La fin de semaine a été marquée au Vatican par l’arrestation du majordome du Saint-Père, Paolo Gabriele. Cette arrestation fait suite à un début d’enquête, concernant la fuite et la publication de documents confidentiels du secrétariat personnel du Pape, ce que l’on nomme «l’affaire Vatileaks».
Après l’arrestation du laïc le plus proche du Saint-Père, les commentateurs italiens s’attendent à des suites. En effet, tous s’étonnent que cet homme pieux et dévoué à Benoît XVI puisse être à l’initiative d’une machination portant atteinte à la tête même de l’Eglise. Si des documents ont bien été trouvés au domicile du prévenu, la majorité des vaticanistes se demandent qui est dernière celui que l’on nomme familièrement «Paoletto». Qui a bien pu le convaincre de voler xes documents et même de les faire parvenir à des tiers, et pour quel motif?
Pour faire simple: A qui profite le crime? Et un corbeau peut en cacher un ou des autre(s).
L’enquête doit donc se poursuivre et il est évident que Benoît XVI ne laissera pas "cacher la poussière sous le tapis". On connaît son désir de transparence et de vérité, quelles que soient les personnes à l’origine de ces fuites scandaleuses, elles devront assumer leurs responsabilités.
Vous trouverez ci-dessous deux extraits. Le premier est du cardinal Barbarin et le deuxième vient d’une page du site Benoît et moi. Ainsi qu'un article de Vittorio Messori.
Pour celles et ceux qui lisent l'italien, l'espagnol ou l'anglais, on peu consulter le site VATICAN INSIDER.
Dom Romain
"Le successeur de Pierre est le rocher de l’unité, son ministère comporte bien des obstacles pour surmonter divisions et discordances, Benoît XVI déploie toute son énergie pour être artisan de paix et d’unité. Mais quand la trahison vient des proches, de ceux sur lesquels il devrait pouvoir compter pour accomplir sa mission, c’est un vrai scandale" (Cardinal Barbarin, dans JDD)
« Aujourd'hui, nous disons sur cette première page d'une douleur et d'un péché. Et peu de choses au monde doivent être manipulées avec autant de pudeur et tout autant de délicatesse.
La douleur est grave et profonde, parce que c'est celle de notre Pape et de tous ceux qui l'aiment. Le péché est grave, parce que cette fois encore - comme toujours, mais plus que les autres fois - il est un signe amer et sombre de division, de présomption, de dissimulation, ou au contraire, il souligne l'abandon à une logique maligne.
Nous savions depuis des mois que quelqu'un, parmi ceux qui par leur travail et leur service lui sont les plus proches, trahissait misérablement la confiance du Saint-Père.
Nous savions que quelqu'un fouillait dans sa correspondance, dans ses papiers. Nous savions que quelqu'un en était venu à donner à d'autres gens des documents du pape. Et nous savions que quelqu'un avait fait en sorte qu'ils soient publiés. Aujourd'hui, nous savons que quelqu'un a été trouvé en possession de documents confidentiels. Nous ne savons rien de plus, pas plus que nous ne savons quelque chose - peu importe ce qui, hier, a été condamné et écrit - de "corbeaux" et autres animaux de gros titres de journaux et de télévision.
Mais nous savons que la douleur du pape Benoît XVI est une douleur lente et longue, comme lente et longue est la douleur de toute trahison révélée. Pas l'unique douleur, ni la plus grande, que le Pape porte sur lui, lui qui chaque jour vit la Croix - et comme il sait nous le dire, et comme il nous le prouve - acceptée comme "lieu authentique" du Vicaire du Christ.
Et alors, et encore, nous lui sommes tous proches. Avec simplicité, dans la prière, avec la pauvre et tenace fidélité de notre affection de fils. » (cf. Benoît et moi)
La force tranquille de Benoît XVI, confondue avec de l'apathie
Un article de Vittorio Messori, dans Il Corriere della Sera du 28/5/2012.
C'est le réflexe conditionné de la profession. Compréhensible, peut-être naturel, mais qui semble parfois un peu abusif. Je parle du crible auquel les journaux soumettent les textes papaux pour y trouver quelque allusion à l'actualité de l'Eglise. À cet égard, j'ai lu attentivement le texte intégral de l'homélie prononcée par Benoît XVI hier à la Messe de la Pentecôte. On dit qu'il l'a écrite entièrement de sa main, contrairement à beaucoup d'autres choses où il se limite à réviser ce qui lui a été préparé selon ses instructions, orales ou écrites. Là, j'ai trouvé une page de haute spiritualité, un appel pressant non seulement aux fidèles, mais à l'humanité toute entière, à retrouver compréhension et communion, abandonnant tous les conflits, résolus jusque par la violence.
