Cuisine électorale
L’enveloppe est toujours la même. Grise. Un peu plus épaisse cette...
«Il y a des sujets sur lesquels l´Eglise est assez peu en phase avec notre société, notamment en matière de sexualité ou de recherche. Ces positions me paraissent compréhensibles du point de vue strictement doctrinal, mais elles sont peu utiles dans le débat politique actuel.»* (Christian Levrat)
Monsieur Levrat réussit en une phrase – la première – à résumer un certain malaise du PDC pour expliquer son «C»; ce malaise il le partage du reste avec certains ecclésiastiques. A certaines périodes le bras séculier a aidé l’Eglise à faire passer son message et ce n’est pas les époques les plus glorieuses de son histoire. Etre «en phase avec notre société», c’est bien le défi des élections qui s’approchent. Les sièges seront répartis au prorata des voix et chacun sait que l’un de ces sièges, au Conseil Fédéral, est âprement disputé. Si un parti a le bon candidat et le bon thème de campagne, il risque bien d’emporter ce «Saint-Siège sous la coupole fédérale». Mais être déphasé en face de notre monde n’est pas réservé à l’Eglise ou aux sujets concernant la sexualité et la recherche. Lors des votations sur les minarets, Socialistes et Conférence des Evêques Suisses étaient tous deux «déphasés». Nous ne pouvons pas pour autant renoncer à ce qui nous semble moralement bon. Alors «continuons le combat!». La morale fait partie intégrante de tout acte humain. Voter, faire son devoir civique, relève de la morale. Choisir un parti politique ou un candidat est un acte moral. Les projets politiques que proposent les partis en lice pour ces élections, sont des propositions morales: Comment bâtir une société qui place l’Homme au centre de nos préoccupations. Politique, morale, évangile et Eglise, l'Apic, par la plume de Maurice page, a donné la parole à plusieurs politiciens. (Cf. l' article «A un mois des élections les politiciens affirment leurs convictions chrétiennes»)
La morale concerne la gestion de la banque et le comportement du patron, le respect et la justice pour le réfugié et l’ouvrier. Elle concerne toutes les activités humaines. Alors pourquoi arrêter la morale au bord de l’éprouvette ou l’exclure de la sexualité? Ce n’est pas la morale que l’on rejette, au prétexte «qu’elle serait peu utile dans le débat politique actuel.» Ce qui est rejeté c’est la proposition morale concrète de l’Eglise catholique romaine, celle rappelée par nos évêques. Tant que l’Eglise parle de «Valeur», de doctrine sociale, de respect et de tolérance, d’amour du prochain, elle est en phase, consensuelle pour le plus grand nombre. Mais dès que cet amour du prochain, ce respect de l’autre dans l’accueil de l’étranger ou du fœtus, dans le respect de l’embryon, du couple dans sa fidélité, de la sexualité dans l’ordre naturel – oh! Le vilain mot, dès que l’Eglise précise «l’existentiel concret vécu» de l’amour, alors les choses se gâtent. Et c’est normal, voilà 2000 ans que ça dure et c’est dur. On est tous d’accord avec les valeurs de l’Evangiles, mais pas forcément avec ses conséquences pratiques dans notre vie. S’il est vrai qu’une réflexion morale peut être «compréhensibles du point de vue strictement doctrinal, mais (…) peu utile dans le débat politique actuel», alors cette réflexion n’a pas de raison d’être. La réflexion théologique ou morale n’est pas un «pet dans l’azure», elle est une incarnation. Aimer son prochain ce n’est pas avoir de beaux principes, mais de bonnes actions fondées sur de bons principes. Si le débat politique actuel ne se confronte pas à une réflexion sérieuse et structurée, philosophiquement, théologiquement et anthropologiquement cohérente, alors il y a fort à craindre que les décisions se prennent sur le sable des sentiments et des émotions. Rien de solide ne se construit sur le sable. Le débat politique sur la question des étrangers souffre – me semble-t-il – du même mal que celui sur la recherche ou la sexualité humaine: un manque de profondeur dans la vision de ce qu’est l’Homme. Un être humain n’est pas d’abord une couleur de peau ou un passeport, un délinquant ou un bon père de famille: il est un Fils de Dieu créé à son image. Les «émotions» sur l’étranger oublient cette vérité évangélique qui fonde les droits de l’homme. Il en va de même pour l’embryon, les émotions et les désirs nous font oublier qui il est, au profit de ce qu’il est. On peut aussi connaître et refuser la pensée de l’Eglise, mais alors il ne faut pas parler des «valeurs chrétiennes», l’Evangile, comme la République Française, est «un et indivisible».
C’est pour cette raison que les évêques ne se présentent pas aux élections fédérales, non qu’ils n’aient rien à dire, où qu’ils craignent le verdict des urnes. Mais parce qu’ils n’ont pas de projet, seulement une «Bonne Nouvelle», un Evangile, qui ne se soumet pas au vote populaire, mais se propose à la conscience de chacun, ainsi qu’à celle de nos sociétés. Nos évêques n’ont pas à défendre «leur siège», chacun à le sien dans sa cathédrale. Il leur faudra attendre l’âge de 75 ans pour quitter leur mandat; l’épiscopat est une sanction qui ne connaît pas de remise de peine… Un homme politique doit trouver ça peu démocratique et très confortable. Tant que nos évêques utiliseront ce «confort» pour être en phase avec les propositions de l’Evangile et du mystère de la Foi, incarnant ainsi l’amour du prochain, ils peuvent se permettre de ne pas être en phase avec la société. Ils ont leur siège, qu’ils y soient aussi fidèles que les partis et les hommes politiques le sont aux leurs!
A tous les partis et sans «parti pris» je souhaite une heureuse élection fédérale 2011.
Dom Romain
*P.-S.: J’ai trouvé cette citation dans «A CONTRETEMPS», le blog de Vincent Pellegrini. Journaliste Valaisan, il a signé un billet intitulé «La rose et le cactus».
Excellent !
Oui, il est regrettable que le PDC ait mal à son "C"......