Rassurez-vous, cette question ne se pose pas en Suisse, mais en France. Lors de la dernière rencontre des évêques français à Lourdes, la question des blogueurs catholiques à été posée, dans le cadre d’un groupe de travail intitulé: «Internet et l'Eglise».
Sur son blog, Jean-Marie Guénois explique qu’ «il existe en effet, comme dans toutes les religions, une petite centaine de blogueurs catholiques en France, un phénomène très actif à prendre en compte. Ils sont particulièrement dynamiques et de sensibilité plutôt classique. Ils échappent en tout état de cause à la hiérarchie épiscopale. Ce qui n'est pas sans inquiéter les évêques quand il s'agit de prêtres. Un évêque remarquait en effet qu'un curé blogueur dépasse de loin, par ce qu'il écrit, sa responsabilité canonique territoriale paroissiale...»
Mais les conclusions de l’expert théologique du groupe de travail font réagir le blogueur du Figaro, il parle même d’un «risque de caporalisme», «Mais les conclusions de la conférence de l'expert théologique, le P. Henri-Jérôme Gagey de l'institut catholique de Paris m'ont laissée perplexes quand il a affirmé et confirmé en conférence de presse, qu'il convenait de former les blogueurs.
Etrange idée toutefois que de vouloir «former» des blogueurs catholiques. Le P. Gagey pense-t-il que ces blogueurs ne pensent pas comme il faut? Cela serait inquiétant. Ou s'inscrit-il dans un schéma ecclésial totalement dépassé, celui de «l'encadrement» où la structure entend non seulement formater une pensée mais aussi exercer son contrôle?
Beaucoup d'évêques ont heureusement aussitôt compris l'inanité de cette idée en mettant en garde le P. Gagey contre le risque de «caporalisme» (sic). Il n'a pas lieu d'être dans l'Eglise catholique. Il est surtout totalement impraticable, pour qui connaît le sujet, sur la toile internet caractérisée par la liberté absolue et l'initiative individuelle.
Cette armée d'électrons libres peut certes déplaire à l'Eglise catholique, l'embarrasser ou la gêner tels des aiguillons. Mais elle lui rend un service qu'elle n'imagine pas sur la toile en assurant une présence «catholique» non officiel et très tonique. Car le propre des blogs et autres tweets est justement leur «a-institutionnalité». Ils sont nés libres et doivent le rester.
Loin de s'opposer, ils complètent la communication institutionnelle - elle-même en cours de réforme - de l'Eglise catholique comme évoqué en première partie de ce blog. J'observe que cette grosse institution a saisi que les règles avaient changé.
Plus encore que d'autres institutions internationales comparables, l'Eglise catholique - mais aussi les autres religions - parce qu'elles relient des gens et des communautés partageant une même foi sont particulièrement traversées et perméables par nature, à cette nouvelle culture de rapidité, de partages, et d'échanges d'informations, et surtout d'horizontalité qui caractérisent les réseaux sociaux.»
Cette présence sur le net va contraindre les médias catholiques à s’adapter. L’Information va plus vite, et elle ne peut pas être contrôlée par l’appareil de service. A ce propos, les récents déboires de Mgr Fellay avec son confrère Williamson et deux de ses supérieurs de district montrent bien que le phénomène n’épargne personne… Le blogueur est peut-être une nouvelle forme d’action catholique. Inutile maintenant de vouloir leur fermer le net, ou de les mettre «au fixe», les doigts sur la couture de la langue de bois.
Deux remarques encore
Tout d’abord pour dire que dans son post du 25 novembre, J.-M. Guénois aborde aussi la question de la communication au Vatican, il vaut donc la peine de lire sa réflexion: «Faut-il encadrer les blogueurs cathos?».
Et enfin pour souhaiter un bon retour «au pays» à l’abbé Dominique Rimaz, qui rejoint aujourd’hui son diocèse d’origine. On notera que son blog «Le Swiss Rom@in» est fermé depuis le 15 novembre, même si certains de ses lecteurs espèrent qu’il reprenne du service. Ce blog était arrivé à des pointes de 1'000 lecteurs par jour, après trois ans d’existence.
Dom Romain
L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.
Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon
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Il faut encourager les blogueurs catholiques
Jean-Marie Guénois a lancé contre moi une mauvaise polémique dans laquelle je me suis abstenu d'entrer, mais comme je tombe un peu par hasard sur votre note de blog je me permets deux mots.J'ai clairement dit aux évêques de France qu'il fallait "encourager les blogueurs catholiques" et "oser la rumeur évangélique sur Internet". J'ai effectivement dit aussi qu'il fallait les former, mais dans la tradition universitaire qui est mienne "former" n'est pas contrôler bureaucratiquement ! C'est développer des compétences et un sens spirituels bien nécessaires quand on entreprend de confesser publiquement et librement sa foi dans une communauté fraternelle.
D'ailleurs comme vous le notez justement l'Internet ne s’accommode d'aucune opération de contrôle et il faut vraiment n'y rien connaître pour imaginer de telles choses.
Réponse à Henri-Jérôme Gagey
Merci pour votre message. Il est bien que vous puissiez préciser votre invitation à «encourager les blogueurs catholiques» et il est certainement vrai que la formation ne peut être qu’une bonne chose. Par contre, j’ai trouvé votre formule "oser la rumeur évangélique sur Internet" pas assez claire. Pourquoi ne pas dire simplement «Annoncer la foi catholique sur le net»? Nos évêques n’ont certainement rien contre une annonce explicite de la foi.Dom Romain