10 dimanche Ordinaire B (Mc3, 20 -35)
«C’est par le prince des démons qu’il expulse les démons».
«ll est possédé de Belzébul».
Frères et sœurs, le serpent est en train de se mordre la queue. Ces affirmations de scribes et de pharisiens sont terribles. Jésus est pour eux un homme dangereux car il représente la nouveauté. Il parle avec un enseignement nouveau, étonnant et perturbant l’ordre des choses. Il a, de plus, autorité sur les démons et guérit des malades. Il lui suffit même de poser les yeux sur un visage pour lire les troubles du cœur. Le génie du mal inverse les perspectives, il appelle ténèbres ce qui est lumière et inversement.
Oui, ici, Jésus se trouve face à des hommes malveillants, des amis du mal. Des scribes et des pharisiens venus auprès de lui pour espionner et piéger le Nazaréen perturbateur, pour le dévaloriser dans l'opinion publique et «l'empêcher de nuire». Ainsi, est-ce une attaque des plus sournoises, produit d'une totale mauvaise foi allant jusqu'au blasphème, qui va être portée contre Jésus. On lui reproche d’agir par des pouvoirs occultes. A coup sûr, est-ce l'esprit du mal, le père du mensonge, l'ennemi de la vérité, qui le conseille et lui donne pouvoir d'expulser les démons. Ce jeune prophète, qui va jusqu'à remettre en cause enseignements et pratiques traditionnelles «est possédé par Belzébul».
Ici il est bon de s’arrêter un instant sur ces esprits mauvais. Pour beaucoup depuis les années 70, le mot « démon » ne fait référence plus qu’à des films ou des jeux vidéos à grand succès commercial. Ainsi, parler du démon, du diable, de Satan, de Belzébul, tout cela semble relever pour beaucoup d’une mentalité magique et démodée. Comme de vieilles superstitions. L’homme moderne semble au-dessus de tout cela. Et pourtant… si on réalisait le nombre de personnes qui tissent des liens occultes avec des démons…
Paul VI a réaffirmé avec force la doctrine biblique et traditionnelle concernant cet « agent obscur et ennemi qu’est le démon ». Il écrit entre autre : « Le mal n’est plus seulement une déficience (contre Augustin), il est efficace, c’est un être vivant, spirituel, perverti et pervertisseur. Une terrible réalité. Mystérieuse et terrifiante ».
Le Mal, ce n’est pas qu’une absence de Bien, mais aussi une présence… efficace.
Il est vrai que par le passé on a souvent exagéré en parlant du diable, on le voyait là où il n’était pas, on l’imaginait partout, beaucoup de torts et d’injustices ont été commis, sous prétexte de le combattre. Il est donc nécessaire de faire preuve de beaucoup de discernement et de prudence. Voir le démon partout est tout aussi trompeur que de ne le voir nulle part!
Dans notre évangile, la pointe de l’attaque contre Jésus est un blasphème contre l’Esprit-Saint. Le péché contre l'Esprit Saint n'est pas « un acte », comme un meurtre horrible, un génocide ou un vilain mensonge. Mais plus profond, c'est une mentalité, un aveuglement, un déni d’actes dont nous sommes seuls responsables, une opposition frontale à l'action salvatrice de Dieu. C’est refuser Dieu tel qu’il se donne. Refuser tout spécialement son pardon. Ici il faut le dire avec clarté, Dieu ne condamne personne. Dieu pardonne tous les péchés, à tout le monde, mais il ne pardonne pas à celui qui refuse de reconnaître son péché. Pour le dire autrement, le péché qui n’est pas confessé, n’est pas pardonné. Pour le dire encore autrement, il faut se reconnaître pécheur pour recevoir le pardon. Celui qui se tient dans le déni, celui-là n’est pas pardonné.
Nous voici donc renvoyés aux premiers chapitres de la Genèse : Aujourd'hui encore, l'être humain, même croyant, reste tenté de « voler à Dieu la connaissance du bien et du mal », c'est-à-dire refuser de se référer à plus grand que lui pour juger des choses et des personnes. Dès lors, consciemment ou non, il n'adore d'autre dieu que son moi et son égoïsme jusqu'à en devenir ridicule et même bête et méchant.
Oui, voilà ce qu’est le péché contre l’Esprit-Saint: croire avoir toujours raison contre le monde entier, penser à soi et à son plaisir jusqu’au mépris de l’autre, refuser de se reconnaître pécheur et se couper du pardon de Dieu.
Un mot encore pour dire ce que le péché contre l’Esprit n’est pas: il n’est pas un péché sexuel. Il ne faut pas tout ramener à la luxure. Le « péché-type » n’est pas celui de la femme séductrice de l'homme. La propension au péché (que la tradition théologique appelle la concupiscence) ne doit pas être limitée à la convoitise sexuelle, car c'est plus généralement la tendance à chercher ses seuls intérêts ou sa pleine satisfaction. Et cela toujours au détriment de la juste ordonnance de sa vie dans son rapport à Dieu, au monde et aux autres.
