L’actualité religieuse catholique du 21 décembre, a été marquée par la confirmation de la réception par Rome du courrier de Mgr Fellay au sujet du «Protocole d’accord». Le premier à en faire état est certainement le vaticaniste Andrea Tornielli. Dans l’après-midi, à l’occasion du point presse, le p. Lombardi a confirmé la nouvelle. Voici l’information transmise par Radio Vatican: «La Fraternité Saint-Pie X a envoyé ces jours derniers une documentation à la commission vaticane Ecclesia Dei, en charge du dossier. Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège l’a brièvement confirmé en réponse aux questions des journalistes. Ce document est actuellement examiné par la commission qui verra quelle suite donner à ce dossier. Cette Commission dépend de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, présidée par le cardinal Levada. Une réponse est attendue au Vatican de la part de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X concernant le préambule doctrinal, de septembre dernier, proposant des conditions, doctrinales et canoniques pour un éventuel retour au sein de l’Eglise catholique.»
Dans sa communication, Andrea Tornielli, fait aussi mention de rumeurs qui parlent de contestations de Mgr Fellay au sein de sa propre communauté: «Pendant ce temps, des voix incontrôlées sur des dissidences internes dans la Fraternité se multiplient. Une newsletter du site sédévacantiste Virgo-Maria.org, parle ouvertement de la possibilité que Fellay soit «déposé» avant le chapitre qui en Juillet 2012 doit renouveler les charges au sein de la Fraternité» (cf. Benoît et moi qui donne la traduction française du texte: Les lefebvristes répondent sans répondre). Il est étonnant que le vaticaniste de la Stampa fasse échos de ces propos, même s’il précise que ce «site est connu pour avoir donné, en d'autres occasions, des informations sans fondement».
En réactions à ces rumeurs, il est intéressant de lire le billet de Christophe Saint-Placide. «Hier, reproduisant les propos d’un site sédévacantiste, les blogues français et italiens les plus sérieux ont évoqué la pression contre Mgr Fellay exercée par les trois autres évêques, qui seraient disposés à «faire schisme» s’il acceptait un accord avec Rome. Quelques fondements ont pu exister (des réunions d’apéritif, des propos de table de Mgr Tissier: «Retenez-moi, je vais sacrer!»). Mais pour qui connaît la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X (FSSPX), le fond de l’information n’est pas sérieux. On ne peut pas imaginer Mgr Tissier et Mgr de Galarreta prendre la tête d’un putsch.
En revanche, et c’est bien pour cela qu’on s’est partout emballé: tout le monde sait que cette question des évêques, ou plus exactement la question de l’évêque-Supérieur général, puisque telle est désormais et telle va rester la structure de la FSSPX, est le point absolument crucial. Cette entité très indépendante – et qui va le rester en cas de reconnaissance canonique – qu’est la FSSPX est absolument pyramidale (une monarchie absolue tempérée d’anarchie, selon la plaisanterie classique). Certes, la santé de Mgr Fellay n’est pas mauvaise. Mais le sort de l’œuvre de Mgr Lefebvre est, à terme, de manière évidente, suspendu, aujourd’hui comme il l’était en 1988, à la succession épiscopale, qui s’est transformée, avec l’aval tacite de Rome, en succession de l’évêque-Supérieur majeur. (…)
Point besoin d’être diplômé de Sciences-Po ou de l’École des Nonces pour comprendre par conséquent qu’au-delà de toutes les tractations (certes, très importantes) sur tel ou tel mot ou paragraphe malheureux du Préambule doctrinal, et qu’au-delà de telle ou telle précision sur les contours de la Prélature personnelle, LE problème est celui de la succession, soit sanctionnée par Rome, soit autocéphale, à la tête de la FSSPX». Dans son article paru sur «Riposte catholique», l’auteur présente les deux cas de figure qui se posent à la FSSPX, pour lire l’article complet: FSSPX, hier: «affolement sur les marchés». La question des sacres épiscopaux.
Le Copiste sur le post qu’il consacre à cette question, termine avec une mise en garde qui me semble bienvenue: «…la Fraternité voudrait-elle essayer de faire revenir Benoit XVI sur Vatican II? C'est voguer gaillardement vers les récifs de la plus grave des erreurs. Le pape recherche la réconciliation et la paix, mais trop fin navigateur et capable en situation de nécessité de décisions très claires et clarifiantes, il serait plus prudent de ne pas vouloir essayer de le faire avancer dans des eaux où il ne veut pas entrer».
MON GRAIN DE SEL: La FSSPX se retrouve au pied du mur. Depuis sa fondation par Mgr Lefebvre, la fraternité n’a cessé de remettre en question «la nouvelle messe», le Concile et le magistère des papes depuis Vatican II. Fondée sur l’ordination d’évêques sans mandat pontifical, l’excommunication a été levée pour permettre les discussions doctrinales, celles qui viennent de se terminer. Aujourd’hui l’heure est venue de donner une réponse claire. On peut résumer la réponse attendue par Rome, avec le dernier paragraphe de la profession de foi que signe, entre autre, le nouvel évêque avant son ordination: «…avec respect religieux de la volonté et de l’intellect, j’adhère aux doctrines énoncées par le Pontife Romain ou par le collège des Evêques lorsqu’ils exercent le magistère authentique, même s’ils n’entendent pas les proclamer par un acte définitif.» (CIC can 833) Refuser cette profession de foi, ou persévérer dans de continuelles tergiversations, auraient des conséquences graves. Si – ce qu’à Dieu ne plaise – une nouvelle excommunication devait survenir, elle serait alors fondée sur un refus du magistère actuel de l’Eglise et donc d’une partie de sa doctrine. A force de vouloir être plus catholique que le pape, on risque de ne plus l'être du tout.
Dom Romain