Demain se tiendra à Rome la rencontre des cardinaux et évêques de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, à l’ordre du jour la question de l’accord doctrinal et canonique avec la FSSPX.
Ces derniers jours les réactions, à l’intérieur même de la FSSPX, laissent percevoir les tensions exprimées par la publication de la lettre de Galarreta, Tissier de Mallerais et Williamson. Des prises de position font entendre les voix discordantes de ceux qui soutiennent Mgr Fellay et de ceux qui montrent du doigt les «profondes et graves illusions du pape Benoît XVI », invitant les membres du mouvement lefebvriste à se «défier comme de la peste des nouveautés introduites par le concile Vatican II et par les papes qui ont suivi le concile ». (cf. abbé Régis de Cacqueray).
Réagissant à la publication sur le net de documents privés et aux différents articles manifestant leur opposition aux accords prévus, l’abbé Guillaume de Tanoüarn vient de mettre en ligne un article (cf. ci-dessous) qui rappelle où se situe «la ligne de partage des eaux». J’ai particulièrement apprécié les paroles du responsable du Centre Saint Paul; en étendant son regard d’un bord à l’autre de l’Eglise il montre avec pertinence le vrai problème: Faire de l’Eglise «un objet» modelable à sa guise ou à son idéologie!
Dom Romain
Feu sur les accords
par l'abbé Guillaume de Tanoüarn
Que se passe-t-il dans le Tradiland ? Pourquoi cette inflammation générale ? Partout les pétards éclatent. Partout ? Disons sur une ligne qui va de Williamson à Carusi. Quel est le but de ces secrets trahis, de ces confidences claironnées, de ces supérieurs tournés en ridicule ? Quel est l'objectif des évêques fuitards et des curés en quête de martyre médiatique ? Empêcher l'accord. En 2009 déjà, souvenez-vous, Mgr Williamson avait tout fait pour empêcher la désexcommunication. Nous assistons aujourd'hui au Baroud des anti-accords, dont il est trop tôt pour dire qu'il s'agit seulement d'un baroud d'honneur ou encore du baroud du déshonneur. Dans la même ligne : le dernier éditorial de l'abbé de Cacqueray et le dernier numéro du Chardonnet (où d'ailleurs je suis pris à parti de manière particulièrement mesquine par l'abbé Puga, anti-accordiste de choc).
Les médias parlent de sécession. Mais ces gens-là ne peuvent ni ne veulent faire sécession. Ils veulent emporter le morceau (en s'appuyant sur plusieurs prêtres de l'IBP qui ont des intérêts partiellement convergents avec eux comme je l'ai indiqué dans Monde et Vie : voir le post L'abbé Pfluger a cent fois raison).
Le problème, c'est l'intégrisme. Oh ! Pas celui auquel s'en prennent les médias. Non ! Pas non plus celui que définissait le Père Congar en 1950 dans un appendice à la 2ème édition de Vraie et fausse réforme dans l'Eglise : "Est intégriste le catholique de droite". Cette diabolisation-là est ridicule et méprisable comme toutes les formes sans exception de diabolisation.
Je voudrais proposer un autre sens plus psychologique de l'intégrisme. Nous avions organisé un Colloque sur ce sujet avec l'abbé Héry il y a dix ans.
