres religions une validité en quelque sorte équivalente au christianisme signifie que le message du Christ ne serait donc pas nécessaire à tout être humain, et qu'il n'est qu'une forme purement culturelle propre à l'occident, et sans prétention à représenter la vérité. Quand on voit Jean-Paul II embrasser le Coran, rempli d'appels au massacre et à la torture des chrétiens (des infidèles), que faut-il en penser ? Quel Pape avant 1962 aurait accepté cela ? Aucun à coup sur. Notons que seuls les catholiques ont "évolué". Ni les musulmans, ni les juifs, ni les bouddhistes n'ont changé un iota de leur message....File la laine...
Olivier, vous effectuez deux opérations dans votre post, sans doute méritoires, mais peut-être discutables. 1) Vous prétendez que Vatican II a innové en créant de nouveaux dogmes. 2) Vous vous référez à des papes d'avant Vatican II, qui jamais n'auraient, selon vous, accepté cela. Deux questions se posent dès lors, en rapport avec vos deux points. 1) Vatican II a-t-il vraiment créé de nouveaux dogmes (ou bien, au contraire, renoué avec la grande Tradition de l'Eglise)? 2) Est-ce que TOUS les papes d'avant Vatican II rejetteraient par exemple l'oecuménisme (au sens du concile, qui n'est peut-être pas celui que vous exprimez dans votre post)? Autrement dit, est-ce que le courant le plus traditionnel de l'Eglise catholique (enseignement et vie), exprimé non seulement par des papes (notamment du 19e siècle), mais aussi par les papes précédents, les grands conciles qui ont jalonné l'histoire, les grands saints (François pour n'en citer qu'un) rejette l'oecuménisme (au sens de Vatican II) ou bien au contraire y pousse fortement? Chacun peut avoir son opinion, plus ou moins informée, sur ces deux questions. Ce qui est sûr, en doctrine catholique de toujours, c'est que la réponse qui fait autorité est celle du magistère suprême (évêques unis au pape), et non celle d'un fidèle ou d'un évêque particulier. Nous voilà au rouet: Qui est aujourd'hui dépositaire du magistère apostolique et peut donc se prononcer avec autorité sur ces questions? Tant qu'on n'a pas répondu clairement à cette question de fond, on pataugera dans une discussion interminable et indécidable, où les arguments volent de tous côtés, ceux des uns anéantissant ceux des autres, ou alors dans une guerre de tranchée sans issue. Tout l'enjeu du fameux préambule est d'éviter cela, de situer clairement où se trouve le magistère authentique. Cela fait, une discussion salubre et constructive peut commencer. Au fond, les questions historiques et théologiques sont complexes, il suffit pour s'en convaincre de lire les dissertations des uns ou des autres. Mais l'attitude spirituelle catholique, elle, est très simple. Voici à ce sujet l'avis du cardinal Gasparri, dans son Catéchisme pour adultes. Gasparri fut créé cardinal par saint Pie X. Il fut secrétaire d'Etat de Benoît XV et de Pie XI. C'est donc bien un prélat d'avant Vatican II, ayant la confiance des papes cités, eux aussi d'avant Vatican II. À la question 138 de son Catéchisme (peut-on reconnaître simplement la véritable Eglise), Gasparri répond comme suit. "Oui, il y a un moyen plus rapide et plus simple de discerner la véritable Eglise des autres Eglises. Ce moyen, qu'indique le vieil adage des Pères; LA OU EST PIERRE, LA EST L'EGLISE, n'est autre que l'existence du chef visible et nécessaire de cette Eglise."Merci de votre participation.
Je suis avec attention les interventions des uns et des autres. Je me réjouis que les échanges se passent avec respect et qualité. J'ai apprécié la citation le cardinal Pietro Gasparri. "Pierre" est justement un de ces éléments qui "subsite" dans l'Eglise Catholique. A ce propos, dans le cadre du dialogue oecuménique, on ne peut pas oublier la merveilleuse encyclique du Bienheureux Jean-Paul II : Ut Unum Sint. Dans cette lettre, le Pape situe son ministère pétrinien dans le cadre de la miséricorde divine et il interroge les autres Eglises et Communautés écclésiales sur l'exercice de ce service de l'unité. Il ne renonce à rien, il invite les autres chrétiens à se prononcer au sujet du ministère de Pierre. Dom Romain@Socio
Merci pour votre intervention. Quelques remarques. Vous dites: "en matière de doctrine religieuse, de discipline ecclésiastique, de liturgie (parfois de morale), tout se décide finalement..." Parfois de Morale? Vraiment? Il me semble que les questions morales sont souvent "la question" - avec la liturgie - qui provoquent la discussion théologique. Humanae Vitae est un exemple d'école. La morale, c'est à dire les implications pratiques d'une affirmation de la théologie, reste le point sensible. C'est l'incarnation qui est douloureuse, pas la réflexion en elle-même. Il serait intéressant de montrer que dans des domaines comme l'œcuménisme ou la liberté religieuse, les implications "morales", comment je parle de l'autre, ce qui peut être perçu - ou être - de l'orgueil dans mon affirmation de la vérité, sont des éléments qui ont une part non négligeable dans la façon d'aborder ces questions. Pensons par exemple à "Dominus Jesus". Dans ce post, comme dans les autres, vous parlez du magistère, dans sa capacité d'écoute et de dialogue. Je partage pleinement votre avis à ce sujet. Mais il reste le point sensible, le service du "dépôt de la Foi" qui lui incombe. Tyrannie, autoritarisme, ou responsabilité assumée du service de la vérité? Mais il est vrai que dans ce domaine le pasteur et le sociologue ne regardent peut-être pas dans la même direction. "La dictature du relativisme" (cf. BXVI) est très certainement un défi pour celui qui veut servir La Vérité. Pour terminer, un mot à propos de notre cher Benoît XVI. Vous dites "timidité" et "faiblesse", j'accepte faiblesse dans la perspective de St Paul, mais je ne crois pas que Benoît XVI soit timide en matière de foi. L'ancien Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi n'a pas franchement fait preuve de timidité dans l'exercice de ses responsabilités. Pour ma part, je parlerais d'humilité. L'humilité est, me semble t-il, le fruit d'une bonne estime de soi, d'une science théologique (ou sociologique selon le domaine de compétence), d'une vraie capacité à assumer ses responsabilités et, tout particulièrement chez le Pape actuel, d'un sens profond de l'Histoire. Dom Romain.Précisions sans contestation
