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Des cathos sur la toile

12 juin 2012 | 22h09 2 commentaires

La FSSPX dans la double attente de la réponse romaine et de la réaction de ses membres

Suite au dernier courrier de son Supérieur Général, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X est dans l'attente de la réponse de Rome. De fait il y a une double attente, celle de Rome qui devra dire si la réponse donnée par Mgr Fellay la satisfait pour reconnaissance romaine du mouvement fondé par Mgr Lefebvre, mais aussi celle des réactions à l'intérieur même du mouvement intégriste (réactions certainement suivies avec attention par les autorités de l'Eglise). Je vous propose ci-dessous deux textes, un de Mgr Fellay et l'autre de Mgr Williamson.

 

Comme à son habitude l'évêque anglais exprime sans réserve son opposition à un accord avec la Rome moderniste, dans sa dernière newsletter publiée le 9 juin. Suivi par les deux autres évêques de la fraternité, il tente de rallier à sa cause prêtres et fidèles actuellement séparés de Rome.

 

Mgr Fellay, dans une interview publiée le 8 juin, veut lui aussi rejoindre prêtres et fidèles. Son exercice paraît plus délicat, plus difficile, car il s'adresse à son troupeau autant qu'au lecteur "romain" cherchant à cerner sa position. Il doit tout d'abord expliquer à la fraternité qu'en ce qui les concerne rien n'a changé et rien ne changera, si les différences doctrinales demeurent, un accord pratique s'avère possible tout en restant fidèles aux positions radicales de Mgr Lefebvre: Le pape le veut, Rome a changé et le Concile est monnayable. Il doit cependant aussi donner quelques signes à ceux qui s'apprêtent à le recevoir, ainsi explique-t-il que le retour des lefebvristes serait une aide précieuse pour l'Eglise d'aujourd'hui. Sa longue interview "slalome" assez délicatement entre ce qu'il faut accepter et ce qu'il faut conserver, en maintenant comme premier objectif de convaincre la fraternité. Cette dernière doit faire le pas que ne fit jamais son fondateur: revenir à Rome! Il n'est donc pas aisé, après ces années de séparation et même d'excommunication, d'accepter une autorité souvent critiquée et accusée d'avoir abandonné la vraie foi et la vraie messe.

 

D'évidence Mgr Fellay a compris que "hors de l'Eglise... " et que livrée à elle-même, la FSSPX n'a pas d'avenir, si ce n'est celui d'un groupe religieux replié sur lui-même, livré au risque du fondamentalisme et du "sectarisme", deux maux qui déjà touchent certains de ses membres.
Dom Romain

<p>Mgr Williamson (Photo: www.dinoscopus.org)</p>

Mgr Williamson (Photo: www.dinoscopus.org)

 

Voici tout d'abord la longue interview de Mgr Bernard Fellay, suivie de la dernière newsletter de Mgr Richard Williamson.

 

Entretiens avec Mgr Bernard Fellay sur les relations de la Fraternité Saint-Pie-X avec Rome.

DICI : Etes-vous soucieux du retard de la réponse de Rome qui pourrait permettre à ceux qui sont contre une reconnaissance canonique d’éloigner des prêtres et des fidèles de la Fraternité Saint-Pie X ?

Mgr Fellay : Tout est dans les mains du Bon Dieu. Je fais confiance au Bon Dieu et à sa Divine Providence, il sait comment conduire toutes choses, même les retards, pour le bien de ceux qui l’aiment.

 

DICI : La décision du pape a-t-elle été ajournée comme certaines revues l’ont dit ? Le Saint-Siège vous a-t-il fait part d’un retard à prévoir ?

Mgr Fellay : Non, je n’ai eu aucune connaissance d’un quelconque calendrier. Il y en a même qui disent que le pape va traiter ce dossier à Castel Gandolfo, au mois de juillet.

Une solution canonique avant une solution doctrinale ?

 

DICI : La plupart de ceux qui sont opposés à l’acceptation par la Fraternité d’une éventuelle reconnaissance canonique mettent en avant que les entretiens doctrinaux n’auraient pu conduire à cette acceptation que s’ils avaient débouché sur une solution doctrinale, c’est-à-dire sur une « conversion » de Rome. Est-ce que votre position a changé sur ce point ?

