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Des cathos sur la toile

05 mars 2012 | 20h05

Récompense ou punition, comment Pékin sanctionne les évêques

La situation particulière de l’Eglise chinoise est connue de tous. Entre l’Eglise officielle et clandestine, entre la fidélité à Rome et la «loyauté» envers le parti, les catholiques chinois sont toujours dans une situation difficile. Ces dernières années, des progrès ont été faits et Rome n’a pas manqué de patience et d’ouverture, afin de trouver une solution à cette situation unique. Dernièrement, le «cardinal Zen (…) a critiqué sévèrement à la fois la Communauté de Sant'Egidio et "30 Jours", dans un flamboyant article publié par "Asia News" le 7 février». Le site chiesa espresso, vient de mettre en ligne un article intitulé Récompense ou punition. Comment Pékin Sanctionne les évêques, qui explique dans quel contexte le cardinal est intervenu. Ces quelques explications sont illustrées par un récit – ci-dessous - qui nous présente la situation de deux évêques chinois et du sort que l’état réserve à l’un comme à l’autre.

Dom Romain

<p>Le Cardinal Joseph Zen Ze-kiun (Photo: Rock Li)</p>

Le Cardinal Joseph Zen Ze-kiun (Photo: Rock Li)

 

L’HISTOIRE DES DEUX ÉVÊQUES

par Gerard O’Connell

 

Il n’y a eu, au cours de ces dernières semaines, aucun contact significatif entre Pékin et le Vatican, mais plusieurs faits qui se sont produits en coulisses, concernant les relations entre la Chine continentale et l’Église catholique, méritent d’être signalés.

 

Pour commencer, il y a ce que l’on pourrait appeler "L’histoire des deux évêques": ces évêques sont celui de Nanchang et celui de Liaoning (Shenyang). L’un et l’autre sont reconnus par le Saint-Siège et par la Chine mais, au cours de la période août-septembre 2011, Pékin a récompensé l’un et puni l’autre.

 

Les autorités chinoises ont récompensé l’évêque Jean-Baptiste Li Suguang, 46 ans, de Nanchang, en lui permettant de prendre part à la rencontre internationale de prière pour la paix organisée par la Communauté de Sant'Egidio à Munich, en Allemagne, du 11 au 13 septembre.

 

Jean-Baptiste Li Suguang a été ordonné évêque du diocèse de Nanchang le 31 octobre 2010 avec l'approbation du Saint-Siège et celle des autorités chinoises. Après la cérémonie d'ordination – comme l’a fait remarquer le journaliste italien Gianni Valente dans l’interview qu’il lui a consacrée pour le mensuel "30 Jours" – le nouvel évêque a exprimé publiquement son intention de renforcer la réconciliation entre les communautés catholiques enregistrées auprès des autorités d’état et celles qui se tiennent à distance de la politique religieuse du gouvernement, communément qualifiées d’"Église clandestine".

 

Il semble qu’il ait été récompensé non pas en raison de ses efforts pour créer des ponts entre les deux communautés catholiques de Chine continentale, mais plutôt pour avoir participé, le 14 juillet, à l'ordination illégitime, en tant qu’évêque de Shantou, du père Joseph Huang Bingzhang qui n’avait pas reçu l’approbation du pape.

 

Cette cérémonie a été célébrée comme un défi ouvert lancé au Saint-Siège. L’évêque Li Suguang y a participé et il semble bien qu’il ait obtenu en récompense, pour avoir choisi d’obéir aux instructions de Pékin plutôt qu’à celles de Rome, l’autorisation de se rendre au meeting de Munich, même si c’était avec une escorte de fonctionnaires de Pékin.

Au contraire, un autre prélat chinois, Paul Pei Junmin, évêque de Liaoning (Shenyang), au nord-est de la Chine, lui aussi reconnu à la fois par Rome et par Pékin, a été puni pour avoir refusé de participer à cette même ordination illégitime à Shantou.

 

Cet évêque de 42 ans, appuyé par 80 prêtres, religieux et laïcs de son diocèse, a rejeté l’ordre explicite de présider cette cérémonie qu’il avait reçu de Pékin. En raison de ce refus, il a été "suspendu" de ses postes à responsabilité, au niveau national et provincial, au sein de la communauté que constitue l’Église catholique reconnue par l’état.

 

C’est ainsi que, au mois d’août dernier, il a d’abord été suspendu de son poste de vice-président de la conférence des évêques de l’Église catholique en Chine (un organisme créé par l’état et qui n’est pas reconnu par Rome). Il avait été élu à ce poste lors du congrès national des représentants catholiques qui avait eu lieu à Pékin au mois de décembre 2010.

À vrai dire, sa nomination à ce poste était survenue à la suite de sa participation à l'ordination illégitime du père Joseph Guo Jincai en tant qu’évêque de Chengde, qui avait eu lieu au mois de novembre 2010, sous la pression de Pékin et en dépit de l’opposition publique de Rome. Il s’agissait de la première ordination illégitime depuis la fin de 2006 et elle avait marqué le début d’un refroidissement dans les relations sino-vaticanes.

 

Ensuite, au mois de septembre dernier, l’évêque Pei Junmin a été, lui aussi, suspendu de ses postes de président de l'Association Catholique Patriotique, CCPA, et de président de la commission pour les affaires de l’Église de Liaoning. Il avait également été élu à ces deux postes.

 

Il est utile de rappeler que l’évêque Pei Junmin est, lui aussi, un ami de la Communauté de Sant'Egidio, qui entretient de bonnes relations avec les autorités chinoises, et qu’il avait obtenu la permission de se rendre à la précédente rencontre internationale de prière pour la paix, qui avait eu lieu à Barcelone au mois d’octobre 2010.

 

Ces deux événements – la récompense et la punition d’évêques – révèlent clairement comment Pékin traite les évêques de l’Église catholique en Chine. La coopération avec les autorités de l’état, en opposition ouverte avec ce que souhaite Rome, est génératrice de récompenses ; le refus de coopérer entraîne des punitions.

 

Au début de 2011, les autorités chinoises avaient également puni Joseph Li Liangui, l’évêque de Cangzhou (Xianxian), parce qu’il n’avait pas pris part au congrès national des représentants catholiques à Pékin, au mois de décembre 2010. On l’a puni en lui retirant son poste à la conférence consultative politique de la province du Hebei, comme l’a signalé "UCA News", la principale agence de presse catholique d'Asie.

 

Ce système de récompenses et de punitions appliqué aux évêques catholiques soulève une fois de plus toute la question de la liberté religieuse en Chine. En théorie, celle-ci est garantie par la constitution chinoise ; en pratique, elle est limitée par ce que les autorités décident qu’elle doit être.

 

Il est évident que tout accord futur entre le Saint-Siège et la Chine devra aborder la question très controversée de la nomination des évêques, mais également la question fondamentale de la liberté religieuse pour les évêques. Et, comme les exemples cités ici le montrent, les deux problèmes sont liés l’un à l’autre.


L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.

Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon


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