22.10.2014 | Férie du Temps ordinaire | Ep 3,2-12 Is 12 Lc 12,39-48

Diocèse de Sion

25 février 2012 | 16h43

«Il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre»

Portrait de Mgr Brunner (Photo: Diocèse de Sion) Portrait de Mgr Brunner (Photo: Diocèse de Sion)

Message de l’évêque de Sion pour le premier dimanche de Carême 2012

 

«Aucun être vivant ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre.» (Gn 9, 11)

 

Chers frères et sœurs, lors de grandes catastrophes c’est sans doute à ces deux promesses de Dieu que l’on pense. Après les inondations de l’an 2000 en Valais, après le séisme dévastateur en Haïti il y a deux ans ou lors du tremblement de terre suivi du tsunami au Japon l’année dernière, qu’est-ce que les hommes ont bien pu en penser? Comment ceux qui souffrent aujourd’hui encore de ces terribles catastrophes naturelles qui continuent de se produire dans toutes les régions du monde peuvent-ils croire au «Plus jamais ça!» de Dieu? Même si, après chaque catastrophe, l’arc-en-ciel de la réconciliation réapparaît dans le ciel?

 

Et encore, les hommes n’ont pas seulement à subir des catastrophes naturelles. Ils souffrent aussi dans leur cœur. Les «catastrophes personnelles» peuvent fondre sur eux tout aussi brusquement qu’un tsunami. Ce peut être une maladie grave et incurable, un handicap sans espoir d’amélioration, la séparation douloureuse des parents provoquant de profondes blessures chez tous les membres de la famille ou encore le suicide d’un enfant choquant profondément ses parents et ses amis. Ces personnes, tout à leur souffrance et à leur désespoir, peuvent-elles croire en un Dieu bon? Même si elles font l’expérience de son amour à travers l’affection que leur montrent leurs proches justement en ces situations difficiles?

 

Dans la vie de chaque homme se trouvent des «blessures de l’âme». Ces blessures sont dues aux tentations que Satan nous inflige. (cf. Mc 1,13). Et nous devons avouer honnêtement qu’il réussit bien à nous faire succomber. Les générations précédentes appelaient ces blessures des «péchés». En se référant aux textes bibliques, ils ont placé les péchés des hommes en lien direct avec les catastrophes naturelles et le destin personnel et ils les considéraient comme des punitions de Dieu. La génération actuelle fait à peu près la même chose lorsqu’elle considère le réchauffement climatique et le dégel du permafrost comme étant les conséquences des «péchés contre l’environnement» de notre société moderne.

 

Nous connaissons nos faiblesses et nos péchés. Nous savons que notre nature humaine – et avec elle toute la création – est affaiblie par le péché originel. Faibles, nous succombons à la tentation du mal et cela nous conduit au péché personnel. En tant que croyants, nous vivons cependant avec l’espérance de l’amour et de la miséricorde de Dieu. Nous savons que Dieu va tenir sa promesse du «Plus jamais ça!», pour nous aussi. Sa promesse, il ne l’exprime pas seulement en paroles. Il a tenu son engagement pour aujourd’hui et pour l’éternité dans la souffrance, la mort sur la croix et la résurrection de son Fils.

 

«Le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu» nous dit l’apôtre Pierre (1 P 3,18) Durant les deux dernières semaines avant Pâques, durant le «Temps de la Passion», cette vérité nous est rappelée. Dieu s’est réconcilié avec le monde par son Fils. Par sa grâce, il a redonné sa beauté originelle à la création meurtrie. Dieu a fait le premier pas, le pas décisif pour venir à la rencontre des hommes. Notre réponse se trouve dans notre assentiment au message contenu dans l’évangile de ce jour: «Les temps sont accomplis: le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle.» (Mc 1,15)

 

«Convertissez-vous!» Cet appel nous est lancé sans cesse: au début de la messe, lors de la célébration pénitentielle, et dans le sacrement du pardon. Et maintenant, il nous est même donné un temps pour cela, un temps que nous appelons «Carême», un temps de conversion pour nous préparer à Pâques. Il a commencé le mercredi des Cendres. Ce temps est comme une marche dans le désert. Jésus a été poussé par l’Esprit dans le désert (cf. Mc 1,12). Ce même Esprit veut nous pousser nous aussi dans le «désert» du jeûne, de l’abstinence, de la pénitence, de la prière et des œuvres de charité.