Mgr Fellay : Il faut reconnaître que ces entretiens ont permis d’exposer clairement les divers problèmes que nous rencontrons au sujet de Vatican II. Ce qui a changé, c’est que Rome ne fait plus d’une acceptation totale de Vatican II une condition pour la solution canonique. Aujourd’hui, à Rome, certains considèrent qu’une compréhension différente du Concile n’est pas déterminante pour l’avenir de l’Eglise, car l’Eglise est plus que le Concile. De fait, l’Eglise ne se réduit pas au Concile, elle est beaucoup plus grande. Il faut donc s’appliquer à régler des problèmes plus vastes. Cette prise de conscience peut nous aider à comprendre ce qui se passe réellement : nous sommes appelés à aider à porter aux autres le trésor de la Tradition que nous avons pu conserver.

En sorte que c’est l’attitude de l’Eglise officielle qui a changé, ce n’est pas nous. Ce n’est pas nous qui avons demandé un accord, c’est le pape qui veut nous reconnaître. On peut se poser la question du pourquoi de ce changement. Nous ne sommes toujours pas d’accord doctrinalement, et pourtant le pape veut nous reconnaître ! Pourquoi ? La réponse elle est là : il y a des problèmes terriblement importants dans l’Eglise aujourd’hui. Il faut traiter ces problèmes. Il faut laisser de côté les problèmes secondaires et s’occuper des problèmes majeurs. Voilà la réponse de l’un ou l’autre prélat romain qui ne le diront jamais ouvertement ; il faut lire entre les lignes pour comprendre.

Les autorités officielles ne veulent pas reconnaître les erreurs du Concile. Elles ne le diront jamais explicitement. Cependant si on lit entre les lignes, on peut voir qu’elles souhaitent remédier à certaines de ces erreurs. En voici un exemple intéressant au sujet du sacerdoce. Vous savez qu’à partir du Concile, il y a eu une nouvelle conception du sacerdoce et qu’elle a démoli la figure du prêtre. Aujourd’hui on voit très clairement que les autorités romaines essaient de réhabiliter la vraie conception du prêtre. On le constatait déjà lors de l’Année sacerdotale qui a eu lieu en 2010-2011. Maintenant, la fête du Sacré-Cœur devient le jour consacré à la sanctification des prêtres. A cette occasion, une lettre a été publiée et un examen de conscience pour les prêtres a été rédigé (à ce propos, cf. mon post). On croirait qu’on est allé chercher cet examen de conscience à Ecône, tellement il se situe dans la ligne de la spiritualité anté-conciliaire. Cet examen offre l’image traditionnelle du prêtre, et même de son rôle dans l’Eglise. C’est ce rôle que Mgr Lefebvre affirme quand il décrit la mission de la Fraternité : restaurer l’Eglise par la restauration du prêtre.

Dans la lettre, il est dit : « l’Eglise et le monde ne peuvent être sanctifiés que par la sanctification du prêtre ». On met vraiment le prêtre au centre. L’examen de conscience commence avec cette question : « Est-ce que la préoccupation première du prêtre est sa sanctification ? » Deuxième question : « Est-ce que le saint Sacrifice de la Messe – c’est le mot qu’ils utilisent, pas l’eucharistie, la synaxe ou je ne sais pas quoi – est le centre de la vie du prêtre ? » Ensuite on rappelle les fins de la messe : la louange de Dieu, la prière, la réparation pour les péchés…, tout est dit. Le prêtre doit s’immoler – le mot ‘immoler’ n’est pas employé mais ‘se donner’, ‘se sacrifier’ pour sauver les âmes. C’est dit. Puis vient le rappel des fins dernières : « Est-ce que le prêtre pense souvent aux fins dernières ? Est-ce qu’il pense à demander la grâce de la persévérance finale ? Est-ce qu’il le rappelle à ses fidèles ? Est-ce qu’il visite les moribonds pour leur donner les derniers sacrements ? » Vous voyez comment, de façon habile, ce document romain rappelle clairement l’idée traditionnelle du prêtre.

Bien sûr, cela ne supprime pas tous les problèmes, et il y a encore de graves difficultés dans l’Eglise : l’œcuménisme, Assise, la liberté religieuse…, mais le contexte est en train de changer, pas seulement le contexte, la situation elle-même… Je distinguerai entre les relations extérieures et la situation intérieure. Les relations avec l’extérieur n’ont pas encore changé, mais pour ce qui se passe dans l’Eglise les autorités romaines essayent de le changer petit à petit. Evidemment, aujourd’hui encore demeure un grand désastre, il faut en être conscient, et nous ne disons pas le contraire, mais il faut aussi voir ce qui est en train de se faire. Cet examen de conscience pour les prêtres en est un exemple significatif.

 

Quelle attitude face aux problèmes doctrinaux ?

