Mgr Gérard Daucourt, évêque de Nanterre, a été interpelé par des chrétiens qui s’interrogent sur l’Eglise. S’appuyant sur un texte rédigé en octobre dernier: «Les derniers des Mohicans vont-ils mourir en silence?», ils expriment leur souci de voir «l’enterrement de Vatican II», par un climat de restauration dans l’Eglise actuelle. La réponse de l’évêque manifeste bien le souci du pasteur, qui doit écouter les remarques d’une génération qui est en train de passer et, en même temps, accueillir ce que l’Esprit suscite de nouveau. Refusant d’être considéré comme un évêque qui «…ne serais pas libre, mais opprimé par le centralisme romain. [Ne pouvant être] qu’un perroquet qui répète ce que dit Rome, un haut parleur du Vatican», il rappelle qu’il conserve sa liberté de parole, mais aussi sa capacité d’écouter ceux qui, il y a cinquante ans, étaient la «tendance silencieuse». En effet, si l’Action catholique a pu tenir le haut du pavé de la pastorale en France, force est de constater que les choses changent, pour ne pas dire qu’elles ont déjà changé.
Cet échange de lettre est révélateur de ce que le Concile Vatican II a pu être marqué par son époque; comme tout événement historique du reste. Et combien il est nécessaire de lire ses textes dans le contexte de toute l’histoire et de la théologie de l’Eglise, et pas seulement avec la clé de lecture de «ceux qui ont fait le Concile», ou qui se disent ses enfants, formé par lui - cf. le 3ème paragraphe de la lettre de Mgr Daucourt. Ces derniers, qu’ils le veuillent ou non, son les fils d’une époque, d’une histoire, d’un contexte. Comme la génération actuelle l’est forcément pour le temps qui est le nôtre. L’herméneutique de la réforme et de la continuité, offerte comme clé de lecture du Concile par le magistère de Benoît XVI, est certainement la porte de sortie. Elle permettra de dépasser des oppositions qui s’enracinent plus dans des contextes historiques, que dans la foi bimillénaire de l’Eglise.
Il reste la question: s’agit-il de Mohicans ou de dinosaures? La différence est de taille: les Mohicans ont été exterminés, les dinosaures n’ont pas su s’adapter. Personne n’est «exterminé» dans l’Eglise, mais tous doivent s’adapter; non pas au monde, mais à la Foi à annoncer à notre monde, à notre temps. Ne pas s’adapter, c’est disparaître. Même sur la pointe des pieds…
Les documents cités se trouvent sur le site du diocèse de Nanterre: A propos de certains courants dans l’Église, 5 janvier 2012.
Dom Romain