Merci de votre attention et de vos remarques. 1) Je peux me tromper, mais je ne vois aucun schisme, aucune contestation dans l'Eglise catholique fondé uniquement sur un point de morale. C'est toujours la doctrine et la la liturgie qui font l'objet du délit. Les questions de morale (p.e.x. Humanae Vitae) ne provoquent pas de schisme, mais des départs sur la point des pieds, non sans huées parfois, mais on ne voit pas, dans ces cas, se constituer de contre-magistères, sinon ceux de la mode et du "monde", qui se gardent bien de s'arroger (peut-être à tort) un magistère véritable, comme l'a fait p.ex. Mgr Lefebvre. 2) En complément, l'Eglise a toujours toléré des pratiques morales très discutables, non seulement de la part des laïcs, mais aussi de la part des clercs: en matière affective et sexuelle, en matière de pouvoir et d'avoir... Pour autant que la doctrine (ou la liturgie) n'étaient pas contestées. 3) Dominus Iesus est, en soi, et selon moi, l'un des plus clairs et pertinents documents de l'Eglise catholique du 20e siècle. La théologie et la sociologie s'y retrouvent parfaitement. Un sociologue de la communication nuancerait le propos en disant que ce document est parfait à usage interne, mais pèche gravement en termes de communication. Je sais de source sûre que les évêques suisses, à l'époque de la parution de ce document, n'ont pas estimé qu'il valait la moindre communication, la moindre explication. Rien de nouveau dans ce texte! Oui, mais les évêques (et le Vatican) ont négligé le ton. Dans une déclaration, le contenu (inattaquable en l'occurrence) est une chose, le ton et la manière indiquent dans quel rapport on ce situe avec l'interlocuteur. Le ton dit ou non l'amitié, l'estime, le respect... 4) Qu'est-ce que le dépôt de la foi? On songe immédiatement au message, au contenu de la foi, à une doctrine en somme. Mais si on interroge cette doctrine, sociologiquement, sans juger de sa pertinence théorique, on voit immédiatement son originalité, dont je m'étonne qu'elle ne saute pas aux yeux de quiconque. Le dépôt de la foi est essentiellement un dépôt (et une transmission) de l'amour. Je laisse aux historiens des religion et du dogme le soin de se prononcer là-dessus, sur ce que cela signifie. Mais je suis obligé de constater qu'aucune autre tradition religieuse ou spirituelle ne met l'accent là-dessus de cette manière. Les "dépôts" transmis abondent, mais la "transmission de la charité" est une spécificité chrétinne, si je ne m'abuse. Je ne vois quelque chose d'approchant (approchant seulement) que dans la tradition bouddhiste (non-violence, ne pas faire/dire/penser de mal) et dans la tradition soufiste. 5) Pour tout pasteur catholique, Benoît XVI en premier, le souci et la difficulté consistent à promouvoir le programme de la dernière encyclique du pape actuel: Caritas in Veritate. Concilier l'annonce de la vérité au sein d'une annonce de la charité! Asséner des vérités est facile et inopérant. Pratiquer une charité "bonbon" idem. 6) En parlant de la "timidité" et de la "faiblesse" de BXVI, je ne pensais nullement à son action pastorale, que je juge plutôt affirmée et forte. À preuve, ses interventions courageuses à Ratisbonne, en Irlande, etc.; sa révocation des excommunications lefebrvistes (au risque, sans doute pas sous-estimé naïvement, de fâcher beaucoup), etc. Je vois plutôt la timidité et la faiblesse de ce pape comme de traits de sa personnalité, aux antipodes (socialement et médiatiquement parlant) d'un Jean-Paul II, d'un Lustiger, sans parler d'un Obama ou d'un Sarkozy! J'aime résumer (de façon simpliste) ma pensée en disant que certains leaders charismatiques le sont de loin (médias, etc.) et d'autres de près, comme BXVI. Je conviens avec vous qu'on peut appeler cela de l'humilité, mais, en tant que socio, je me méfie de ce mot qui sert souvent, y compris dans l'Eglise, à couvrir tant d'orgueil. Ce sont les actes d'humilité qui attestent d'ue vraie humilité. Jésus a dû en découdre avec ses disciples jusqu'au coeur de la dernière cène (au témoignage de saint Luc): à quoi reconnaît-on le serviteur? Mais voià que je m'^égare dans le domaine exégétique et théologique qui n'est pas le mien. Mon seul souci, et mon seul apport éventuel aux chrétiens, est d'attirer l'attention sur le décalage ou au contraire l'adéquation entre les discours (humilité, service, etc.) et les fonctionnements/comportements sociaux (domination, autoritarisme, recherche d'avantages,etc.) Je suis sensible également aux résultats bien différents, dans l'Eglise, des stratégies "humaines" (pouvoir, savoir, avoir) et des stratégies évangéliques (faire confinace, aimer, servir). Évidemment, en tant que sociologue chrétien, je m'efforce de m'examiner moi-même selon cette perspective. Je vous avoue que le bilan n'est pas toujours à mon honneur. Ce qui me ramène, malgré moi, à une certaine humilité...Journet et la liberté religieuse
À l'intention de ceux qui ont de l'estime pour le cardinal Journet, qui ne le considèrent pas comme un hérétique et apostat, et qui s'intéressent à la problématique de la liberté religieuse, telle que discutée au concile Vatican II, voici l'intervention dudit cardinal à ce sujet. Je la reprends du site suivant: http://participans.blogspot.com/2012/01/lintervention-du-cardinal-journe... Le mardi 21 septembre 1965, le cardinal Charles Journet prononçait au Concile Vatican II l’allocution suivante : « Vénérables Pères, En cette question de la liberté religieuse, existe entre nous, d’une part une fondamentale unité doctrinale et d’autre part des divergences qui naissent surtout des préoccupations pastorales de nombreux Pères. Ces divergences, semble-t-il, pourraient se réduire pour une grande part si l’on soulignait mieux les quelques thèmes suivants qui se trouvent déjà dans le schéma sur la constitution elle-même : La personne humaine appartient simultanément à deux ordres sociaux : à savoir l’ordre des choses temporelles et de la société politique, et l’ordre spirituel, c’est-à-dire l’ordre de l’Évangile et de l’Église. Est-il question de l’ordre des choses temporelles, il faut dire que la personne humaine, bien que sous un aspect elle soit partie de la société civile, transcende pourtant tout l’ordre politique parce qu’elle est ordonnée au bien parfait et définitif, à Dieu qui l’a créée. Par conséquent, sous ce deuxième aspect, la personne humaine : est libre à l’égard de la société civile tout entière ; mais elle devra rendre raison à Dieu de chacune de ses options. L’homme qui se trompe ou qui pèche, ou celui dont la conscience est erronée, n’en reste pas moins une personne humaine et doit être considéré comme tel par la société politique à laquelle il appartient. Il ne pourrait être contraint par cette société que s’il venait à poser des actes externes susceptibles de détruire l’ordre public véritable. Par contre, cet homme aura un jour à rendre compte devant Dieu de la culpabilité ou de la non-culpabilité de sa propre conscience. La société civile elle aussi a le devoir de manifester publiquement l’honneur qu’elle réserve à Dieu. Par