DICI : Vous reconnaissez que de sérieuses difficultés demeurent avec l’œcuménisme, la liberté religieuse… Si une reconnaissance canonique intervenait quelle serait votre attitude face à ces difficultés ? Ne vous sentiriez-vous pas tenu à une certaine réserve ?

Mgr Fellay : Permettez-moi de répondre à votre question par trois interrogations : Les nouveautés qui ont été introduites lors du Concile ont-elles été à l’origine d’un développement accru de l’Eglise, des vocations et de la pratique religieuse ? Ne constate-t-on pas au contraire une forme d’ « apostasie silencieuse » dans tous les pays de chrétienté ? Pouvons-nous nous taire devant ces problèmes ?

Si nous voulons faire fructifier le trésor de la Tradition pour le bien des âmes, nous devons parler et agir. Nous avons besoin de cette double liberté de parole et d’action. Mais je me méfierais d’une dénonciation purement verbale des erreurs doctrinales – dénonciation d’autant plus polémique qu’elle n’est que verbale.

Avec le réalisme qui le caractérisait, Mgr Lefebvre reconnaissait que les autorités romaines et diocésaines seraient plus sensibles aux chiffres et aux faits présentés par la Fraternité Saint-Pie X, qu’aux arguments théologiques. Aussi je n’hésite pas à dire que, si une reconnaissance canonique intervenait, les difficultés doctrinales seraient toujours soulignées par nous, mais avec le concours d’une leçon donnée par les faits eux-mêmes, signes tangibles de la vitalité de la Tradition. Et pour cela, comme je vous le disais déjà en 2006, à propos des étapes de notre dialogue avec Rome, il nous faut avoir « foi en la messe traditionnelle, cette messe qui réclame d’elle-même l’intégrité de la doctrine et des sacrements, gage de toute fécondité spirituelle auprès des âmes ».

 

DICI : 2012 n’est pas 1988, l’année de votre sacre épiscopal. En 2009 les « excommunications » ont été retirées, en 2007 il a été officiellement reconnu que la messe tridentine n’avait « jamais été abrogée », mais maintenant certains dans la Fraternité déplorent que l’Eglise ne se soit pas encore convertie. Leur refus a priori d’une reconnaissance canonique est-il dû à 40 ans d’une situation d’exception entraînant une certaine incompréhension de la soumission à l’autorité ?

Mgr Fellay : Ce qui se passe ces temps-ci montre clairement quelques-unes de nos faiblesses face aux dangers qui sont créés par la situation dans laquelle nous sommes. L’un des dangers majeurs est de finir par inventer une idée de l’Eglise qui paraît idéale, mais qui ne se trouve pas en fait dans l’histoire réelle de l’Eglise. Certains prétendent que pour travailler « en sécurité » dans l’Eglise, il faut préalablement qu’elle soit nettoyée de toute erreur. C’est ce qu’on dit quand on affirme qu’il faut que Rome se convertisse avant tout accord, ou que les erreurs doivent d’abord avoir été supprimées pour qu’on puisse travailler. Mais ce n’est pas la réalité. Il suffit de regarder le passé de l’Eglise, souvent et même presque toujours, on voit qu’il y a des erreurs répandues dans l’Eglise. Or les saints réformateurs ne l’ont pas quittée pour combattre ces erreurs. Notre Seigneur nous a appris qu’il y aurait toujours de la mauvaise herbe jusqu’à la fin des temps. Pas seulement de la bonne herbe, pas seulement du blé.

Au temps des Ariens, les évêques ont œuvré au milieu des erreurs pour convaincre de la vérité ceux qui se trompaient. Ils n’ont pas dit qu’ils voulaient être dehors, comme certains le disent maintenant. Bien sûr, il faut toujours faire très attention à ces expressions ‘dehors’, ‘dedans’, parce que nous sommes d’Eglise et nous sommes catholiques. Mais pouvons-nous à ce titre refuser de convaincre ceux qui sont dans l’Eglise, au prétexte qu’ils sont emplis d’erreurs ? Regardons ce qu’ont fait les saints ! Si le Bon Dieu nous permet d’être dans une nouvelle situation, dans un combat rapproché au service de la vérité… Voilà la réalité que nous présente l’histoire de l’Eglise. L’Evangile compare le chrétien au levain, et nous voudrions que la pâte lève, sans que nous soyons dans la pâte ?

Dans cette situation, présentée actuellement par certains comme une situation impossible, on nous demande de venir travailler comme l’ont fait tous les saints réformateurs de tous les temps. Bien sûr cela n’enlève pas le danger. Mais si nous avons suffisamment de liberté pour agir, pour vivre et nous développer, cela doit se faire. Je pense vraiment que cela doit se faire, à la condition que nous ayons suffisamment de protection.

