Homélies du Père Jérôme Jean

10 mai 2011 | 22h17

Dimanche des vocations - 4e dimanche Pâques A (Jn 10, 1 -10) 2011

 

Aujourd’hui c’est le dimanche des vocations. Le dimanche du bon pasteur.

 

Entre 1952 et 1977, en 25 ans d’épiscopat, Mgr Nestor Adam ordonna 125 prêtres. Ce fut un sommet dans l’histoire du diocèse de Sion ! A l’époque actuelle, Mgr Norbert Brunner a consacré à peine plus de 20 prêtres en 15 ans d’épiscopat, alors que, pendant ce même temps, il en a enterré plus de 80. A ce rythme, on ne trouvera plus que 30 prêtres actifs dans 14 ans, en 2025. La situation est analogue pour LGF. Dans ce contexte, il paraît légitime de parler de crise des vocations en Suisse romande. Et de fait, de moins en moins de jeunes semblent se poser la question du sacerdoce ou de la vie religieuse. Que faire dans une telle situation ?

 

Comme le bon berger qui appelle ses brebis, nous pouvons peut-être nous aussi commencer par un cri : « Chrétiens, entendez le cri de nos clochers. Si nous n’avons pas de vocations, c’est que nous n’en voulons pas ou que nous ne sommes pas assez à en vouloir. Si nous en voulons, sommes-nous prêts à tout pour en avoir, jusqu’à nous donner nous-mêmes et nos enfants ? Il n’y a pas d’autres solutions. Il y va du salut du monde et du notre ». Ces paroles sont du dominicain Thierry-Dominique Humbrecht. Je pense que ce formateur a raison : les vocations ne viennent pas toutes seules. Il faut les désirer ardemment d’abord, et être prêt à tout pour les accueillir ensuite.

 

Mais comment faire pour avoir des vocations ? Le pape Benoît XVI le disait récemment : « la vie spirituelle est un pilier de la pastorale des vocations. Une vocation au sacerdoce n’est pas le fruit d’une stratégie humaine, mais elle est le fruit d’une intense vie spirituelle ». Cela est vrai pour un jeune qui perçoit confusément l’appel, mais vrai aussi et surtout pour nos communautés : si elles ne prient pas pour avoir des vocations, si le désir n’est pas réel et concret, si ce désir n’est pas enraciné dans la prière, Dieu pourra appeler tant qu’il voudra, personne ne l’entendra. C’est pour cela qu’il est si important de prier, au quotidien, « le maître de la moisson de donner des ouvriers pour sa moisson». C’est un devoir et individuel et communautaire ! Sans cette prière, il n’est possible ni d’entendre l’appel, ni d’y répondre.

 

Aujourd'hui, la plupart des vocations s'opèrent sur le mode d'un appel personnel, intérieur. Je crois que l'Église, et en particulier les prêtres, doivent faire un travail pour oser « appeler » beaucoup plus concrètement. Combien de jeunes qui grandissent sans même imaginer que le sacerdoce puisse être une alternative ? C’est un manque grave ! Une erreur de discernement. Mais dans tous les cas, le meilleur détonateur pour interpeller est encore le témoignage limpide et transparent de foi, d’espérance et de charité. J’en suis convaincu : les prêtres devraient témoigner davantage de leur joie d’être prêtre. Mais qu’est-ce qui fonde la joie du prêtre ?

La joie du prêtre c’est peut-être d’abord de constater simplement que Dieu n’a pas abandonné son Eglise. Le prêtre est l’homme qui continue la vie et l'action du Christ lui-même. Le prêtre est le signe et l’instrument de l’union à Dieu et de l’unité des hommes (LG 1). Il est signe de la présence réelle de Jésus parmi nous.

 

La joie du prêtre c’est aussi d’œuvrer à la nouvelle évangélisation. Dans un monde en proie au désespoir, il s’agit de proposer une espérance, « qui s'appuie sur les promesses de Dieu, sur la fidélité à sa Parole, et sur la certitude indestructible de la résurrection du Christ, de sa victoire définitive sur le péché et la mort » (PDV 25). Dans cette nouvelle évangélisation, le prêtre est celui qui doit annoncer par la Parole et témoigner par les actes cette espérance. Dieu est fidèle à sa Parole. Il ne nous abandonnera pas. Il a vaincu la mort et le péché.

 

La joie du prêtre est encore de croire que malgré ses limites personnelles, c’est toujours Dieu qui sauve. Le salut est acquis en Jésus-Christ. Le prêtre n’a pas à sauver le monde, mais à offrir les grâces, les cadeaux que Dieu veut nous faire. Et ces cadeaux, ces grâces, il les donne par les sacrements. La joie du prêtre est donc d’être ministre des sacrements, instrument qui donne la grâce pour le salut du monde.

 

Enfin la joie du prêtre est de croire que nous avons une très heureuse nouvelle à annoncer. Dans le roman Quo vadis, un païen demande à l’apôtre Pierre qui vient d’arriver à Rome : « Athènes nous a donné la sagesse, Rome la puissance ; qu’est-ce que nous offre votre religion ? Et Pierre répond : L’AMOUR ! Oui, avec Pierre je pense que l’Amour est la merveille de notre religion. En Jésus Christ, (et c’est là l’originalité de notre foi) l’Amour s’est incarné : dès lors, si nous voulons voir l’amour en acte, nous pouvons contempler Jésus. Il est la révélation de l’amour. Il est le visage de l’amour authentique. Désormais, aimer veut dire ressembler toujours plus à Jésus. Tout change ! Nous ne sommes pas sans repères, perdus dans la nuit. Car en contemplant le mystère de Jésus, nous contemplons réellement, efficacement ce qu’est l’Amour. C’est pour cela qu’il si important de catéchiser les enfants et les parents afin qu’ils puissent mieux connaître qui est Jésus. Le connaître d’abord, pour l’aimer ensuite et le servir enfin. Telle est la triade gagnante : connaître/aimer/servir.

Le moment fondamental de la révélation de ce qu’est l’amour, nous l’avons vécu il y a trois semaines, à Pâques. Jésus y a fait le don de lui-même pour nous révéler le sens de l’Amour, pour nous dire qui est Dieu ! Le don de soi... le don gratuit... le don libre... le don jusqu’à sa VIE… Voilà l’achèvement, le parachèvement, la perfection de l’Amour !

 

Nous retrouvons cette idée fondamentale dans l’acclamation de l’Evangile de ce jour : « Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles, il a donné sa vie. » (Jn 10, 14-15).

 

Seigneur, c’est vrai, la moisson est abondante et c’est vrai aussi que les ouvriers sont peu nombreux.
Alors nous prions le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson.

 

Seigneur, nous voulons vraiment des vocations,
nous sommes prêts à tout pour en avoir.
Jusqu’à nous donner nous-mêmes et nos enfants.

 

SEIGNEUR, COMME EN DÉFINITIVE C’EST L’AMOUR QUI RÉVÈLE LA VOCATION, aides- nous à nous aimer de l’amour même avec lequel Tu nous aimes. Ainsi, les vocations
présentes au milieu de nous pourront se reconnaître, se lever et témoigner.
Seigneur, chacun de nous est invité à porter à sa mesure l’avenir des vocations. Nous avons tous la charge d’y participer, comme autant de Simon de Cyrène aidant Jésus sur son difficile chemin de croix.

Seigneur, nous ne voulons pas nous décourager, car dans le cœur de chacun résonne le “suis-moi” de Jésus aux disciples. Et ces simples mots ont à jamais changé le sens de leur vie. Ce qui fut vrai pour eux l’est aussi pour nous ! Amen.

Père Jérôme Jean.


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