Alors que les activités reprennent normalement dans les différents prieurés de la FSSPX, certains prêtres et fidèles font entendre leur voix pour s’opposer à tout accord pratique avec la Rome conciliaire. Quel est le moyen le plus efficace, quitter ou rester ?
Sacre des 4 évêques à Ecône en 1988
Voilà le dilemme qui se pose à certains prêtres du mouvement lefebvriste pour atteindre plus efficacement leur but, ou pour éviter dès maintenant de se retrouver dans une FSSPX réconciliée avec Rome. Même si cette réconciliation semble avoir «du plomb dans l’aile». Voici quelques informations au sujet du mouvement lefebvriste:
Figure de proue de la résistance à Rome, l’évêque anglais est toujours en première ligne. Il n’a plus rien à perdre et peut-être un peu à gagner. Plus d’un s’étonnent même que Mgr Fellay n’ait pas encore exclu son confrère de la fraternité dont il est le supérieur.
Jusqu’à lors «astreint à résidence en Angleterre», il vient de faire une visite pastorale au Brésil, invité par le monastère de Santa Cruz. Le monastère bénédictin est une communauté «amie» de la FSSPX, mais n’est pas sous l’autorité de son Supérieur Général. Cette visite surprise a donné lieu à deux réactions. Tout d’abord un message du supérieur du monastère, Dom Thomas d'Aquin, qui titre «Gloire et honneur à Mgr Williamson» et la réaction du supérieur du district d’Amérique du sud pour la FSSPX, l’abbé Christian Bouchacourt, qui «dénonce avec la plus grande fermeté les accusations indirectes qui y sont portées insinuant que la FSSPX voudrait pactiser avec le modernisme et cesser le combat pour la défense de la Tradition catholique». Il dénonce aussi la venue au Brésil de Mgr Williamson comme «un acte d’une grande gravité».
Dans sa dernière newsletter, publiée le 8 septembre et intitulée «L’ambiguïté d’avril», Mgr Williamson révèle une partie du contenu de la proposition faite à Rome par Mgr Fellay, comme base pour un accord. Le texte dirait ceci: «1/ La Tradition doit être le critère et le guide de compréhension des enseignements du Concile Vatican II. 2/ Dès lors les affirmations de Vatican II et du magistère pontifical postérieur relatives à l’œcuménisme et au dialogue interreligieux ou à la liberté religieuse ne sauraient être comprises qu’à la lumière de la Tradition entière et ininterrompue, 3/de manière cohérente avec les vérités précédemment enseignées par le Magistère de l’Église, 4/ sans accepter aucune interprétation en opposition ou en rupture avec la Tradition et avec ce Magistère». C’est ce texte, défini comme «ambigu», que Rome n’aurait pas accepté en l’état. Et Mgr Williamson de conclure qu’une «…lecture Conciliaire signifie que le Concile sera jugé par le Concile, ce qui signifie bien sûr qu’il sera acquitté. Au contraire, par la lecture Traditionnelle, le Concile est absolument condamné. L’ambiguïté est mortelle pour la Foi. Quelqu’un ici entend se jouer de nos esprits catholiques. Qui qu’ils puissent être, qu’ils soient anathème!». Le texte se termine par un pluriel qui embrasse, au minimum, Mgr Fellay et ses assistants. Mgr Williamson n’a vraiment plus rien à perdre…
Le site TradiNews vient de mettre en ligne une information du blog : «Traditionalistes !» intitulé : «FSSPX : ça barde en Corée» (une copie du texte se trouve en version PDF en haut à droite de cette page). Deux prêtres de la FSSPX, en dissidence avec la Fraternité, étaient en post en Asie, il semble que leur opposition ait trouvé un certain écho dans le milieu traditionaliste coréen. Afin de circonscrire ce début de scission au sein même d’un prieuré, le supérieur, L’abbé Couture, est intervenu. Mais c’est Mgr Tissier de Mallerais qui doit jouer «les pompiers de service». Son opposition à tout accord pratique avec Rome le rend moins suspect que le supérieur local, dépendant de Mgr Fellay.
L’évêque français à fait parvenir deux fax en Corée:
Le premier, daté du 7 septembre, explique à l’abbé Chazal, qui a quitté la fraternité, «qu’il a raison sur le fond mais pas sur la forme. L’abbé est un «simple soldat» de cette petite troupe qu’est la FSSPX, il doit rester à sa place et laisser les «capitaines» commander le mouvement – ils interviendront sans faute auprès du Supérieur Général lorsque cela sera nécessaire. La division serait un péril auquel Rome ne serait pas étranger».
Le deuxième fax, du 8 septembre, est destiné aux fidèles, il les rassure : «Mgr Tissier de Mallerais répète les assurances données par l’abbé Couture: pas d’accord avec la Rome moderniste. Et il insiste sur la nécessaire unité de la FSSPX, qui est un bastion face à l’Ennemi de l’Église. En résumé: les fidèles coréens sont soumis à deux discours, qui prônent tous deux une opposition radicale à toute réintégration, et qui ne se différencient que par la stratégie: pour s’opposer le plus efficacement possible, faut-il rester dans la FSSPX ou en sortir?»