 

DICI : Croyez-vous qu’il y a des membres de la Fraternité qui, consciemment ou pas, épousent les thèses sedevacantistes ? Avez-vous peur de leur influence ?

Mgr Fellay : Certains peuvent bien être influencés par de telles idées, ce n’est pas nouveau. Je ne pense pas qu’ils soient si nombreux, mais ils peuvent faire du mal, spécialement en répandant de fausses rumeurs. Mais je pense réellement que la préoccupation principale parmi nous est plutôt la question de la confiance dans les autorités romaines, avec la crainte que ce qui pourrait arriver soit un piège. Personnellement, je suis convaincu que ce n’est pas le cas.

Chez nous, on se méfie de Rome, parce qu’on a subi trop de déconvenues, c’est pourquoi l’on pense qu’il peut s’agir d’un piège. Il est vrai que nos ennemis peuvent songer à utiliser cette offre comme un piège, mais le pape qui veut vraiment cette reconnaissance canonique, ne nous la propose pas comme un piège.

 

Voir ce que la proposition romaine permettra en droit et en fait

DICI : Plusieurs fois vous avez répété que le pape veut personnellement la reconnaissance canonique de la Fraternité. Est-ce que vous avez l’assurance personnelle et récente du pape lui-même que c’est vraiment sa volonté ?

Mgr Fellay : Oui c’est le pape qui le veut, et je l’ai dit à plusieurs reprises. J’ai suffisamment d’éléments précis en ma possession pour affirmer que ce que je dis est vrai, bien que je n’aie pas eu de relations directes avec le pape, mais avec ses proches collaborateurs.

 

DICI : La lettre du 7 avril, signée par les trois autres évêques de la Fraternité, a été malheureusement diffusée sur Internet, est-ce que l’analyse qu’elle présente correspond à la situation de l’Eglise ?

Mgr Fellay : Sur leur position, je n’exclus pas la possibilité d’une évolution. La première question pour nous qui avons été sacrés par Mgr Lefebvre était celle de la survie de la Tradition. Je pense que si mes confrères voient et comprennent qu’en droit et en fait il y a dans la proposition romaine une véritable possibilité pour la Fraternité de « tout restaurer dans le Christ », malgré tous les troubles qui subsistent dans l’Eglise aujourd’hui, alors ils pourront réajuster leur jugement, – alors, c’est-à-dire avec le statut canonique en main et les faits sous les yeux. Oui, je le pense, je l’espère. Et nous devons prier à cette intention.

 

DICI : Quelques-uns dans le monde, y compris des membres de la Fraternité, ont utilisé des passages d’un entretien que vous avez accordé à Catholic News Services ; ces passages semblent indiquer qu’à vos yeux Dignitatis Humanae ne fait plus difficulté.

Est-ce la manière dont a été réalisé cet entretien qui a modifié le sens de ce que vous vouliez exprimer ? Quelle est votre position sur ce sujet par rapport à ce que Mgr Lefebvre enseignait ?

Mgr Fellay : Ma position est celle de la Fraternité et de Mgr Lefebvre. Comme d’habitude, dans une matière aussi délicate, nous devons établir des distinctions, et une partie de ces distinctions a disparu dans l’entretien télévisé qui a été réduit à moins de 6 minutes. Mais la relation écrite que CNS a faite de mes propos, rétablit ce que j’ai dit et qui n’a pas été retenu dans la version diffusée : « Bien que Mgr Fellay refuse d’endosser l’interprétation (de la liberté religieuse) par Benoît XVI comme étant en continuité avec la Tradition de l’Eglise, – une position que beaucoup dans l’Eglise ont discuté très fortement –, Mgr Fellay a parlé de l’idée en des termes étonnamment sympathiques. » En fait, j’ai seulement rappelé qu’il y a déjà une solution traditionnelle au problème que pose la liberté religieuse et qui s’appelle la tolérance. Au sujet du Concile, lorsqu’on m’a posé la question : « Est-ce que Vatican II appartient à la Tradition ? », j’ai répondu : « J’aimerais espérer qu’il en soit ainsi » (ce qu’une traduction française fautive a transformé en : « J’espère que oui »). Cela est bien dans la ligne des distinctions opérées par Mgr Lefebvre pour lire le Concile à la lumière de la Tradition : ce qui est en accord avec la Tradition, nous l’acceptons ; ce qui est douteux, nous le comprenons comme la Tradition l’a toujours enseigné ; ce qui est opposé, nous le rejetons.