Même la comparaison entre la Pentecôte, signe d'union, et Babel, signe de désunion, est un classique de l'art de l'homélie. Dont avait également fait usage le maître incontesté du genre, le légendaire Bossuet, prédicateur à la cour du Roi Soleil.
Mais - et si je suis démenti, je ne m'en plaindrai pas - il ne m'a pas paru y trouver la moindre allusion à l'actuelle «chronique noire» ecclésiale. Et je dis <noire> intentionnellement, parce que je crois me souvenir que c'est l'une des rares fois depuis la fin du pouvoir temporel, qu'on parle de quelqu'un, et qui plus est un laïc, emprisonné par les «prêtres» dans une de leurs prisons. Ce ne sont pas les [salles] «Secrètes» du Palais du Saint-Office, où le cardinal Ratzinger a travaillé pendant un quart de siècle, mais, en somme, la chose a fait impression.
La cellule du valet de chambre, entre autres, nous rappelle un fait souvent oublié: le Vatican, malgré le maigre demi-kilomètre carré de superficie, est un Etat parmi les Etats, il siège à l'ONU, il a un drapeau, un blason, un hymne, et dispose d'un quotidien et d'une Gazette officielle, il a des ambassades, une police, des forces armées, des tribunaux, une radio, une station de chemin de fer. Il a également une banque centrale qui fait tellement jaser, et, justement, une prison.
Il est important, dis-je, de ne pas l'oublier, parce que (comme cela a été observé encore récemment), on continue à faire la confusion entre le Vatican et l'Eglise, mais les deux ne sont pas la même chose. Ainsi, par exemple, les affaires de l'IOR ou de l'Osservatore Romano, ou des ambassades dans le monde, les nonciatures, concernent l'Etat, et non pas l'Église. Même l'épisode dramatique de l'arrestation de ces jours-ci et la fuite de documents qui l'a précédée n'ont aucune signification religieuse, ils concernent la police et les magistrats du Vatican, donc l'Etat, et certes pas l'Église.
Mais, revenons-en à l'homélie de Benoît XVI hier. Probablement a-t-elle été écrite il y a un certain temps, mais, même si son écriture était très récente, il était très peu probable d'y trouver des allusion à la chronique. Aussi parce que, répétons-le, il ne s'agit pas d'événements qui se rapportent à l'enseignement du gardien de la foi et de la morale qu'est le successeur de Pierre.
L'occasion liturgique, ensuite, était celle de la Pentecôte qui, a rappelé le Pape lui-même, est comme le «baptême» de l'Eglise, née quelques jours plus tôt, c'est à dire après l'Ascension de Jésus au Ciel.
Le professeur Ratzinger était, et est un grand expert en théologie dogmatique, et a eu - et a - une excellente préparation en exégèse biblique, comme il l'a confirmé avec les deux volumes à ce jour sur le Jésus historique. Il n'est pas un spécialiste de l'histoire ecclésiastique, mais c'est aussi une discipline dans laquelle il se meut avec aisance.
Donc, il sait bien qu'est en grande partie abusif le mythe de l'Église primitive, composée entièrement de saints, un mythe également cultivé aujourd'hui par ceux qui contestent le Saint-Siège actuel, appelant à un retour aux origines. Le mythe vient de certains versets des Actes des Apôtres décrivant l'idyllique communauté primitive de Jérusalem, où tout le monde s'aime, et où tous mettent leurs biens en commun. Malheureusement, cela ne dura pas longtemps, parce que la communauté initiale, composée de Juifs, s'est immédiatement déchirée entre «hellénistes» et «judaïsants», sans exclure les coups. Tant et si bien qu'il y eut tout de suite un schisme, celui des judéo-chrétiens. Les lettres de Paul nous donnent un tableau inattendu, et assez décourageant: les Églises, souvent fondées par lui, donc à peine nées, non seulement étaient déjà divisées sur le plan doctrinal, mais souvent ne brillaient pas non plus par la moralité et l'Apôtre devait blâmer, exhorter, condamner les comportements de péché.
Faisant un saut temporel, n'oublions que dans de nombreuses villes d'Afrique du Nord, où le christianisme s'était très tôt implanté, ce furent souvent des chrétiens qui ouvrirent les portes aux musulmans, les acclamant à leur entrée. Plutôt eux, disaient-ils, que les Byzantins, qui faisaient la loi sur ces terres; et plutôt eux, encore, que les luttes continuelles, le plus souvent sanglante, et l'immoralité, des innombrables sectes et factions qui s'affrontaient au sein de l'Eglise. Qu'ils viennent donc, criaient les baptisés fatigués de ces violences, les disciples de Mahomet, pour mettre un peu ordre chez ces soi-disant disciples de l'Evangile, chargés au contraire de tous les péchés (1).