À entendre Mgr Tissier de Mallerais, il semble qu’il n’y a aucune raison de quitter la Fraternité pour le moment… Et peut-être pour longtemps.
Je reprends ici les paroles du webmestre du site MetaBlog : «N’empêche, il se passe des choses intéressantes dans les "communautés amies" de la Fraternité. Prenez les Capucins de Morgon, et les Dominicains d’Avrillé: Mgr Fellay avait refusé d’ordonner leurs six ordinands (trois de chaque), en juin à Econe. Ils vont finalement être ordonnés… par Mgr de Galaretta, et à Bellaigue (qui confirme ainsi sa solidarité), mais je m’attends à lire que cela n’a ‘rien à voir’. Bref, si on ne savait pas que ça va plutôt bien, on aurait presque l’impression (si la chose était possible) que le torchon brûle entre partisans et opposants d’une réintégration. On y verrait le signe de ce qu'elle approche.»
Mgr Fellay à bien en main la direction de la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X. Les départs sont limités et les supérieurs de district semblent suivre le Supérieur Général. Mais les réactions diverses, les interventions des uns et des autres, les fuites de «document» indique bien qu’un problème de fond est apparu, suite à un possible accord avec Rome.
Il y a quatre évêques, mais il y a aussi 2 options : faut-il « convertir Rome » en retournant à Rome ou en laissant Rome revenir à nous ?
Il y a quatre évêques, mais il y a un fondateur. Tous, sans exception, se réfèrent à Mgr Lefebvre et se disent dépositaires de sa volonté. Or sa «dernière volonté» a consisté à ordonner des évêques, sans mandat pontifical… Comment faire maintenant pour expliquer que la situation n’est plus la même. C’est le défi qu’essaie de relever Mgr Fellay. Parmi les «résistants» on attend avec impatience le sermon que prononcera Mgr Galarreta aux ordinations du 11 octobre prochain, ainsi que les paroles de Mgr Tissier de Mallerais lors d’une conférence annoncée pour le 16 septembre. Autant d’occasions de calmer le jeu ou de motiver les troupes.
Mais tout ce beau monde risque bien de se «réconcilier», si ce que dit l’abbé Bouchard est bien juste «Mgr Fellay a refusé la main tendue de Rome le 13 juin dernier, c’est pour des raisons doctrinales. C’est parce que nous refusons le Concile Vatican II imprégné de modernisme qui est la cause principale de la ruine de l’Église aujourd’hui et que nous voulons continuer à le dire, c’est aussi parce que nous refusons le Novus Ordo Missae qui s’éloigne de la doctrine catholique dans « l’ensemble comme dans le détail » qu’aucun accord pratique n’a été signé avec Rome. C’était la position de Mgr Lefebvre hier, c’est celle de Mgr Fellay aujourd’hui. Le Chapitre Général de Juillet dernier l’a confirmé. Toute autre affirmation n’est que manipulation ou mensonge. Toute prophétie sur un futur accord pratique relève d’une imagination malsaine». (cf. Communiqué en rapport avec la visite pastorale de Mgr Williamson au Brésil).
Dom Romain
Je vous conseille la lecture de
par le webmestre du site MetaBlog. Il propose une belle synthèse de la situation actuelle, fondée sur une connaissance «de l’intérieur» du mouvement traditionaliste.
L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.
Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon
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Le doigts là où ça fait mal
Bonne synthèse qui montre que le mouvement traditionaliste couve une division comme d'autres couvent un rhume.La question reste de savoir qu'est-ce qui déclenchera la rupture et dans quelle proportion la division se fera.
J'ajouterai une opinion personnelle: la FSSPX n'a jamais envisagé une réintégration dans le giron officiel. Non pas qu'elle croyait cela impossible, mais que rien n'indiquait que cela soit possible dans un bref avenir.
Les "concessions" du pape ont pris de court la Fraternité, on peut même dire que le pape a pris les traditionalistes au mot, les conduisant dans une situation où certains n'avaient jamais pensé se retrouver. D'où la différentiation d'un groupe qui paraissait relativement homogène.
Le problème est que la situation n'est pas claire après la chapître, les conditions pour une reprise des discussions restent suffisamment vague, mais les principes ont été a nouveau réaffirmés.
Une petite précision concernant Mgr Lefebvre: si par les sacres, il a montré sa volonté de se mettre hors d'atteinte de l'autorité papale, il n'a cessé de gardé contact avec la Curie romaine et a toujours condamné le sédévacantisme. N'oublions pas que peu de temps avant les sacres, il était prêt à signer un accord avec Rome.
Peut-être peut-on distinguer dans les mouvements actuels au sein de la Fsspx, un reflet des états d'âme de son fondateur.