 

Les rapports de la Fraternité Saint-Pie X avec les évêques diocésains

DICI : Une prélature personnelle est la structure canonique que vous avez indiquée dans de récentes déclarations. Or, dans le Code, le canon n° 297 demande non seulement d’informer, mais d’obtenir l’autorisation des évêques diocésains pour fonder une œuvre sur leur territoire. S’il est clair que toute reconnaissance canonique préservera notre apostolat en son état actuel, êtes-vous disposé à accepter que les œuvres à venir ne soient possibles qu’avec la permission de l’évêque dans les diocèses où la Fraternité Saint-Pie X n’est pas actuellement présente?

Mgr Fellay : Il y a beaucoup de confusion sur cette question, et elle est principalement causée par une mauvaise compréhension de la nature de la prélature personnelle, ainsi que par une méconnaissance de la relation normale entre l’ordinaire du lieu et la prélature. Ajoutez à cela le fait que la seule référence disponible aujourd’hui pour une prélature personnelle soit l’Opus Dei. Pourtant, disons-le clairement, si une prélature personnelle nous était accordée, notre situation ne serait pas la même. Pour mieux comprendre ce qui se passerait, il faut penser que notre statut serait beaucoup plus semblable à celui d’un ordinariat militaire, parce que nous aurions une juridiction ordinaire sur les fidèles. Nous serions ainsi comme une sorte de diocèse dont la juridiction s’étend à tous ses fidèles indépendamment de leur situation territoriale.

Toutes les chapelles, églises, prieurés, écoles, œuvres de la Fraternité et des Congrégations religieuses amies seraient reconnues avec une réelle autonomie pour leur ministère.

Il reste vrai – comme c’est le droit de l’Eglise – que pour ouvrir une nouvelle chapelle ou fonder une œuvre, il serait nécessaire d’avoir la permission de l’ordinaire local. Nous avons bien évidemment présenté à Rome combien notre situation actuelle était difficile dans les diocèses, et Rome est encore en train d’y travailler. Ici ou là, cette difficulté sera réelle, mais depuis quand la vie est-elle sans difficulté ? Très probablement nous aurons aussi le problème contraire, c’est-à-dire que nous ne serons pas capables de répondre aux demandes qui viendront des évêques amis. Je songe à tel évêque qui pourrait nous demander de nous charger de la formation des futurs prêtres dans son diocèse.

En aucune façon, nos relations ne seraient celles d’une congrégation religieuse avec un évêque, mais bien celles d’un évêque avec un autre évêque, tout comme ce qui se passe pour les Ukrainiens, les Arméniens dans la diaspora. Et donc si une difficulté n’était pas résolue, elle irait à Rome, et il y aurait alors une intervention romaine pour régler le problème.

Soit dit en passant, ce qui a été rapporté sur Internet concernant mes propos sur ce sujet, en Autriche, le mois dernier, est entièrement faux.

 

DICI : S’il y a reconnaissance canonique, qu’arrivera-t-il aux chapelles amies de la Fraternité et indépendantes du diocèse ? Est-ce que les évêques de la Fraternité continueront à administrer la confirmation, à fournir les Saintes Huiles ?

Mgr Fellay : Si elles œuvrent avec nous, il n’y aura pas de problème : ce sera exactement comme maintenant. Si non, tout dépendra de ce que ces chapelles entendent par indépendance.

 

DICI : Y aura-t-il une différence dans vos relations avec les communautés Ecclesia Dei ?

Mgr Fellay : La première différence sera qu’elles seront obligées d’arrêter de nous traiter de schismatiques. Pour le développement futur, il est clair que certaines se rapprocheront de nous, puisque déjà elles nous approuvent discrètement ; d’autres non. C’est le temps qui nous dira comment la Tradition se développera dans cette nouvelle situation. Nous avons de grandes attentes pour l’apostolat traditionnel, tout comme certaines personnalités importantes à Rome et comme le Saint-Père lui-même. Nous avons grand espoir que la Tradition se développe avec notre arrivée.

 

DICI : Toujours s’il y a reconnaissance canonique, donnerez-vous la possibilité à des cardinaux de la curie, ou à des évêques de visiter nos chapelles, de célébrer la messe, d’administrer les confirmations, peut-être même de conférer les ordinations dans vos séminaires ?