conséquent, le pouvoir civil lui-même ne peut ignorer les diverses familles religieuses présentes dans la cité, et c’est son devoir de recourir à elles afin que Dieu soit dignement honoré de tous. Ce qui précède concerne les droits des personnes humaines. Mais les chrétiens savent que, au-delà de cet ordre, l’Église, de par la volonté même de Dieu et du Christ, possède le droit surnaturel et inviolable de prêcher librement l’Évangile à toute créature. Les apôtres et les martyrs sont morts en témoins de cette liberté. Les pasteurs de l’Église, dès l’époque de Constantin et au-delà, ont fait appel plus d’une fois au bras séculier afin de défendre les droits des fidèles et pour sauvegarder l’ordre temporel et politique de ce qu’on appelle la chrétienté. Pourtant, sous l’influence précisément de la prédication de l’Évangile, la distinction entre les choses temporelles et les choses sprituelles est devenue progressivement plus explicite et aujourd’hui elle est claire pour tous. En conséquence, le principe doctrinal selon lequel les choses temporelles sont subordonnées de soi aux choses spirituelles n’est nullement aboli, mais trouve un mode nouveau d’application, à savoir qu’il faut s’opposer aux erreurs par les armes de lumière, et non par les armes de guerre. Si je ne me trompe, tous ces thèmes sont déjà contenus dans la déclaration sur la liberté religieuse. Peut-être pourraient-ils être mis en meilleure lumière. Toutes ces raisons font que l’actuelle déclaration me semble mériter une pleine approbation. J’ai dit et je vous remercie de votre attention ». C. Journet, Intervention du 21 septembre 1965Emotion
Je suis à la fois ému, flatté, et inquiet d'avoir été celui qui vous a poussé à lever votre anonymat. Ainsi donc vous êtes un prêtre diocésain du Valais. On vous sent obsédé de vos voisins d'Ecône, comme si le vent des montagnes vous enveloppait de leurs effluves spirituelles. Il ne faut pas oublier que c'est un évêque de Fribourg, Mgr Charrière, qui a permis l'essor de la FSSPX. Vous l'avez peut-être déjà fait, mais allez donc aux prochaines ordinations dans la verte prairie de vos confrères traditionnels. Vous goûterez la pure foi catholique, débarrassée de toute trace de relativisme, en harmonie avec l'air pur de vos montagnes. Laudetur Jesus Christus.Ne pas oublier la réalité.
Ce n'est pas aux traditionalistes de montrer qu'ils ont raison, mais aux tenants du Concile Vatican II. Le concile pose problème par rapport au magistère précédents sur au moins 4 points: La doctrine sur la liberté religieuse, telle qu’elle s’exprime dans le n° 2 de la Déclaration Dignitatis humanæ contredit les enseignements de Grégoire XVI dans Mirari vos et de Pie IX dans Quanta cura ainsi que ceux du pape Léon XIII dans Immortale Dei et ceux du pape Pie XI dans Quas primas. La doctrine sur l’Eglise, telle qu’elle s’exprime dans le n° 8 de la constitution Lumen gentium contredit les enseignements du pape Pie XII dans Mystici corporis et Humani generis. La doctrine sur l’œcuménisme, telle qu’elle s’exprime dans le n° 8 de Lumen gentium et le n° 3 du décret Unitatis redintegratio contredit les enseignements du pape Pie IX dans les propositions 16 et 17 du Syllabus, ceux de Léon XIII dans Satis cognitum, et ceux du pape Pie XI dans Mortalium animos. La doctrine sur la collégialité telle qu’elle s’exprime dans le n° 22 de la constitution Lumen gentium, y compris le n° 3 de la Nota prœvia, contredit les enseignements du concile Vatican I sur l’unicité du sujet du pouvoir suprême dans l’Eglise, dans la constitution Pastor æternus. Avant de parler de remise en cause du magistère de la part des lefebvristes, il faut montrer que le concile respecte le magistère issu du concile respecte le magistère précédent. C'est là toute la raison de la bagarre entre Rome et Ecône: Rome prétend avoir raison parce qu'elle représente le magistère et Ecône demande que le magistère actuel commence par se soumettre au magistère précédent Vatican II. Le magistère de Rome ne vaut que parce qu'il respecte le magistère: il ne tire sa légétimité que par ce qu'il a reçut. Pour donner un exemple, comment concilier Assise avec l'encyclique Mortalium Animos Pie XI ? Voici un extrait "... C'est pourquoi, ils se mettent à tenir des congrès, des réunions, des conférences, fréquentés par un nombre appréciable d'auditeurs, et, à leurs discussions, ils invitent tous les hommes indistinctement, les infidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec âpreté et obstination, nient la divinité de sa nature et de sa mission. De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu'elles s'appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s'égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans le naturalisme et l'athéisme. La conclusion est claire: se solidariser des partisans et des propagateurs de pareilles doctrines, c'est s'éloigner complètement de la religion divinement révélée." Merci de montrer comment la présence de BenoitXVI à Assise s'accorde avec ce passage et ensuite on pourra revenir à la question de savoir si Ecône a un problème avec le magistère actuelLa réalité catholique est différente
Helvète, sans vouloir polémiquer avec vous sur le fond, j'attire votre attention sur deux points déterminants de la réalité catholique, que les lefebvristes le plus durs se refusent à voir, mais que certains traditionnalistes commencent à comprendre, rendant ainsi possible un dialogue qui ne tourne pas en rond. 1) Toute parole d'un pape n'est pas infaillible ni irréformable. Parfois, il s'agit de déclarations liées à des circonstances particulières, valables dans ces circonstances, mais sans engager l'avenir. Les déclarations que vous citez doivent être examinées selon ce critère. 2) Il revient au magistère authentique, celui que le Christ a établi dans son Eglise, de juger des adaptations nécessaires sur tous les points que vous citez, et, de plus, de le faire en continuité avec la grande Tradition catholique. En bonne logique catholique, votre affirmation de départ est inadmissible, car elle conteste fondamentalement l'autorité du concile oecuménique, reconnue depuis toujours comme autorité suprême, et aussi l'autorité pontificale clairement définie à Vatican I. Celui qui prétend juger le magistère, comme l'a fait Mgr Lefebvre et comme vous semblez le faire après lui, s'arroge à lui-même l'autorité magistérielle. Le magistère authentique doit certes expliquer ses décisions, il le fait abondamment, mais non en vue de se justifier, uniquement en vue de faciliter la compréhension de ses déclarations par les fidèles. Pour autant que ceux-ci veuillent comprendre... et non se dresser contre l'autorité légitime.Pourquoi refuser la polémique ?