Pourquoi rappeler ces choses? Mais parce que la sérénité de Benoît XVI naît de la conscience que, depuis le début - justement à la Pentecôte - l'institution ecclésiale a rarement été à la hauteur de l'idéal. L'imperfection est la norme, partout où il y a des hommes.
Certains en sont arrivés au point de parler d'une sorte d'apathie devant les récents épisodes, graves, qui ne touchent pas, bien sûr, la théologie, mais qui blessent le dispositif institutionnel, avec le danger de scandale pour les fidèles et la perte de crédibilité de l'ensemble du catholicisme. Il y en a même un qui, prétendant parler en ami du Pape et pour le bien de l'Eglise (2), a déclaré qu'il espérait sa démission, qui le porterait à revenir, enfin, à sa véritable vocation: celle du savant, retiré dans un ermitage, avec seulement ses livres. Laissant à quelqu'un d'autre, plus actif et plus attentif à la vie concrète de l'Eglise, la gestion des choses. Mais ces amis (?) de Joseph Ratzinger, dont nous ne voulons pas douter de la bonne foi (??), ne réalisent-ils pas que de cette manière, ils font justement le jeu de ses adversaires, s'ils veulent vraiment l'inciter à repartir avec des événements comme le vol de documents privés.
Quant à l'apathie, ceux qui en parlent igorent que Benoît XVI n'aime pas le bruit, mais le travail patient, médité, respectueux des gens, et que ce qu'il a fait, et fait, échappe souvent aux médias, mais n'est pas insignifiant. Et il se dit que bientôt, on en aura une preuve qui surprendra ceux qui l'accusent d'éloignement des faits.
Le fait n'en demeure pas moins qu'un théologien comme lui est pleinement conscient que l'Église a été, est, et sera toujours, comme disent les Pères, «immaculata ex maculatis»; sans tache dans son mystère, qui est le Christ lui-même, et trop souvent sale dans sa coquille institutionnelle, composée d'hommes que les sacrements n'ont pas tous fait saints.
Le Pape sait bien que la personne de l'Église ne doit pas être confondue avec son personnel. Peiné, certes, et il l'a dit sans hésiter face à la pédérastie de trop de membres du clergé, et d'autres événements douloureux. Mais c'est une douleur qui ne diminue en aucune manière sa conviction que, quoi que fassent les hommes d'Eglise, aussi pécheurs que soient les hommes de l'institution, ils ne réussiront jamais à égratigner ce qui compte. C'est-à-dire la foi, dans l'Innocent par définition, qui justement le jour de la Pentecôte a commencé sa marche missionnaire dans le monde entier.
Ce qui importe, a-t-il dit un jour, c'est la perle, et pas la coquille disgracieuse.
* * *
(1) Ce point de vue avait été développé par Vittorio Messori dans sa chronique hebdomadaire de la Bussola (voir ici: benoit-et-moi.fr/2011-I), non sans soulever par la suite de vives critiques, notamment sur Il Foglio (benoit-et-moi.fr/2011-I).
(2) Giuliano Ferrara a en effet écrit un article extrêmement laudateur (en apparence) et extrêmement malveillant (en substance), dont voici la version en italien: www.difesa.it...). On peut juste se demander: puisqu'il revendique lui-même d'être athée, de quoi se mêle-t-il?
Lien vers l'article de Vittorio Messori
Mais on peut aussi regarder ce corbeau avec l'œil malicieux et le recul du Copiste...
L'abbé Philippe AYMON est prêtre du diocèse de Sion; il signe les posts de son blog: cathossurlatoile.
Suivez-le sur Twitter: @Abbe_Aymon
Dans son commentaire, le porte-parole du Saint-Siège a déploré que certains ...
[lire la suite...]Le cardinal Joachim Meisner a rendu visite à Benoît XVI le 18 ...
[lire la suite...]Lors de cette audience, si Angela Merkel s'entretiendra en privé pour la ...
[lire la suite...](...) "Le père Georg Gänswein promu et ...
[lire la suite...]Ha! Ha! Ha! Admirez, bonnes gens, la ménagerie du Vatican. Et ...
[lire la suite...]EXECUTION DE LA SENTENCE GABRIELE "La sentence ...
[lire la suite...]A la lumière de la sentence publiée le 23 octobre par le Tribunal de l'Etat ...
[lire la suite...]Dans un réquisitoire d'une quarantaine de minutes, le procureur avait requis ...
[lire la suite...]