Mgr Fellay : Les évêques favorables à la Tradition, les cardinaux conservateurs vont se rapprocher. Il y a tout un développement à prévoir, sans en connaître les détails particuliers. Et il y aura aussi certainement des difficultés, ce qui est tout à fait normal. Il ne fait pas de doute qu’on viendra nous visiter, mais pour une collaboration plus précise, comme la célébration de la messe ou des ordinations, cela dépendra des circonstances. De même que nous souhaitons que la Tradition se développe, nous espérons voir la Tradition se développer chez les évêques et les cardinaux. Un jour tout sera harmonieusement traditionnel, mais combien de temps cela prendra, Dieu seul le sait.

 

DICI : Dans l’attente de la décision romaine, quelles sont vos dispositions intérieures ? Quelles sont celles que vous souhaiteriez pour les prêtres et les fidèles attachés à la Tradition ?

Mgr Fellay : Lorsqu’en 1988, Mgr Lefebvre annonça qu’il allait sacrer quatre évêques, certains l’encouragèrent à le faire et d’autres tentèrent de l’en dissuader. Mais notre fondateur conservait la paix, car il n’avait en vue que la volonté de Dieu et le bien de l’Eglise. Aujourd’hui, ce sont les mêmes dispositions intérieures qu’il nous faut avoir. Comme son saint Patron, la Fraternité Saint-Pie X a la volonté de « tout restaurer dans le Christ » ; certains disent que ce n’est pas le moment, d’autres au contraire que c’est le moment opportun. Pour ma part je ne sais qu’une chose : c’est toujours le moment de faire la volonté de Dieu et il nous la fait connaître en temps opportun, à condition que nous nous montrions réceptifs à ses inspirations. Pour cela, j’ai demandé aux prêtres de renouveler la consécration de la Fraternité Saint-Pie X au Sacré-Cœur de Jésus, en sa fête, le 15 juin prochain, et de s’y préparer par une neuvaine au cours de laquelle seront récitées les litanies du Sacré-Cœur dans toutes nos maisons. Tous peuvent s’y associer en demandant la grâce de devenir des instruments dociles de la restauration de toutes choses en Jésus-Christ.  (DICI n°256 du 08/06/12)

 

***

L’ARCHEVEQUE PARLE

Jusqu’à ce qu’il prît finalement la décision de sacrer des évêques pour la Fraternité St Pie X en juin, 1988, Mgr. Lefebvre était comme tous les catholiques depuis Vatican II, c’est-à-dire déchiré entre la Vérité catholique et l’Autorité catholique que ce Concile avait séparées l’une de l’autre dans le but de rejoindre le monde moderne. Mais une fois qu’il eut pris cette décision qui s’avéra clairement par la suite avoir été le salut de la Tradition, ce fut dans son esprit comme si tout était rentré à sa place, et jamais plus dès lors il n’eut la moindre hésitation jusqu’à sa mort survenue deux ans et demi plus tard.

Comme exemple de sa clarté d’esprit, voyons une lettre qu’il écrivit le 18 août, 1988, à Dom Thomas d’Aquin, jeune Prieur du monastère au Brésil, essaim du monastère Bénédictin Traditionnel au sud de la France fondé par Dom Gérard. Hélas, quelques jours après les sacres à Écône, Dom Gérard prit ses distances d’avec la FSSPX pour faire rentrer son monastère dans l’Eglise Conciliaire. Voici ce qu’écrivit alors l’Archevêque à Dom Thomas :–

« Combien je regrette que vous ayez dû partir avant les événements au Barroux (à savoir la défection de Dom Gérard). Il aurait été plus facile de considérer la situation qui résulte de la décision désastreuse de Dom Gérard.

« Dans sa déclaration il expose ce qui lui a été accordé, et il accepte de se mettre sous l’obéissance de cette Rome moderniste qui reste fondamentalement anti-Traditionaliste. Voilà ce qui m’a fait garder mes distances. En même temps il veut garder l’amitié et le soutien des Traditionalistes, ce qui est inconcevable. Il nous accuse de faire du « résistancialisme ». Je l’ai bien averti, mais sa décision était déjà prise depuis longtemps, et il n’a pas voulu écouter nos conseils.

« Les conséquences sont maintenant inévitables. Mais nous n’aurons plus aucun rapport avec le Barroux, et nous conseillons à nos fidèles de ne plus soutenir une œuvre qui est désormais entre les mains de nos ennemis, les ennemis de Notre Seigneur Jésus Christ et de sa Royauté Universelle. Les Sœurs bénédictines (attachées au Barroux) sont angoissées. Elles sont venues me voir. Je leur ai donné le même conseil que je vous donne à vous : restez libre, et rejetez tout lien avec cette Rome moderniste.