Merci pour votre commentaire: concernant le point 1, je suis d'accord concernant un interview, mais pas une encyclique. Une encyclique n'est pas un entretien, c'est le point de vue de l'Eglise sur un sujet précis, cela est envoyé aux évêques pour leur donner la position officielle de l'Eglise. Bref, ce n'est pas une lettre d'information, mais un document officiel, un document du magistère, ce fameux magistère que l'on ressort régulièrement pour clore le débat avec les traditionalistes. Votre point 2 illustre bien mon propos: vous utilisez le magistère actuel comme capable de définir la doctrine, alors pourquoi remettre en cause le magistère précédent ? Vous prétendez que Mgr Lefebvre jugeait le magistère, mais que faites-vous en disant, je cite "il s'agit de déclarations liées à des circonstances particulières, valables dans ces circonstances, mais sans engager l'avenir." ? Une forme de jugement, il me semble, ou du moins une sorte de remise en cause du magistère précédent. Encore une fois, remisez l'argument d'autorité, car pour une autorité que vous citez (le concile Vatican II), je sors 4-5 autorités (cf, les références que j'ai donné) qui disent le contraire. L'autorité religieuse n'a de valeur, encore une fois, non parce qu'il s'agit d'une autorité, mais parce qu'elle enseigne la doctrine qui ne peut pas changer sauf intervention divine. Et si il y a une erreur dans le magistère passé, le magistère actuel ne peut faire l'impasse d'expliquer en quoi il y a eu une erreur. Bref, on attend toujours l'encyclique qui nous expliquera en quoi Pie XI s'est trompé. Je ne dis pas que cela est impossible, mais pour que cela soit remis en cause, il faut montrer l'erreur et l'expliquer. Et le concile que vous citez s'est défini comme pastoral, donc incapable de modifier une ligne au magistère précédent quant aux questions dogmatiques. Et si je reprends mon exemple d'Assise, la nature des relations entre religions relève indirectement du dogme puisqu'elle est une expression de la manière dont l'Eglise traite de l'erreur et considère l'héritage du Christ.Petit ajout...
Désolé de multiplier les messages, mais pour Helvète aussi, je voulais donner un autre exemple de l'importance du Concile Vatican II en tant élément du magistère, ce que je ne nie pas, mais à placer avec les autres éléments du magistère hérités des papes et des conciles précédents: l'avis d'un membre de la Curie romaine ( http://disputationes.over-blog.com/article-31133534.html ). Bref, le problème soulevé par les traditionalistes, et ce depuis le début (lire les sermons de Mgr Lebefvre qui n'ont jamais été focalisés que sur le problème de la liturgie), c'est les contradictions réelles entre le magistère d'avant le concile et celui d'après, contradictions qui ne sont pas résolues (à peine abordées avec le concept d'herméneutique de la continuité). Tant que ces contradictions existeront, le magistère actuel ne pourra être totalement reconnu, car en professant ou en agissant de manière contraire au magistère passé, il se coupe de sa source d'autorité (ne jamais oublier que la religion catholique tire son essence de la révélation, révélation transmise génération après génération).Qui peut trancher?
Je respecte, Helvète, vos opinions. En matière de foi, toute opinion est respectable, Mais toute n'est pas catholique. Vous n'êtes pas le magistère, moi non plus, Mgr Lefebvfre non plus. Y a-t-il au fait un magistère dans l'Eglise catholique? Qui peut répondre à toutes vos questions, pour autant que vous soyez catholique, et donc attentif au magistère authentique? Entre le magistère authentique (concile et pape), Mgr Lefebvre, vous, moi, choisissez. Le reste n'est que rhétorique. Sédévacantiste? Si le siège de Pierre n'est pas vacant, obéissez-lui. S'il est, selon vous, vacant, dites-le. Plus d'un commentaire ci-dessus vous oblige à trancher sans biaiser. Mais si vous voulez continuer de biaiser...Un critère
À propos de telle prise de position papale (Mirari vos, et autres), voici un passage de l'Instruction Donum Veritatis (n° 24), de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi (1990), à méditer (Si possible, lire l'Instruction en entier, sur le site du Vatican, c'est fort clair et éclairant): "Dans ce domaine des interventions d'ordre prudentiel, il est arrivé que des documents magistériels ne soient pas exempts de déficiences. Les Pasteurs n'ont pas toujours perçu aussitôt tous les aspects ou toute la complexité d'une question. Mais il serait contraire à la vérité de conclure, à partir de certains cas déterminés, que le Magistère de l'Église puisse se tromper habituellement dans ses jugements prudentiels, ou qu'il ne jouisse pas de l'assistance divine dans l'exercice intégral de sa mission. En effet, le théologien, qui ne peut bien exercer sa discipline sans une certaine compétence historique, est conscient de la décantation qui s'opère avec le temps. Ceci ne doit pas être entendu dans le sens d'une relativisation des énoncés de la foi. Il sait que certains jugements du Magistère ont pu être justifiés à l'époque où ils furent prononcés, parce que les affirmations visées mêlaient inextricablement des assertions vraies et d'autres qui n'étaient pas sûres. Seul le temps a permis d'opérer le discernement et, à la suite d'études approfondies, d'aboutir à un vrai progrès doctrinal." De l'art d'être catholique!Respect
@Helvète aussi. Je respecte tout autant vos opinions, mais merci de ne pas m'accuser de biaiser sans le montrer. Où ai-je dit que j'étais, que vous étiez ou que Mgr Lefebvfre était le magistère ? Le magistère existe dans l'Eglise (le document cité par Dom Romanomanontroppo l'indique clairement et c'est un document officiel). La plupart des questions ont déjà été abordées par les papes et les conciles précédents, donc je n'attends rien du pape actuel pour répondre à mes questions. Et contrairement à vous je ne choisis pas mes vérités, car je crois en une vérité intemporelle et inaltérable. Et si un pape dit noir et un autre blanc en ce qui concerne la doctrine, je n'ai pas à choisir: je demande juste que celui qui dise blanc m'explique en quoi le pape précédent s'est trompé puisqu'il dit l'inverse de son prédécesseur. S'il est incapable de montrer cette erreur, alors je me dois d'observer la doctrine passée, car elle a été considérée comme juste et tant qu'il ne ne sera pas clairement démontré qu'elle est fausse, je ne pourrais pas adhérer à une autre version. La doctrine est comme une maison: on ne peut pas couler du béton sur des briques: soit les briques étaient un mauvais choix et on doit les enlever pour faire place au béton soit les briques étaient un bon choix et le béton n'est pas la solution. Merci de montrer où je biaise dans mon raisonnement, car contrairement à vous je n'essaie pas de répondre par d'autres questions laissées sans réponse.C'est simple
