La cathédrale Saint-Étienne de Vienne. (Photo: Andrew Bossi/CC-BY-SA-2.5) Faisant suite à mon post «Un schisme peut en cacher un autre…», Le Suisse Rom@In-d vient de mettre en ligne la traduction de l’article de GUIDO HORST. L’auteur fait état d’une situation des plus sérieuses, allant jusqu’à dire: «L’archevêque de Vienne a hésité à mettre en application les mesures prévues par le droit canonique à l’encontre des prêtres en révolte, considérant le succès médiatique de Schüller, craignant alors qu'un éclaircissement officiel, portant un conflit public, puisse dégénérer en schisme flagrant et manifeste, bien que latent comme il l'est jusqu’à présent (…) Le Pape Benoît XVI est préoccupé par la rébellion des curés en Autriche. Le colloque de lundi dernier s’est déroulé dans une ambiance réservée, avec la plus grande discrétion. Ni les journaux, ni les organes de presse du Vatican n'ont diffusé la nouvelle. Il faut éviter de donner l’impression que c’est toujours Rome et le Vatican qui doivent prendre des mesures contre les petits chefs. Il serait souhaitable que les évêques compétents ou les prélats qui travaillent dans le République alpine prennent des mesures afin de clarifier les choses avec leurs propres prêtres. Malgré tout, le Cardinal Schönborn s’en est retourné à Vienne soulagé. Si entretemps «l'Initiative des curés» a annoncé vouloir s’internationaliser pour instaurer des liens hors des frontières autrichiennes, la question ne regarde plus seulement l’Autriche, car à ce stade-là la balle passe dans le camp du Vatican.» Les regards ne peuvent donc plus se tourner exclusivement vers la seule FSSPX. Il est fort probable que les questions soulevées par le mouvement inquiétant les évêques autrichiens auront des répercussions dans plus d’un diocèse Suisse.
Si, du côté d’Ecône, le Concile ne passe pas, du côté autrichien il semble déjà largement dépassé. Les réflexions qui vont accompagner le 50ème anniversaire de Vatican II seront certainement l’occasion de clarifications qui relèvent d’une juste compréhension de la Foi catholique, avec ses inévitables implications pastorales.
En remerciant l’Abbé Rimaz pour sa traduction, voici le lien vers son post: L'initiative "schismatique" des curés en Autriche
Dom Romain
L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.
Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon
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Pas si grave
Il paraît que ces mouvements de contestation n'atteignent que peu le peuple chrétien, mais font les beaux jours des blogs. Ne serait-il pas plus utile de mettre en valeur les bonnes initiatives catholiques? Plutôt que de focaliser sur les agressives? Et de les répercuter? Et de leur annoncer une extension, en Suisse? Et de faire peur? Et d'alarmer?@ Pédale douce
Merci de votre message. Vous dites «Il paraît que ces mouvements de contestation n'atteignent que peu le peuple chrétien (...)» J’ignorais que les prêtres ne faisaient pas partie du peuple chrétien… Mais je pense que vous vouliez parler des laïcs? Et je crains que vous vous trompiez! Pour ce qui est de faire peur et d’alarmer, rien de tel dans mon post. Mais il est vrai que ce n'est pas le genre "petit blog dans la prairie". Quant à signaler les bonnes initiatives, je peux certainement faire mieux dans ce domaine. A l’heure où vous mettiez en ligne votre message, je préparais quelques phrases pour signaler une heureuse initiative, cette fois, au service de la vie: «16‘549 cartons rouges à l'euthanasie!». Bonne lecture. Dom RomainUn éclairage sociologique
Dans l'histoire de l'Eglise catholique, pratiquement tous les mouvements schismatique ont été conduits par des clercs, prêtres ou évêques. Pourquoi? Une réponse est fournie par la sociologie de l'Eglise. Le principe de légitimité, dans l'Eglise, relève entièrement d'une justification théologique, elle-même reposant sur l'interprétation jugée correcte des Ecritures, notamment le Nouveau Testament, et de la tradition patristique. Donc, pour contester les détenteurs du pouvoir spirituel dans l'Eglise, il est indispensable de le faire au nom des mêmes fondements, Ecriture et tradition, primo, et, secundo, de le faire non pas comme un cri spontané, mais de façon argumentée théologiquement. Pour cela, il faut être clerc, en principe évêque ou prêtre, aujourd'hui aussi théologien laïc. Les "simples laïcs" contestent par l'acte, en désertant leur Eglise. Question suivante: comment une contestation cléricale peut-elle entraîner aussi des laïcs? Réponse: à travers un autre discours, simplifié, destiné à des laïcs. Pour être mobilisateur, ce discours doit prendre en compte des insatisfactions plus ou moins latentes, informulées, peu argumentées des laïcs. Si le clerc contestataire est bon psychologue, doué d'un certain charisme rhétorique, il organisera en discours mobilisateur le langage dispersé des laïcs, se fera leur porte-voix tout en intégrant les revendications éparpillées des laïcs dans son propre système. En somme, le clerc contestataire dit à sa hiérarchie: "Vous avez tort et vous trahissez l'Evangile et la tradition, voici pourquoi." Aux laïcs, il dit: "Vous avez raison de ne pas être d'accord avec l'Eglise officielle, au nom de l'Evangile, voici pourquoi." Mais, pour que le processus de contestation réussisse, encore faut-il que la voix des clercs contestataires soit perçue et entendue par