Seigneur, aide-moi à me reconnaître pécheur.
Aide-moi à accueillir ton pardon.
Et à ne jamais blasphémer contre l’Esprit-Saint.
Seigneur, tu t’es abaissé pour que l’homme soit élevé.
Que je découvre mon néant pour accueillir ta miséricorde et avancer sur le chemin de l’humilité.
Amen
Père Jérôme Jean
Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée).
Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.
Voilà, au plaisir de continuer à vous rédiger mes homélies.
Que Dieu vous bénisse!
Abbé Jérôme Jean Hauswirth
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Hola!
La phrase suivante, extraite du commentaire ci-dessus, n'est pas correcte: "Dieu pardonne tous les péchés, à tout le monde, mais il ne pardonne pas à celui qui refuse de reconnaître son péché." Il fallait écrire: "Dieu pardonne tous les péchés, à tout le monde, mais il ne peut évidemment pas pardonner à qui refuse le pardon." C'est plus qu'une nuance. L'aveu du péché peut faire obstacle à la réception du pardon, comme le montre l'histoire de l'enfant prodigue. L'aveu du péché peut être centré sur soi et non sur l'amour divin. Judas a davantage reconnu en acte son péché... en allant se pendre. Pierre s'est contenté de pleurer, sans reconnaître clairement son péché, mais il a lu le pardon dans le regard du Christ. Le pardon est incondtionnel. L'aveu ne le précède pas, mais le suit souvent, comme ce fut le cas pour Zachée. Si la reconnaissance de notre péché est une condition pour obtenir le pardon, alors le pardon divin est notre oeubre, pas la Sienne. Le pardon divin est la réalité la plus originelle qui soit, elle précède tous les péchés et même la création du monde, voir Ephésiens 1,3-14. Père Jérôme Jean, ce n'est pas là un point de détail, mais une chose fondamentale. C'est la gratuité de l'amour divin qui est ici en cause. C'est pourquoi je me permets de vous adresser ce commentaire, en vous priant de bien vouloir rectifier une expression qui sans doute vous a échappé. Ce qui est pardonnable, et d'avance pardonné.Réponse à Théopasassezjoyeux
Cher Théotriste,Le pardon de Dieu est toujours offert, il est infini, il précède toujours notre contrition. Du côté de Dieu, tout est fait. Du notre, tout est à faire. Dieu pardonne tous les péchés, à tout le monde. Mais il peut exister des hommes qui se ferment résolument à ce pardon. C'est le péché contre l'esprit. Dieu a beau pardonner, certains refusent ce pardon : ce doit être l'enfer. Refuser le pardon de Dieu, très concrètement, c'est refuser de se reconnaître pécheur. C'est refuser d'avoir fait du mal. C'est pour cela que nous commençons chaque eucharistie en nous reconnaissant "pécheurs". Cette disposition fondamentale nous fait entrer dans l'Alliance avec un Dieu qui se donne et qui pardonne. Sans cette disposition essentielle, on reste comme au dehors.
Le catéchisme le dit avec clarté : " Le mouvement de retour à Dieu, appelé conversion et repentir, implique une douleur et une aversion vis-à-vis des péchés commis, et le propos ferme de ne plus pécher à l’avenir. La conversion touche donc le passé et l’avenir ; elle se nourrit de l’espérance en la miséricorde divine" (CEC1490)
Et aussi : "La confession individuelle et intégrale des péchés graves suivie de l’absolution demeure le seul moyen ordinaire pour la réconciliation avec Dieu et avec l’Église." (CEC 1497)
Père Jérôme Jean.
À la (presque) bonne heure
Père Jérôme Jean, pour l'essentiel, vous corrigez vos propos de façon heureuse, merci. Sans vouloir pinailler, il vous reste à bien distinguer vos deux propositions suivantes: 1) "Du côté de Dieu, tout est fait"; 2) "Du nôtre, tout est à faire". Il ne saurait évidemment s'agir d'une sorte d'accord moitié-moité entre Dieu et nous. Du côté de Dieu, tout est fait, cela signifie que le pardon est accordé totalement et sans condition. De notre côté, tout n'est donc plus à FAIRE, mais il ne nous reste qu'à ACCUEILLIR avec reconnaissance et bouleversement ce qui est déjà fait par Dieu. Je vous dirais même, ô merveille, que notre refus même de l'amour et du pardon est enveloppé de l'amour de Dieu plus grand. C'est facile à voir. Sur la croix, Jésus pardonne à ses bourreaux (qui ne reconnaissent pas leur péché) et à tous les hommes (qui ne savent pas ce qu'ils font). Cher Père Jérôme Jean, ne mettons AUCUNE limite au pardon de Dieu. Son amour fera le reste.Je me permets une autre remarque, pastorale. Si nous mettons indûment l'accent sur la nécessité de l'aveu des fautes, en théologie, nous risquons fort d'exiger de nos frères et soeurs l'aveu de leurs fautes, plutôt que de leur offrir la grâce d'un pardon gratuit, qui précède leur éventuel aveu...