Toutes les réponses à vos questions concrètes se trouvent dans les notes des textes de Vatican II. Elles montrent la continuité et expliquent en quoi l'Eglise catholique a toujours dit blanc. Quant à savoir en quoi et pourquoi tel pape, p.ex. Grégoire XVI, a dit noir, ce pape n'est plus là pour vous l'expliquer. En revanche, le texte cité par Romanomanontroppo vous indique dans quelle direction mener vos recherches historiques. Le biais que je me permets de vous reprocher, pour autant que vous soyez catholique, sinon mon objection tombe, chacun pense ce qu'il veut, ce biais donc est le suivant. Au-delà des arguments, dont nous savons combien la rhétorique est fertile, pouvez-vous nous dire si, oui ou non, vous adhérerez à la doctrine catholique, selon laquelle le magistère suprême, qui exige notre obéissance, se trouve 1) dans l'enseignement ordinaire du collège des évêques unis au pape; 2) dans l'enseignement extraordinaire des conciles oecuméniques, dont Vatican II est le dernier; 3) dans l'enseignement authentique et dans la juridiction du pape sur toute l'Eglise catholique (Vatican I)? Si vous admettez ces trois points, nous pouvons commencer une discussion catholique, régulée par le magistère que nous reconnaissons vous et moi. Si vous n'admettez pas ces trois points, nous pouvons argumenter courtoisement et intelligemment, mais personne n'arbitrera nos subtiles et savantes réflexions. Donc, ne pas biaiser consiste, pour un catholique (j'insiste là-dessus) à reconnaîttre ou non le magistère établi par le Christ dans son Eglise. Et à refuser que quiconque, y compris soi-même ou quelqu'un d'autre, ne prenne sa place. Entre Helvètes, j'espère que cela ne donnera pas une guerre civile, mais juste une clarification sur ce que signifie être catholique. Ce que personne n'est obligé d'être. Mais dès lors qu'on revendique cette appartenance, on ne saurait biaiser avec la question posée.Oui, mais
Oui, je reconnais ces 3 points (je suis catholique, et je pense que cela se voit, de tendance traditionaliste): j'ai d'ailleurs toujours eu recours à des actes du Magistère catholique pour étayer mes positions. De plus je ne considère pas qu'il y a des recherches historiques en matière de magistère: le magistère est un tout, complété, explicité pape après pape, concile après concile, mais devant former un tout. Et je dois obéissance à tout ce magistère et non pas seulement aux derniers éléments en date. C'est d'ailleurs le danger de parler d'obéissance, car obéir à qui lorsque 2 éléments du magistère se contredisent ? Prétendre comme vous le fait que le dernier en date en le seul valable (c'est pas parce que Grégoire XVI n'est plus là que ses écrits perdent de la valeur) est très réducteur et surtout ne tient pas compte du document que Dom Romanomanontroppo a mentionné: oui, le magistère peut se tromper, même les derniers représentants. Encore une fois, mon but n'est pas de dire que Vatican II est faux (je n'ai pas étudié les documents dans les détails et je n'ai pas une formation de théologien), mais de pointer les contradictions, et que dans le doute, j'obéirai au magistère le plus cohérent avec l'ensemble de la doctrine pluriséculaire de l'Eglise. Pour bien montrer mon raisonnement, je reviens à Assise où le pape Benoît XVI, part du magistère, a agit de manière contraire à un autre élément du magistère, l'encyclique Mortalium Animos de Pie XI que j'ai déjà mentionné. Cas exemplaire de contradiction du magistère, vous en conviendrez. Qui a raison, qui a bien agit ? Benoît XVI parce qu'il est le dernier pape en date et le seul qui peut exposer son point de vue ? Parce qu'il est pape et dépositaire de l'autorité ordinaire dans l'Eglise ? C'est simpliste et c'est faire affront au questionnement létigime des fidèles. Pour trouver une solution plus en accord avec la logique (l'Eglise catholique reconnaît la raison dans la recherche de la vérité, du moins dans un premiére démarche), je me tourne vers l'histoire et le magistère complet de l'Eglise et que vois-je concernant les relations à avoir avec les autres religions ? Rien ne justifiant de prier aux côtés des autres religions pour quelques raison que se soit. Et pour bien montrer cela, je me réfère au discours du cardinal Charles Journet, posté ci-dessus par Mémoire: "...à savoir qu’il faut s’opposer aux erreurs par les armes de lumière, et non par les armes de guerre" (le texte parle de la liberté religieuse, mais reste approprié concernant l'attitude à avoir envers les autres religions). On parle d'opposition, d'erreur, d'armes de lumière, rien à voir avec le fait de prier en compagnie des autres religions. Ma démonstration reste basée sur un cas pratique et un cas isolé, mais je défie quiconque de montrer qu'elle est anti-catholique ou schismatique ou que sais-je. Je concluerai sur ceci: le magistère de l'Eglise consiste non pas seulement en les documents du dernier concile ou les représentants actuels de l'Eglise, mais de l'ensemble des documents officiels de l'Eglise depuis 2 millénaires.Deux Helvètes se rapprochent
Eh bien, Helvète, votre dernier post me réjouit. Nous pouvons donc aller de l'avant sur ces bases communes. Je soumets les points suivants à votre réflexion. 1) Dans les actes du magistère, il importe de discerner une hiérarchie. Toutes les déclarations n'ont pas la même autorité ni la même portée. J'attire votre attention sur le fait que l'autorité maximiale se trouve dans l'enseignement du concile oecuménique promulgué par le pape légitime et, de plus, approuvé par tous ses successeurs. C'est donc en référence à ce magistère-là qu'il convient de comprendre d'autres déclarations, notamment telle encyclique passée. Si vous renversez cette hiérarchie et mettez sur pied d'égalité une simple encyclique et l'enseignement d'un concile, votre boussole catholique n'indiquera plus le nord. 2) Si une encyclique particulière (Mirari Vos, p.ex.) manifeste une contradiction réelle avec l'enseignement d'un concile, ce qui est en l'occurrence le cas à propos de la liberté, il faut donner le préjugé favorable au concile. On découvre alors que ce dernier a renoué avec la tradition séculaire de l'Eglise, mettant en valeur des éléments qui avaient échappé à Grégoire XVI, sous la pression des circonstances. 3) Le cas de Mortalium Animos est différent, car cette encyclique ne présente aucune contradiction ni avec le concile Vatican II ni avec l'enseignement des papes qui ont suivi ce concile ni avec les réunions d'Assise. Cette encyclique condamne un faux oecuménisme qui n'a rien à voir avec celui prôné par Vatican II, rien à voir non plus avec les réunions d'Assise. Tout ce que dit Pie XI dans Mortalium Animos a été redit, confirmé et précisé par la Déclaration Dominus Iesus (2000), signée du cardinal Ratzinger. Si vous lisez cette déclaration, vous y verrez une parfaite actualisation de Mortalium Animos. Quant à cette encyclique, elle définit déjà clairement l'herméneutique de la continuité et la saine articulation entre magistère ordinaire et magistère solennel de l'Eglise. Je vous mettrai dans un prochain post les extraits significatifs de Mortalium Animos à ce sujet. Les réunions condamnées par Pie XI sont des réunions entre chrétiens où les différences sont gommées au profit d'une unité de façade. Rien à voir avec Assise ni avec le sain oecuménisme. Bien à vous.Mortalium Animos (extraits)