 

Le passage de la troisième prière eucharistique est une réponse à cet appel: «[Seigneur Dieu notre Père,] que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrandes à ta gloire pour que nous obtenions un jour les biens du monde à venir […].» C’est un appel à nous laisser façonner par Dieu, un appel à la confiance, à l’abandon entre les mains de Dieu. N’avons-nous pas un peu tendance à regimber automatiquement contre un tel appel à l’abandon? Nous invoquons si volontiers notre liberté et notre «libre arbitre». Sachons cependant que la liberté n’est jamais absolue. La liberté dite «absolue» mène fatalement à l’esclavage. Le bienheureux Jean Paul II écrivait à ce sujet:

«Le mal en nous tentant veut défigurer la terre ainsi que nous les hommes; il veut que le travail nous asservisse et que les loisirs nous dépravent; il nous pousse à faire des sacrifices sans fin pour notre aspect extérieur alors qu’à l’intérieur nous nous étiolons, il nous pousse à décorer notre foyer alors que nous restons apatrides.» Pourtant, nous ne voulons pas être apatrides, nous voulons trouver un chez-nous, une patrie. Cette «patrie en Dieu», nous la trouvons à la fin du chemin de prière et de sacrifices, du chemin du jeûne et du renoncement. Il nous est possible d’avancer sur ce chemin dans la vraie liberté, celle qui n’est possible qu’en union avec Dieu.

 

Si nous nous «attachons» à Dieu (ce que le mot «religion» signifie justement), nous nous libérons de toutes les puissances terrestres qui nous détruisent. Nous vivons alors dans la vraie liberté, sans convoitise, sans cupidité, sans distraction. Nous vivons dans la vraie liberté sans dépendance, sans vouloir jouir de tous les plaisirs par peur de risquer de manquer de quelque chose. Cette vraie liberté nous pouvons la réapprendre durant ce temps de Carême. Et les paroles de notre Père du ciel qui ont soutenu Jésus dans le désert et qui nous sont rapportées dans les Saintes Ecritures nous aideront nous aussi.

 

Si, durant ce temps de préparation à Pâques, nous laissons l’Esprit Saint faire de nous «une éternelle offrande» à la gloire de Dieu, dans le Christ, nous avons par Jésus la certitude que nous obtiendrons «un jour les biens du monde à venir». Et nous faisons l’expérience que l’Esprit de Dieu dans ce monde est la puissance qui est plus forte que toutes les tentations. C’est un Esprit qui veut nous éduquer, nous aussi, et nous rendre capables de vraie liberté. Laissons-nous donc encore et encore pousser au désert par cet Esprit.

 

Il peut s’agir de déserts provoqués par des catastrophes naturelles ou par les aléas de notre vie personnelle, des déserts brûlant de toutes sortes de tentations du diable ou des déserts glacés de nos erreurs et de nos péchés. De ces déserts-là, il y en aura toujours. Mais dans les déserts, il y a aussi des oasis où nous entendons Dieu dire «Plus jamais ça!». Ce sont les oasis de la prière, de la pénitence et de la conversion. En elles, nous pouvons boire l’eau pure de la grâce qui sourd de l’abandon du Christ à son Père.

 

Chers frères et sœurs, soyez en persuadés, il vaut la peine de nous mettre à l’écoute du Christ qui nous dit: «Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle!» Accueillons cet appel et répondons-y! (Mc 1,15) Je vous y exhorte. Alors notre temps sera accompli parce que, pour nous aussi, le Royaume des cieux sera proche.
Amen.

 

Monseigneur Norbert Brunner

Evêque de Sion


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