A l’occasion de la messe Chrismale de ce Jeudi Saint, Benoît XVI a pris «à bras le corps» l’appel à la désobéissance des prêtres autrichiens. Il est rare, pour ne pas dire exceptionnel, que le pape cite avec tant de précision et sans langage diplomatique, un problème aussi sensible.
On notera au passage cette phrase au sujet de l’ordination des femmes, «à propos de laquelle le bienheureux Pape Jean-Paul II a déclaré de manière irrévocable que l’Église, à cet égard, n’a reçu aucune autorisation de la part du Seigneur.»
Vous trouverez ci-dessous quelques extraits, et dans le post consacré à la Semaine Sainte de Benoît XVI, le lien vers le texte intégral. Vous pouvez aussi visionner la vidéo de Rome Reports.
Dom Romain
P.S.: Voici le commentaire du Suisse Romain. «Pour le Pape, la désobéissance n'est pas le chemin pour rénover l'Eglise catholique. Les prêtres sont les serviteurs de la foi de l'Eglise. L'attitude de ces quelques prêtres, dont le mouvement est désormais international (USA, Allemagne...), bien que ne touchant pas les mêmes sujets, est assez similaire à celui d'Ecône. » A lire aussi sur son blog, sa traduction d’un texte d’Andréa Tornielli.
Messe Chrismale du Jeudi Saint, 5 avril 2012.
"(...) Récemment, un groupe de prêtres d’un pays européen a publié un appel à la désobéissance, apportant en même temps aussi des exemples concrets de la façon d’exprimer cette désobéissance, qui devrait aller jusqu’à ignorer des décisions définitives du Magistère – par exemple sur la question de l’Ordination des femmes, à propos de laquelle le bienheureux Pape Jean-Paul II a déclaré de manière irrévocable que l’Église, à cet égard, n’a reçu aucune autorisation de la part du Seigneur. La désobéissance est-elle un chemin de renouveau de l’Église? Nous voulons croire les auteurs de cet appel, quand ils affirment être mus par la sollicitude pour l’Église, être convaincus que l’on doit affronter la lenteur des Institutions par des moyens drastiques pour ouvrir des chemins nouveaux – pour ramener l’Église à la hauteur de l’aujourd’hui. Mais la désobéissance est-elle vraiment un chemin? Peut-on percevoir en cela quelque chose de la configuration au Christ, qui est la condition nécessaire d’un vrai renouveau, ou non pas plutôt seulement l’élan désespéré pour faire quelque chose, pour transformer l’Église selon nos idées et nos désirs?
Mais ne simplifions pas trop le problème. Le Christ n’a-t-il pas corrigé les traditions humaines qui menaçaient d’étouffer la parole et la volonté de Dieu? Oui, il l’a fait, pour réveiller de nouveau l’obéissance à la vraie volonté de Dieu, à sa parole toujours valable. La vraie obéissance lui tenait justement à cœur, contre l’arbitraire de l’homme. Et n’oublions pas qu’il était le Fils, avec l’autorité et la responsabilité singulières de révéler l’authentique volonté de Dieu, pour ouvrir ainsi la route de la parole de Dieu vers le monde des gentils. Et enfin, il a concrétisé son envoi par son obéissance et son humilité jusqu’à la Croix, rendant ainsi sa mission crédible. Non pas ma volonté mais la tienne: c’est cette parole qui révèle le Fils, son humilité et en même temps sa divinité, et qui nous indique la route.
Laissons-nous interroger encore une fois: est-ce que par de telles considérations on en défend pas, en fait, l’immobilisme, le raidissement de la tradition? Non. Celui qui regarde l’histoire de l’époque postconciliaire, peut reconnaître la dynamique du vrai renouveau, qui a souvent pris des formes inattendues dans des mouvements pleins de vie et qui rend presque tangibles la vivacité inépuisable de la sainte Église, la présence et l’action efficace du Saint Esprit. Et si nous regardons les personnes, dont a jailli et jaillit la fraîcheur de ces fleuves de vie, nous voyons aussi que pour une nouvelle fécondité on a besoin d’être comblés de la joie de la foi, de la radicalité de l’obéissance, de la dynamique de l’espérance et de la force de l’amour. (...)
Toute notre annonce doit se mesurer sur la parole de Jésus Christ: «Mon enseignement n’est pas mien» (Jn 7, 16). Nous n’annonçons pas des théories et des opinions privées, mais la foi de l’Église dont nous sommes des serviteurs. Mais ceci naturellement ne doit pas signifier que je ne soutienne pas cette doctrine de tout mon être et que je ne sois pas ancré solidement en elle. Dans ce contexte, il me vient toujours à l’esprit la parole de saint Augustin: «Qu’est ce qui est aussi mien que moi-même? Qu’est-ce qui est aussi peu mien que moi-même?» Je ne m’appartiens pas à moi-même et je deviens moi-même justement par le fait que je vais au-delà de moi-même et que par le dépassement de moi-même je réussis à m’insérer dans le Christ et dans son Corps qui est l’Église. Si nous ne nous annonçons pas nous-mêmes et si intérieurement nous sommes devenus tout un avec Celui qui nous a appelés comme ses messagers de façon à être modelés par la foi et à la vivre, alors notre prédication sera crédible. Je ne fais pas de publicité pour moi-même, mais je me donne moi-même. Le Curé d’Ars n’était pas un savant, un intellectuel, nous le savons. Mais par son annonce il a touché les cœurs des gens, parce que lui-même avait été touché au cœur."
Benoît XVI
L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.
Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon
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