"Car, de la diversité et même du caractère récent des époques où, par un décret solennel, l'Eglise a sanctionné et défini ces vérités, il ne s'ensuit pas qu'elles n'ont pas la même certitude, qu'elles ne sont pas avec la même force imposées à notre foi: n'est-ce pas Dieu qui les a toutes révélées? En effet, le magistère de l'Eglise - lequel, suivant le plan divin, a été établi ici-bas pour que les vérités révélées subsistent perpétuellement intactes et qu'elles soient transmises facilement et sûrement à la connaissance des hommes - s'exerce chaque jour par le Pontife Romain et par les évêques en communion avec lui; mais en outre, toutes les fois qu'il s'impose de résister plus efficacement aux erreurs et aux attaques des hérétiques ou d'imprimer dans l'esprit des fidèles des vérités expliquées avec plus de clarté et de précision, ce magistère comporte le devoir de procéder opportunément à des définitions en formes et termes solennels. Certes, cet usage extraordinaire du magistère n'introduit aucune nouveauté à la somme des vérités qui sont contenues, au moins implicitement, dans le dépôt de la Révélation confié par Dieu à l'Eglise; mais ou bien il rend manifeste ce qui jusque là pouvait peut-être paraître obscur à plusieurs, ou bien il prescrit de regarder comme de foi ce que, auparavant, certains mettaient en discussion." Comme l'encyclique est courte, il vaut la peine de la relire en entier. Elle est facile à trouver sur l'internet.D'ultrapro à ultracontra
Les visites de ce blog témoignent de l'intérêt pour un thème très "chaud"... Historiquement, on peut résumer le parcours de Mgr Lefebvre (et de quelques autres) de la façon suivante: ultras de la romanité, ils sont devenus ultras de l'antiromanité (cf. P.S. ci-dessous), comme certaines passions amoureuses (aveugles) se muent en passions de haine (aveugle). Laissons aux psychologues leur explication. D'un point de vue sociologique, ce revirement s'explique aussi. La socio étudie notamment la répartition et le fonctionnement du pouvoir (social, poilitique, économique, culturel) au sein d'une société, d'une organisation. Si l'organisation est très hiérarchisée, le pouvoir circule de haut en bas, de façon pyramidale; c'est un pouvoir de commander, de prescrire, de contraindre. L'exemple type est l'armée. L'Eglise catholique, depuis Théodose, s'est organisée AUSSI, pas seulement, de cette manière-là, tout en fonctionnant AUSSI selon un autre modèle, qui lui est propre, qui vise la libre communion entre les membres, communion de pensée (foi), communion de destin (espérance), communion fraternelle (charité). Selon les époques et les lieux, le dosage et l'alliage de ces deux modèles (hiérarichie vs communion) a varié. Depuis Vatican I, le modèle hiérarchique était devenu dominant, ce modèle "fort" semblait le seul rempart devant les assauts de la modernité. Beaucoup pensaient que les conciles devenaient inutiles, que le pape déciderait désormais de tout. Les fidèles étaient définis par leur devoir d'obéissance. Tout était vu sous l'angle du "il faut, tu dois": ce qu'il faut croire, ce qu'il faut célébrer, ce qu'il faut pratiquer... Mon propos n'est pas de juger ce modèle. S'il a été adopté et vécu, s'il a fonctionné, c'est qu'il a paru adapté à certaines circonstances (qui ne sont plus les nôtres). En revanche, je note que dans un tel modèle, le pouvoir se répartir en fonction de la proximité que l'on a avec le sommet de la pyramide. Dans l'Eglise pyramidale, plus on est "romain", plus on peut prétendre au pouvoir propre à l'institution religieuse. Être ultraromain est le meilleur moyen de se positionner favorablement dans l'institution et de dominer ceux que l'on juge moins romains. Mgr Lefebvre et ses proches furent ultraromains (voir P.S.). - Le changement le plus fondamental réalisé par Vatican II, c'est le retour au modèle proprement chrétien, celui de la communion du peuple de Dieu. Le pouvoir est clairement défini comme un service; la hiérarchie est au service de la communion; la répartition du pouvoir entre les évêques, autour du pape, est collégiale (non militaire); il ne s'agit plus seulement d'être "sub Petro" ou "sub episcopo", mais "cum": communion effective et affective; la communion entre chrétiens est aussi ferment de communion entre tous les hommes... Les points les plus contestés par les lefebvristes (oecuménisme, liberté de conscience, collégialité, rapport au monde, etc.) le sont tous à cause de leur fondement en ce modèle de communion. Les lefebvristes rejettent la collégialité parce qu'il souhaitent le retour au modèle pyramidale; la liberté religieuse parce qu'elle empêche les stratégies de contrainte civile dans les pays à majorité catholique; l'oecuménisme parce qu'il empêche de concevoir l'unité comme une simple soumission au pouvoir romain; le rapport au monde (Gaudium et Spes) parce qu'il est établi en termes de respect des valeurs du monde moderne et non en terme de condamnation de ces valeurs. Les considérations théologiques, toujours plus subtiles, les controverses, le manque de culture historique, tout cela recouvre (sociologiquement parlant) le véritable enjeu: conserv er le pouvoir. Au fond, les lefebvrsites rêvent d'ne Eglise triomphante sur terre. Dans le modèle retrouvé (pas inventé) par Vatican II, la seule "romanité" ne garantit plus une position favorable dans l'institution. Un évêque, par exemple, prouvera son autorité épiscopale non par sa seule soumission à la curie romaine, mais par sa capacité d'animer, de guider, de motiver, de rassembler la portion d'Eglise qui lui est confiée. Une saine diversité est reconnue comme légitime et même très utile dans l'Eglise catholique, selon les temps et les lieux, selon les charismes, etc. Dans ce modèle, les atouts de l'ultraromanité perdent de leur valeur au profit du charisme et de l'engagement personnel. Pour rappel, Marcel Levebvre ne semble pas avoir été reconnu porteur d'un tel charisme par sa congrégation du Saint Esprit, qui ne reconnut plus en lui un "bon berger"... Celui qui ne peut ou ne veut se situer dans le modèle de communion, mais ne renonce pas pour autant aux avantages que lui conférait autrefois son ultraromanité, n'a finalement qu'une issue: contester fondamentalement le modèle de communion (au nom du modèle hiérarchique), donc contester l'autorité suprême (qu'il reconnaissait auparavant avec zèle) si celle-ci cautionne ce modèle, ce qui revient à se poser soi-même en détenteur du pouvoir magistériel, celui de "toujours", et à rejeter comme traîtres et apostats les détenteurs légitimes du pouvoir religieux. "Calife à la place du calife"... On peut observer aujourd'hui encore le fonctionnement de cette stratégie dans la FSSPX. Un ralliement sincère la ramènerait, sans perdre le meilleur de ses