« Dom Gérard utilise tout argument pour paralyser la résistance. (…) L’abbé Tam vous dira de vive voix ce que je n’ai pas écrit ici. (…) Que Dieu vous bénisse et votre monastère. +Marcel Lefebvre. »
Par la suite Dom Gérard rendit visite au monastère du Brésil pour l’obliger à le suivre dans l’Église Conciliaire, mais le jeune Dom Thomas résista courageusement, et le monastère sous sa direction est resté Traditionnel depuis. Ce qui n’apparaît pas dans la lettre citée ci-dessus, c’est que Mgr. Lefebvre alla jusqu’à encourager Dom Thomas à rejoindre les moines fidèles au Barroux, pour expulser Dom Gérard !

Telle fut la clarté d’esprit et la résolution ferme de l’Archevêque à partir des sacres. On se demande comment certains de ses fils peuvent maintenant vouloir se mettre « sous l’obéissance de cette Rome moderniste qui reste fondamentalement anti-Traditionnelle », autrement dit, sous un Pape subjectiviste qui n’a aucun moyen de comprendre la Tradition catholique objective. Tel est le pouvoir de séduction, toujours croissant, du monde subjectiviste qui nous entoure. La folie du subjectivisme est devenue si normale, si étendue, que peu de gens s’en rendent encore compte. « Notre secours est dans le nom du Seigneur. »

Kyrie eleison.


Theocoach 13 juin 2012 | 14h42

Précision

La petite phrase suivante de l'interview de Mgr Fellay mérite un commentaire: "Rome ne fait plus d’une acceptation totale de Vatican II une condition pour la solution canonique". L'expression "acceptation totale de Vatican II" n'a, en fait, pas de sens. Personne ne peut dire en quoi consiste "l'acceptation totale" d'un concile, qu'il s'agisse de Vatican II ou d'un autre. Tous les conciles, sans exception, ont suscité de nombreuses interrogations quant à l'interprétation et aux conséquences de leurs décrets. C'est absolument normal. Par exemple, après le concile de Trente, Rome créa une "Congrégation du concile" chargée de répondre aux nombreuses demandes portant sur l'interprétation correcte des textes promulgués. Aujourd'hui, en pensant à Vatican II, il paraît évident que Benoît XVI va préciser lui-même quelle est la bonne interprétation de certains textes de Vatican II qui font problème à certains catholiques. Dans la durée, c'est en principe la Congrégation pour la doctrine de la foi qui assume ce rôle, sous la guidance du pape. Donc, une acceptation en principe totale de Vatican II est indispensable, mais c'est au magistère qu'il revient de dire ce que signifie cette totale acceptation, notamment sur des points controversés, obscurs ou douteux. Enfin, Rome n'a pas changé ni l'Eglise catholique. C'est la FSSPX qui a changé, fort heureusement, du moins la part de cette Fraternité qui suit Mgr Fellay. Quant aux autres, ils sont de fait voués à devenir une secte repliée sur elle-même. Ou peut-être une constellation de sectes, car tous ne se rallieront pas à Williamson. D'autres ambitionnent le leadership.
catholique en colère 25 juin 2012 | 22h25