Le problème de ceux qui refusent a priori tout accord avec Rome ou qui d'une façon soi-disant plus subtile aimeraient cultiver une Troisième voie dont on comprend surtout l'égotisme, c'est qu'ils refusent - allez, je vais dire un gros mot - l'hétéronomie chrétienne. Ils veulent être eux-même les marqueurs de leur propre excellence, ils veulent être leur propre centre, alors que le centre c'est Rome, parce que le centre de l'homme... ce n'est pas l'homme, c'est le Christ. De façon assez admirable, dans la lettre aux trois évêques, c'est à cet intégrisme-là, à cet intégrisme autocentré que Mgr Fellay refuse de céder. Il note humblement que pour lui le statu quo entre Rome et Ecône aurait été préférable. Et puis il accepte la main tendue par Benoît XVI. Cette main, elle est trop ostensiblement tendue pour qu'on puisse se contenter de rentrer dans sa coquille. Il faut la saisir. Il faut sortir de soi pour la saisir. Je crois que la ligne de partage des eaux n'est pas telle Fraternité opposée à telle autre. Il y a d'un côté, dans tous les camps, y compris dans l'Eglise officielle, les intégristes égolâtres et de l'autre - dans tous les camps - ceux qui sont soucieux de ne pas être eux-mêmes leur propre centre, ceux qui s'en remettent concrètement au pape pour faire l'unité de l'Eglise.
Il y a un intégrisme de la messe de Paul VI. Ceux qui disent : accepter les traditionalistes dans l'Eglise, c'est récuser le combat de notre vie, "on" ne peut pas nous faire ça sont aussi des intégristes. Ils sont des modernes, qui refusent l'hétérocentrisme chrétien et qui se prennent eux-même pour le principe de l'unité et de la totalité catholique, sans se rendre compte qu'il n'y a pas d'autre totalité catholique que le Christ lui-même. Personne ne peut prétendre : je suis l'Eglise... Même pas le pape. Et Dieu sait si Benoît XVI tendant la main aux traditionalistes montre que son pouvoir n'est pas totalisant, qu'il est simplement le Pasteur universel : l'homme de tous, pas l'homme d'un Parti. Et nous avons tellement de mal à comprendre son message qui suscitera toujours l'union sacrée des intégristes de tous poils - de droite et de gauche.
Tous ceux qui d'une manière ou d'une autre estiment qu'ils ont le monopole du christianisme se mettent - par intégrisme - hors d'état de comprendre le Pasteur universel et son catholicisme.
Publié dans Metablog
Mais il est possible que, lors de la rencontre du mercredi 16, une autre question soit abordée...
AUTRICHE: LE CARDINAL SCHÖNBORN DEVRA S'EXPLIQUER
On se souvient de l'histoire du conseiller paroissial gay, vivant en union civile, qui avait été refusé par le curé de sa paroisse en raison de son mode de vie "incompatible avec les valeurs de l'Evangile"; le cardinal-archevêque de Vienne, Mgr Christoph Schönborn, avait alors désavoué son prêtre et rétabli le conseiller paroissial dans ses fonctions. Or, selon le quotidien autrichien Der Standard, le cardinal a été prié d'expliquer son geste surprenant auprès de la Congrégation pour la doctrine de la Foi. Une situation assez ubuesque, puisque Mgr Schönborn est... membre de cette Congrégation.
L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.
Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon
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Theocoach: Deux façons de quitter la Tradition catholique
La première façon de quitter la Tradition catholique, autrement dit le grand courant vital inspiré et conduit par l'Esprit Saint depuis la Pentecôte, c'est d'en rajouter, d'y mettre du sien en lieu et place du Sien. L'autre façon de quitter la Tradition catholique, c'est d'en retrancher ce qui ne plaît pas. La première est celle des hérétiques, la seconde celle des traditionnalistes. Le point commun entre les deux est la désobéissance à l'Esprit Saint, qui se manifeste par une désobéissance doctrinale, pastorale, disciplinaire au magistère authentique établi dans l'Eglise, dans la mesure, évidemment, où celui-ci s'est clairement exprimé. Le rigorisme ou le laxisme sont les deux faces d'un autre problème, le manque de prudence et de sagesse, le manque d'équilibre. On peut être imprudemment rigoriste ou laxiste, à des degrés divers, dans les trois cas de figure: l'hérésie, le traditionnalisme et aussi l'orthodoxie en communion formelle avec le pape et les évêques. Tout cela paraît bien compliqué et cela l'est bel et bien, contrairement à la belle simplicité évangélique...