intuitions, dans une normalité ordinaire: elle deviendrait un institut religieux parmi d'autres, prenant sa place dans le modèle de communion. Quoi de mieux d'un point de vue catholique? Mais elle perdrait du même coup le statut de contre-pouvoir qu'elle s'est arrogé. On parlerait moins d'elle. Ses prélats deviendraient des évêques parmi d'autres, ni plus ni moins. Un Williamson qui peut encore pérorer serait canoniquement sanctionné. Mgr Fellay ne serait plus le champion traditionnaliste ferraillant avec Rome, mais un évêque docile au magistère, comme les autres. En résumé, les dirigeants de la FSSPX auraient beaucoup à gagner en se ralliant, mais le gain serait disons mystique, théologal, spirituel, pour employer le vocabulaire religieux, ce serait un gain d'intégration et de légitimité. Mais ce gain-là aurait pour revers, il faut le dire, la perte d'un pouvoir humain, social, celui qui est lié à la contestation. Qui ne supporte pas d'être "cum et sub" a (humainement) intérêt à rester "contra" pour se croire et se faire reconnaître "superior". (À noter que les contestations "de gauche", dans l'Eglise, fonctionnent de façon pareille.) Les séminaristes d'Ecône ont sans doute (hypothèse à vérifier) un intérêt objectif, de par leur origine sociale notamment, à choisir un modèle qui leur assure un statut spécial, différent de celui des prêtres ordinaires. Quant aux fidèles lefebvrsites, leurs motivations sont sans doute diverses, organisées autour de deux pôles: d'un côté, ceux qui adhèrent de façon nostalgique à un modèle social et politique qu'ils souhaiteraient réhabiliter sinon restaurer (avec un appui religieux); et, d'un autre côté, de braves catholiques attachés à la piété de leur enfance, trompés par les arguments théologiques, spirituels et liturgiques des leaders, qu'ils n'ont pas les moyens de vérifier ni de contester, faute de formation savante. Ajoutons à cela que rien n'est ni tout noir ni tout blanc. Des valeurs authentiquement catholiques sont enseignées et vécues aussi dans la FSSPX, que les fidèles apprécient sans doute, au point de ne plus voir clairement la contradiction où ils se trouvent en se croyant en même temps vrais catholiques et en même temps opposés au magistère qui a toujours fait l'unité catholique, celui des conciles, des évêques unis au pape, du pape lui-même... P.S. Le dossier historique est très bien résumé dans un petit livre, très documenté, de lecture aisée, pas cher: Florian MICHEL et Bernard SESBOUé, De Mgr Lefebvre à Mgr Williamson. Anatomie d'un schisme, Lethielleux/DDB, 2009.De retour de vacances
Je viens mettre mon grain de sel dans ces nombreuses interventions. Pendant ce temps de repos, j’ai naturellement gardé un «œil sur le feu». Je me réjouis de la qualité des messages mis en ligne. Les «helvètes» me donnent l’impression d’assister à une rencontre entre les représentants du Saint-Siège et ceux de la FSSPX: C’est courtois et franc, mais les lignes ne semblent pas bouger... Merci à Socio pour son intervention, c’est un regard qui ne laissera pas indifférent. Il nous permet d’aborder la question sous l’angle des sciences humaines; or nous le savons, là où il y a des hommes, il y a des hommeries… Je retiens cette phrase: «Au fond, les lefebvristes rêvent d'une Eglise triomphante sur terre». Ce rêve n’est pas que le leur, tous rêvent d’une église, reconnue et acceptée. Même les tenants de «l’enfouissement», du «levain dans la pâte» espèrent une église pour laquelle on reconnaît sa place dans la société et dont l’action est louée. Le but n’est pas le même, les moyens non plus, mais tous désirent une Eglise reconnue. Comme nous l’espérons souvent aussi pour notre personne. Je termine avec cette citation du Catéchisme de l’Eglise Catholique, je cite ici le N°677, pour ne pas être trop long, mais il faudrait aussi lire les N° 675 et 676. CEC 677 « L'Eglise n'entrera dans la gloire du Royaume qu'à travers cette ultime Pâque où elle suivra son Seigneur dans sa mort et sa Résurrection (cf. Ap 19,1-9). Le Royaume ne s'accomplira donc pas par un triomphe historique de l'Eglise (cf. Ap 13,8) selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement ultime du mal (cf. Ap 20,7-10) qui fera descendre du Ciel son Epouse (cf. Ap 21,2-4). Le triomphe de Dieu sur la révolte du mal prendra la forme du Jugement dernier (cf. Ap 20,12) après l'ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe (cf. 2P 3,12-13). » Dom RomainSuite
@Helvète aussi. Et c'est là que l'on tombe sur le caractère du Concile Vatican II. Si vous voulez faire une distinction entre concile et encyclique (encyclique = magistère ordinaire de l'Eglise), merci de rappeler la dénomination précise du dernier concile: pastoral. Avec un but de présentation modernisée de la doctrine. En clair, en cas de problème, le concile ne peut être lu qu'à la lumière du magistère précédent et en cas d'opposition avec le magistère précédent, ce dernier devrait garder la primauté puisqu'il est l'origine de la définition alors que le concile n'est qu'une reformulation. Le caractère du dernier concile est un problème en soi et doit être réglé avant toute utilisation de ce dernier comme ultime référence. La portée du concile est d'ailleurs remise en question par des prélats de l'Eglise officielle (2 noms: Mgr Gherardini et Mgr Schneider) qui demande une révision de certains documents du concile voire un Syllabus (condamnation des interprétations erronées des textes du concile). Pour les autres documents que vous citez, je crains de ne pouvoir entrer dans les détails, mais je serai très heureux si vous pouvez me donner les références du magistère indiquant les limites de Mirari Vos ou d'autres documents préconciliaires. L'exemple de Mortalium Animos n'est pas différent dans le sens qu'il montre une contradiction entre un texte du magistère et un acte du magistère au lieu de 2 textes du magistère. Prétendre que Mortalium Animos se retrouve dans Dominus Iesus me semble exagéré: l'encyclique n'est jamais mentionnée ni référencée. Cela ne signifie pas que l'esprit n'y est pas, mais pas que le texte est réactualisé. Et finalement ne pas voir dans la réunion d'Assise l'inverse de cette phrase tirée de Mortalium Animos "De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu'elles s'appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance." Rappelez-moi le but de cette rencontre de Jean-Paul 2 ? Priez pour la paix. Bref considérer que la prière des autres religions a un impact au moins équivalent à celle de l'Eglise catholique. Si cela n'est considérer au minimum que les autres religions un fond bon et louable, je mange mon chapeau. Même Dominus Iesus ne parle de rencontres interreligieuses que dans un but d'enseignement de la vérité. Rien de tel à Assise ni en 86 ni en 2011.Monsieur l'abbé
