Ces mots qui disent si vrai
Le blog voisin, signé Dom Romain, est fort intéressant. J’apprécie...
Alors que le Saint Père vient de terminer son voyage apostolique en Allemagne, la Fraternité Sacerdotale Saint Pie X réfléchit à la réponse qu’il convient de donner au Vatican. Cette réponse influencera obligatoirement la vie de l’Eglise. Mais ils ne sont pas les seuls à se poser des questions. A «l’autre bord» de l’échiquier ecclésial, on se demande «comment faire Eglise», dans une structure de plus en plus marquée par des exigences et directives que l’on dit ne pas correspondre à l’évangile. Des deux côtés on est mal à l’aise, frustré. Des deux côtés on désigne le même coupable: Le Concile Vatican II. Non seulement il a été mal appliqué, trop pour les uns et pas assez pour les autres, mais il convient même de le remettre en question, soustraire ou ajouter; -1 pour revenir à Vat I ou +1 pour aller à Vat III.
Mais le Concile Vatican II – comme tous les Conciles - ce n’est pas seulement des Actes conservés sur le papier, qu’il faut scruter et détailler, corriger pour le faire coller au passé ou le lire selon «l’esprit du Concile». Un Concile c’est aussi des Actes dans la vie de l’Eglise. Nous savons tous combien le Concile de Trente a donné une impulsion déterminante non seulement à la contre-réforme, mais aussi à la réforme d’une Eglise qui en avait tant besoin. Les critiques de Luther n’étaient pas sans fondement, même si les réponses qu’il a données ne correspondaient pas à la foi de l’Eglise. Ainsi donc dans ce voyage du pape en Allemagne, nous avons le Concile en Acte. Rencontre du Saint-Père avec le Parlement Allemand et discours où il propose «quelques considérations sur les fondements de l’Etat de droit libéral.» Message à la communauté musulmane, il y rappelle que «L’Église catholique s’engage fermement pour que soit donnée la juste reconnaissance à la dimension publique de l’appartenance religieuse», en invitant à ce que «le respect envers l’autre soit toujours maintenu ». Echange aussi avec la communauté Juive de Berlin, Benoît XVI disant «combien a grandi la confiance entre le Peuple juif et l’Eglise catholique, qui ont en commun une partie non négligeable de leurs traditions fondamentales.» Il reprend aussi une page d’histoire, faisant mémoire qu’«en ce lieu, il faut aussi rappeler le pogrom de la «nuit de cristal» du 9 au 10 novembre 1938. Seulement peu de personnes percevront toute la portée de cet acte de mépris comme le perçut le prévôt du Chapitre berlinois, Bernhard Lichtenberg qui, de la chaire de la cathédrale de Sainte-Hedwige, cria: «Le Temple est en flammes dehors — et il est aussi une maison de Dieu». Rappelons que le Prévôt a prononcé cette phrase bien avant Vatican II. Rencontre aussi avec les réformés, en ce pays qui est celui de Luther. Le service d’information du Vatican, parlant de la visite du Pape à l’église des Augustins, dit: «Exprimant son émotion d'Evêque de Rome à se trouver là où Martin Luther a étudié et a été ordonné prêtre en 1507, Benoît XVI a rappelé que "la question de Dieu fut la passion profonde et le ressort de sa vie et de tout son itinéraire. Elle "se trouvait derrière chacune de ses recherches théologiques et de son combat intérieur... Qui, en effet, se préoccupe aujourd'hui de cela, même parmi les chrétiens?...» Suivra la Célébration Œcuménique à l’occasion de laquelle il donnera ce regard positif: «Voici pourquoi, dans une rencontre œcuménique, nous ne devrions pas seulement déplorer les divisions et les séparations, mais bien remercier Dieu pour tous les éléments d'unité qu'il a conservés pour nous et qu'il nous donne toujours de nouveau.» Il a aussi invité à l’unité des chrétiens, pour la défense de la vie. Sujet d’actualité et défi pour les confessions chrétiennes et les grandes religions. Aux Orthodoxes il dira son espérance de pouvoir à nouveau célébrer l’Eucharistie ensemble. Les messes pendant lesquelles il affermit ses frères dans la foi: «Le fait de pouvoir croire, je le dois d’abord à Dieu qui s’adresse à moi et, pour ainsi dire, allume ma foi. Mais, très concrètement, je dois ma foi à ceux qui me sont proches, qui ont cru avant moi et qui croient avec moi. Ce grand avec, sans lequel il ne peut exister aucune foi personnelle, c’est l’Église.»
Au-delà d’un retour en arrière et de «l’herméneutique de la rupture», Benoît XVI exerce son ministère évangélique dans la fidélité au Concile et à tous les Conciles. Ses actes – gestes, rencontres et paroles – sont le Concile en acte. Ma façon de réagir en face du ministère de l’Evêque de Rome manifestera mon "sentire cum Ecclesia». On peut discuter une formulation conciliaire et préciser le sens des mots ; mais on ne peut pas dire «ce qu’il fait ou dit ne correspond pas à l’Eglise de toujours», ni «ce qu’il fait ou dit ce n’est pas digne de l’Eglise du troisième millénaire». Ma réaction en face des actes de ce magistère pontifical, ne me ferra pas dire: Je rentre ou je sors ; mais manifestera si je suis dedans ou dehors… en n'oubliant pas qu’aucune situation n’est définitivement figée.
Dom Romain