les laïcs! Quelques prêtres ou évêques complotant dans leur coin ne créent pas un mouvement populaire. Il est donc essentiel, pour que réussisse la contestation, qu'elle soit médiatisée d'une manière ou d'une autre. Plus elle le sera, plus les chances de mobiliser sont grandes. La médiatisation dépend des moyens à disposition. C'est Luther affichant ses thèses à la porte d'une église, puis sachant se servir de l'imprimerie, inventée peu avant lui. Aujourd'hui, c'est la capacité d'attirer l'attention des journalistes ou des blogueurs, de créer l'événement ou le buzz. Voilà pourquoi la publicité accordée aux clercs contestataires, même pour les critiquer, sert en définitive leur cause. Indépendamment, bien sûr, des intentions des publicitaires. Envisageons encore une autre question. Comment une institution comme l'Eglise catholique peut-elle prévenir ou amortir les contestations en son sein? À certaines époques, on a eu recours à l'Inquisition et à la répression violente. Aujourd'hui, les armes sont purement canoniques, avec les sanctions prévues par le droit. Mais ces sanctions se révèlent souvent inopérantes, voire contreproductives (cf. la contestation lefebvriste). L'arme souveraine est sans aucun doute le dialogue, la capacité d'entendre la part de vérité revendiquée par les contestataires, la recherche avec eux de solutions. Cela suppose de grandes qualités de part et d'autre: écoute, humilité, souplesse, créativité. Toutes choses qui sont difficiles, aussi bien pour les contestataires, souvent emportés et passionnés, que pour l'institution, toujours tentée de miser sur son pouvoir et ses rigidités. Cela dit, si vous avez lu ce post jusqu'au bout, sans vous énerver, c'est que vous avez de bonnes dispositions de patience et d'écoute!!!P.S.
On peut ajouter, d'un point de vue sociologique, sans jugement moral des personnes, que les clercs ont un intérêt particulier à devenir des contestataires de l'intérieur de l'Eglise. Ils peuvent espérer ainsi non seulement conserver leur position dans l'institution, avec les avantages que cela comporte, mais encore améliorer cette position en devenant des vedettes incontournables. Certes, ils courent le risque d'être sanctionnés, mais dans ce cas ils deviendront peut-être des martyrs ou des réformateurs, progressistes ou conservateurs (comme Luther ou Lefebvre). Tout dépendra de leur capacité de maintenir l'élastique en bonne tension (ni trop grande ni trop molle) entre eux et la hiérarchie. L'appui de laïcs peut se révéler décisif. Et donc la capacité de mobiliser ces derniers, notamment par les stratégies médiatiques évoquées dans le post précédent.P.P.S.
Quant aux journalistes et aux blogueurs, ils ont un intérêt objectif, sans jugement moral, à répercuter les mauvaises nouvelles. Good news? Not news! n'est-il pas vrai. Enfin, les sociologues ont intérêt à étaler leur savoir, pour leur satisfaction, sachant qu'ils ne seront guère entendus... mais renvoyés à leurs études. Merci! J'y retourne.Réponse pour Socio
Merci pour votre contribution de qualité. J’ai lu votre message jusqu’au bout, je ne me suis pas énervé et l’ai trouvé EXCELLENT, il m’a donné à réfléchir. J’ai donc «de bonnes dispositions de patience et d'écoute», je le savais pour l’écoute, mais j’en doutais pour la patience… Au-delà des questions sociologiques, il reste celle de l’information et de la «publicité». C’est vrai, informer c’est aussi faire une publicité involontaire, peut-être est-ce un dégât collatéral? Mais l’information participe du dialogue. Connaître les positions des uns et des autres, leurs revendications. Savoir que ces questions sont étudiées sérieusement par le magistère, n’est-ce pas aussi un droit pour tout un chacun? Ne rien dire, peut aussi s’apparenter à l’autruche (et pas à l’Autriche) qui met la tête dans le sable, ou aux trois singes (et pas les trois sages) qui ne veulent ni voir, ni parler, ni entendre. Votre remarque sur «les vedettes incontournables» est très juste, j’en connais et je n’aime pas. Hélas, j’ai le sentiment que mon égo aurait un peu de peine à ne pas vouloir prendre leur place… Mais j’espère ne pas en être arrivé à «Good news? Not news!» pour faire tourner ma boutique et accéder au statut de «vedette incontournable». Je crois, pour ma part, qu’une bonne nouvelle ou qu’une bonne catéchèse de Benoît XVI peut faire un très bon post, qui alimentera un très bon blog. Cela étant, je le redis, je ne suis pas du genre «Le petit blog dans la prairie», ou «Nounours et les Bisounours». Je vous laisse maintenant retourner à vos études. Mais, cher Socio, ne vous éloigné pas trop de mon blog, car votre «science» a été appréciée. Dom Romain.Félicitations
En plus de l'écoute, vous témoignez d'autres belles qualités, qui manquent assez souvent aux contestataires à la mode: capacité de se remettre en question, humour. Sur ces deux lignes, on expérimente la chance de réussir une contestation permanente, celle de soi-même, et, comme disait l'autre, on n'a pas fini de rigoler... Sur le fond, vos remarques et questions valent aussi bien que les miennes, qu'elles complètent. Donc, merci, et heureuse poursuite de votre blog! Si je me suis permis d'y intervenir, c'est parce qu'il m'intéresse. Je vous remercie de votre discrète invitation à vous suivre et, qui sait, à vous proposer un commentaire à l'occasion, en me gardant bien de vous envahir intempestivement.