Allant de temps en temps faire un p'tit tour sur cath.ch, je lis votre blog. J'ai bien apprécié votre constat d'échec et réussite pour la saga d'Ecône qui n'en finit pas de ne pas finir. Il faudra bien "faire une fin*, car les actuels jeux d'Indiens portent atteinte à la crédibilité de l'Eglise alors que l'on ne peut plus espérer une restauration de l'unité.Tout cela focalise l'attention des medias sur un problème ecclesial sans issue. Vous dites notamment que l'excommunication de 1988, à la suite des ordinations épiscopales, se fonde sur des arguments canoniques, mais ces derniers semblent bien cacher des raisons théologiques. Certes, formellement, l'excommunication de 1988 a été déclarée, c'est-à-dire constatée, et non prononcée c'est-à-dire infligée, s'agissant d'une peine latae sententiae, encourue par le fait même de la commission du délit (can 1314 CIC), en application du can 1382 CIC. Mais cette norme n'est que la concrétisation des conséquences de la violation du principe ecclésiologique fondamental de l'unité de l'Eglise (Et unam sanctam...). Le fait d'ordonner un évêque sans l'accord de l'évêque de Rome porte une très grave atteinte à l'unité de l'Eglise. C'est même le pire attentat posible contre cette unité puisque que l'ordination sauvage crée une dynastie apostolique concurrente, autrement dit un schisme. Dans ce cas, l'excommunication est certes une censure, une peine médicinale censée amener le déviant au repentir, au regret de sa faute, mais elle est d'abord le constat du fait que le déviant a rompu la communion en posant, malgré les monitions antérieures, un acte schismatique. Dès lors, les arguments canoniques ne cachent pas des raisons théologiques: la norme canonique prévoyanr l'excommunication "automatique" découle matériellement à l'évidence des principes fondamentaux de l'ecclésiologie catholique. Le reste du contentieux est sans pertinence tant cette déviance est fondamentale. La réaction que je vous adresse est motivée par le sentiment que nombre de (prêtres) catholiques considèrent le droit canonique (qu'ils ignorent allègrement) comme une drôle de bestiole, indépendante voire concurrente de la théologie. Le droit canonique n'est toutefois que l'expression de la thélogie sur un mode normatif. Les (bons) canonistes sont d'abord des théologiens, puis ils sont canonistes. Quand donc le droit canonique sera-t-il réhabilité, c'est-à-dire pris, considére pour ce qu'il est vraiment ? Lorsque les ecclésiastiques voudront bien surmonter leurs mauvais souvenirs du code de 1917 et découvrir sans préjugés celui de 1983 qui est clair et cohérent. Avec mes meilleurs messages-Philippe GardazNe le mangez pas, votre chapeau!
Je répons simplement à votre question: quel est le but des rencontres d'Assise (pour le reste, le lecteur jugera)? Le but est, comme surabondamment expliqué par l'Eglise catholique, de prier EN UN MEME LIEU (pas "ensemble") pour ce bien inestimable et si malmené qu'est la paix. Quant à savoir si Dieu écoute des prières non catholiques, je vous renvoie à la rencontre de Jésus avec la Syrophénicienne ou avec la Samaritaine, ainsi qu'à toute la tradition catholique affirmant que Dieu entend toute prière montant d'un coeur droit et sincère. Ce serait trop long de vous citer des textes innombrables. Voyez vous-même. Vous n'allez tout de même pas nous dire que vous préferiez que les musulmans prient, non pour la paix, mais pour l'extermination des chrétiens! En finale, je vous répète (il suffit de lire pour s'en convaincre) que Mortalium animos ne concerne EN RIEN des réunions telles que celles d'Assise, mais UNIQUEMENT des rencontres entre chrétiens de confession différente, où les différences sont gommées au profit d'un faux oecuménisme, lequel est à des années lumières de celui prôné à juste titre par Vatican II et voulu par Jésus.Le Quizz d'Assise
Helvète, pour vous instruire en vous amusant, voici un petit Quizz. Répondez par OUI ou par NON à chaque question. 1. Pour parvenir au salut et pour pouvoir prier Dieu, est-il nécessaire de croire explicitement à la sainte Trinité? 2. Pour parvenir au salut et pour pouvoir prier Dieu, est-il nécessaire de croire explicitement que Jésus est le Fils de Dieu? 3. Pour parvenir au salut et pour popuvoir prier Dieu, est-il suffisant de croire, au minimum, que Dieu existe et qu'il se fait le rétributeur de ceux qui le cherchent? 4. Est-il permis aux catholiques, à certaines conditions, d'entretenir des relations et de communiquer avec des non chrétiens? 5. Est-il permis, dans un pays où presque tous les citoyens sont chrétiens, de permettre à de non chrétiens de pratiquer leurs rites et leurs prières? Réponse de notre expert demain ou après-demain. En attendant, bien du plaisir à jouer avec nous!Quiz d'Assise: réponses
Voici les étonnantes réponses de notre expert au Quiz d'Assise: 1) NON; 2) NON; 3) OUI; 4) OUI; 5) OUI. --- Donc, selon lui, les réunions d'Assise sont parfaitement et catholiquement légitimes. --- Dans un prochain post, le nom et la qualité de l'expert vous seront révélées, de même que le moyen de vérifier par vous-même les arguments et précisions qui conviennent à ces surprenantes réponses.Quiz d'Assise: explications
Notre expert ne l'était pas à Vatican II, puisqu'il s'agit de saint Thomas d'Aquin. Les réponses lapidaires par OUI ou NON sont exactes, mais elle méritent d'être étudiées plus finement, avec les arguments, les nuances et les précisions du docteur commun. Voici les références principales pour une telle étude, à partir des 5 questions du Quiz. 1) voir Somme de théologie, II-II, q. 2, art. 5 à 8; 2) Ibid; 3) Ibid; 4) Somme de théologie, II-II, q. 10, art. 9 (lire attentivement le corps de l'article, riche en nuances et distinctions); 5) Somme de théologie, II-II, q. 10, art. 11. Une conclusion nette se dégage de tout cela: saint Thomas approuverait sans réserve les réunions d'Assise, selon l'esprit qui les a guidées et selon la forme de leur déroulement concret. Il se réjouirait même de ces rencontres en tant qu'occasions de manifester l'excellence de la religion chrétienne, non par des discours argumentés (ce n'est pas le but ici), mais par une initiative de paix. La promotion de la paix est une forme de charité, charité par laquelle les chrétiens prouvent qu'ils pratiquent le grand commandement de leur Seigneur et vivent la béatitude "Heureux les artisans de paix." Dans son grand respect pour le magistère ecclésiastique, le docteur angélique préciserait sa pensée sur deux points. Primo, dirait-il, il n'y a aucune trace, dans les réunions d'Assise, de l'indifférentisme condamné par Pie IX (encyclique Quanto conficiamur moerore, Syllabus). Secundo, ajouterait-il, ces réunions ne sont en rien concernées par les condamnations de Pie XI (Mortalium animos), lesquelles visent exclusivement des rencontres ENTRE CHRETIENS de différentes confesssions, d'une part, et témoignant, d'autre part, d'un faux oecuménisme gommant les différences au profit d'une fausse unité, une sorte de mixture insipide où les saveurs de la vérité chrétienne s'évanouissent, ne reste plus qu'une vague unanimité autour du plus petit dénominateur commun. Bon dimanche et bonne semaine en compagnie de saint Thomas d'Aquin!