un point de vue abrupt, mais vrai

Bonsoir, je découvre ce site. Je ne sais pas exactement quelle est son orientation, s'il représente nos "évêques", si c'est un blog tradi, un blog essayant de concilier les points de vue ou quoi. Mais en ce qui concerne l'affaire de la réintégration éventuelle d'Ecône dans l'Eglise officielle de Rome, j'aimerais dire ceci:
Je ne suis pas un "écônard". Je suis de famille catholique et mes parents n'ont pas supporté l'autodestruction de l'Eglise après Vatican II, tous ces sacrilèges, cette liturgie douteuse, ces reniements de tout ce qui faisait le catholicisme. Mais mes parents ont été disciplinés, obéissants et ont refusé de suivre le "rebelle" Lefebvre.
Pour ma part, je suis aujourd'hui très éloigné de l'Eglise. J'ai même abandonné la pratique religieuse. Mais je juge que mes parents ont eu tort. Ils auraient du suivre Ecône. Ils auraient ainsi moins souffert depuis 40-50 ans. Je suis devenu un mécréant mais je m'intéresse beaucoup à ce débat.
Le fond de toute l'affaire - et cela j'aimerais bien réussir à le faire comprendre à tous - c'est à mon avis le MEPRIS profond du public, dont moi, pour les mauvais bergers - les évêques ou pseudo évêques - qui ont laissé faire cette entreprise d'autodémolition, trahissant un peuple de fidèles qui ne demandait pas mieux que de continuer dans sa pratique religieuse catholique. Ce mépris, je répète ce mépris profond, est JUSTIFIE. Car ces gens ont été de mauvais bergers, ils ont trahi le Christ.
C'est la trahison honteuse des évêques qui est cause du désastre. C'est ça la cause de la crise de l'Eglise. Ayant dit celà, cela implique aussi que Mgr Lefebvre, malgré tous ses défauts, était un saint homme. Il a simplement été le seul évêque, ou presque le seul, qui n'ait trahi ni Jésus, ni ses ouailles, comme l'ont fait tous les autres.
Je tiens à dire ici que j'inclus dans mon mépris et dans mes imprécations tous les évêques suisses actuels, et tous les évêques, disons après Mgr Adam et Mgr Charrière. On devrait peut-être faire une exception pour Mgr Vitus Huonder qui semble faire de son mieux. Mais dans l'ensemble j'estime que quasiment tous les autres sont des traîtres, des renégats et ne méritent que notre mépris. Jésus les vomit. J'en suis certain.
C'est ma conviction profonde que Mgr Lefebvre - et, je le répète, malgré tous ses défauts - sera un jour reconnu comme un saint. Car lui seul s'est levé contre les Judas et les loups déguisés en agneaux qui ont vidé les églises et détruit la religion.
Maintenant tout le monde se demande si les gens d'Ecône doivent accepter ou non l'offre de réconciliation qui leur est faite.
Je dois dire que je ne suis pas capable de donner une réponse théologique à cette question. Je n'en ai pas les capacités. Je peux dire seulement que si Ecône était réintégrée ce ne serait que justice. Cela m'encouragerait peut-être à reprendre une pratique religieuse, dans une chapelle de la Fraternité dont je me tiens éloigné pour le moment. En effet, il est hors de question que j'assiste à des simulacres sacrilèges où l'on vénére le "Dieu de l'univers" en promouvant "l'unification du genre humain". Le degré de dégoût et de révolte que m'inspire ces choses est indicible.
Donc, si justice était rendue à Ecône je m'en réjouirais plutôt. J'espérerais qu'avec le temps le bon grain - c'est dire le grain catholique -, remplacera le chiendent moderniste répugnant qui nous étouffe, par simple extinction biologique des hérétiques.
En effet, c'est évident, l'objectif des modernistes étant la destruction de l'Eglise du Christ, il est bien normal que cette engeance ne produise pas de fruit. Comment voulez-vous que des jeunes se découvrent une vocation à la prêtrise pour faire toute leur vie un travail conscient de destruction du christianisme ? Evidemment les rares qui ont la vocation sacerdotale ont la vocation de construire la chrétienté et promouvoir le christianisme et non de détruire et promouvoir l'apostasie comme nos évêques actuels le font. Ils ne peuvent donc axer leur vie future sur l'bjectif d'être des renègats professionels comme l'ont été hélas ces gens qui ont détruit notre Eglise catholique depuis le concile.Et voila pourquoi la race moderniste ne produit pas et ne peut pas produire de fruit, alors que la race écônarde en produit en abondance.
Voilà peut-être la raison - d'ordre pragmatique - pour laquelle je serais enclin à souhaiter un statut canonique pour Ecône. Parce que probablement les prêtres issus d'Ecône remplaceront à terme, biologiquement, la racaille anti-catholique dont l'Eglise est actuellement infestée. Une fois que toute cette racaille aura passé dans un monde meilleur, il ne restera plus que les bons.
Mais d'un autre côté je suis aussi très perplexe. Car je me méfie que tout cela ne soit qu'un piège, une ruse, et que l'Eglise officielle traitresse n'essaie simplement de phagocyter à nouveau l'élement sain pour le pourrir à son tour et dans ce cas ce serait l'abomination de la désolation.
Donc je ne sais pas trop quoi penser. Je comprends le point de vue des sédévacantistes qui pensent que si ces papes ont renié des fondements aussi essentiels de la FOI comme quanta cura quas primas et le syllabus, qui sont des vérités infaillibles et irréformables, c'est donc que ces papes ne sont pas papes, et n'ont pas l'autorité. Mais d'une autre côté être catholique c'est aussi respecter le pape, même s'il se trompe. Donc j'hésite.
Là je ne me prononcerai donc pas. La seule chose dont je suis absolument certain c'est de la malfaisance de toute la racaille cléricale et épiscopale moderne qui nous pourrit la vie depuis depuis 50 ans.
Prions pour Mgr Fellay,et ses collègues, que le bon Dieu les inspire.
Signé
Un catholique révolté

L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.

Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon


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