Homélies du Père Jérôme Jean

14 septembre 2011 | 22h10

Dieu nous appelle tous et appelle à toutes les heures

25e dimanche A (Mt 20, 1 - 16)

 

Jésus disait cette parabole «Le Royaume de Dieu est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne».

Relevons d’abord que Jésus parle en parabole. La parabole, ce n’est pas une antenne pour mieux voir la TV, mais c’est un genre littéraire typique de Jésus. C’est une façon de dire les choses de telle manière que tous les détails ne sont pas porteurs de leçon. Et qu’au contraire de l’allégorie, il faut chercher la pointe du récit, car dans ce nœud se trouve la signification centrale. Le reste des détails ne sont là que pour permettre de donner du contraste, de la saveur, de forcer l’attention et d’aviver l’intérêt. Bref, en cette période électorale, on se gardera bien de faire de cette parabole un manifeste «néo-marxiste» pour expliquer le rapport toujours complexe entre le patron et ses ouvriers.

Plus sérieusement, St Jean Chrysostome a longuement médité l’Evangile de ce jour. Et il se pose une question initiale très intéressante: Pourquoi ne pas avoir appelé tous les ouvriers en même temps? Pourquoi avoir ainsi renouvelé l’appel en cinq vagues tout au long de la journée. N’aurait-il pas été plus simple de tous les embaucher en même temps? Et St Jean de répondre: le dessein de Dieu a certainement été de le appeler tous en même temps, à la première heure. Mais comme ils n’ont pas voulu venir dès qu’ils ont été appelés (à la première heure), alors le maître s’en tient à leur refus. Et alors, avec respect, le maître les appelle en particulier, chacun à l’heure qui lui convient le mieux, afin que tous se retrouvent au final dans sa vigne à œuvrer pour le bien. Entendez à travers cette explication la délicatesse de Dieu et sa patience. Dieu a pris le parti d’appeler que lorsqu’il a su qu’on lui répondrait: «oui, nous te suivrons». Ainsi de même, dans un autre passage de l’Evangile, Dieu a même appelé le bon larron alors que ce dernier était à quelques minutes de la fin de sa vie. Que c’est beau: Quand Dieu appelle, c’est le bon moment. C’est le moment où nous sommes capables de lui répondre «oui». Dieu, de son côté, fait tout pour nous inviter personnellement au bon moment. Son amour si délicat prend patience et s’ajuste à nos préoccupations pour nous interpeller à l’exact moment où nous sommes réellement en mesure de lui répondre favorablement. Cette parabole, dans un premier temps, nous fait voir que les hommes se donnent à Dieu à des âges très différents. Et que Dieu, dans sa grande délicatesse appelle chacun au moment qui lui convient le mieux.  

Sans un deuxième temps, il est question d’argent. D’une pièce d’argent. Ce qui correspond au salaire juste pour une journée de travail. «Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant: «Appelle les ouvriers, et distribue le salaire en commençant par les derniers pour finir par les premiers». Ici pour nous, commence l’invraisemblable. Ici la parabole va dégager la pointe du récit: le maître veut que les premiers soient témoins de ce qu’il va faire pour les derniers. Les premiers vont donc assister à la paye des derniers… et ils vont découvrir que la paye est la même pour tous. Une pièce d’argent pour chacun. Donc, pour Dieu, il n’y pas de privilégiés. Tous sont traités avec égalité. Car la seule mesure de Dieu est une mesure pleine, une mesure qui comble parfaitement celui qui la reçoit, seule rétribution donnée à tous le Royaume de Dieu et apportée sur la terre par Jésus. Pour le dire autrement, Dieu ne peut pas donner plus que ce qu’il donne. Dieu donne le maximum à chacun. Le problème n’est donc pas du côté de la générosité de Dieu, comme s'il manquait quelque chose aux ouvriers de la première heure. Par contre le problème se situe de notre côté car on peut estimer injuste la générosité de Dieu et alors tomber dans le péché de jalousie: on est triste du bonheur de l’ouvrier de la dernière heure. «Notre œil devient mauvais, parce que Dieu est bon».

Dans le fond, cet évangile rappelle une vérité essentielle de notre foi: «Pour tous ceux qui croient, il n’y a plus de différence: tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu…mais tous sont gratuitement justifiés par pure grâce… L’homme est justifié par la foi, indépendamment des œuvres de la Loi. Il n’y a donc pas lieu de s’enorgueillir. C’est exclu! (Rm 3, 22-31).  Nous sommes tous justifiés par Dieu. Un Dieu qui aime tous les hommes en particulier. Un Dieu dont la générosité n’est pas limitée par nos mérites. Un Dieu qui dépasse la justice des hommes pour donner infiniment plus à chacun que ce qu’il aurait dû avoir. Il y a donc vraiment de quoi se réjouir de la bonté du «Bon Dieu»!

Au final, nous pouvons dire que cette parabole renferme un enseignement d’ordre spirituel d’une très grande importance: Dieu nous appelle tous et appelle à toutes les heures. C’est fondamental! Entendez bien: La vraie question est celle de l’appel bien plus que de la récompense. Suis-je disposé, personnellement, maintenant  à entendre l’appel et à me mettre en mouvement?

Je finis par une note très fine que j’emprunte au prédicateur de la maison pontificale. Le père Cantalamessa écrit: «En donnant à tous la même paie, le patron montre ne pas tenir compte uniquement du mérite, mais aussi du besoin! Au contraire de nos sociétés capitalistes qui basent la récompense uniquement sur le mérite, l’ancienneté, la demande etc. Le bon Dieu se base quant à lui sur nos besoins. Sur les besoins réels de chaque personne en particulier. Peut-être que cette parabole se veut aussi une invitation à réfléchir sur le juste point d’équilibre entre un «salaire au mérite» et un «salaire selon le besoin réel»?

Merci Seigneur de parler par des images claires.
Merci Seigneur de t’ajuster à la réalité de chacun.
Ton amour est si délicat. Il prend patience.
Merci de nous appeler chacun au moment le plus opportun.

Merci surtout de vouloir nous donner à tous la seule mesure qui nous comble:
    le Royaume de Dieu que Jésus est venu apporter sur la terre.

Seigneur, tu es vraiment un «bon Dieu», parce que tu nous appelles tous et tu nous appelles à toutes les heures. Amen.

Père Jérôme Jean


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