3ème dimanche de Carême (Jn 2, 13 - 22)
La version ultime par El Greco, de sa composition le Christ chassant les marchands du Temple.
Jésus, un fouet à la main, les chasse tous hors du temple, hommes et bêtes. Il renverse les comptoirs et jette par terre la monnaie. Voilà une image saisissante, le gentil Jésus en colère! Jésus n’est pas seulement rose bonbon (comme une certaine idéologie veut nous le faire croire); il peut aussi être rouge de colère.
Qu’est-elle au juste, cette colère? La colère est une passion, un mouvement du dedans, une force qui pousse à combattre une situation jugée mauvaise, injuste ou intolérable. La personne en colère a la force de ne pas se laisser aller à la tristesse ou à l’abattement. Au contraire, elle fait front par la parole et par le geste. Nous l’avons tous expérimentée, cette colère; on la sent monter comme la lave dans le volcan. Et tout à coup, on le sent bien… ça va …exploser.
Faisons attention, car l'on ne choisit pas d’être en colère. Il s'agit d'un mouvement spontané, naturel, un mouvement du dedans, une réaction involontaire face à ce qui est perçu comme une injustice. La colère vient de l’injustice et elle engendre la vengeance. En prenant une image familiale, on pourrait dire que la colère est un peu comme l’enfant de l’injustice et la mère de la vengeance!
En soi, et cela importe, la colère n’est ni bonne ni mauvaise. St Augustin disait qu’elle est un désir, désir de vengeance pour rétablir la justice. Mais alors comment distinguer la sainte colère de la mauvaise colère, qui elle, est un péché capital, l’un des sept.
La colère est mauvaise quand elle désigne un emportement que rien ne justifie, qui se déchaîne à toute occasion et que le sujet s’avère incapable de maîtriser. En somme, la mauvaise colère est celle qui nous domine et nous pousse au mal: à dire du mal, faire du mal ou souhaiter du mal, tout cela parce que l’on se pense, à juste titre, victime d’une injustice. Moralement, être victime d’une injustice ne procure pas un droit de faire le mal. Au contraire, nous sommes appelés à ne pas rendre le mal pour le mal. Nous sommes même appelés à rendre le bien pour le mal!
La colère est dite «sainte» quand son objet est juste, l’intention droite et, surtout, quand la réaction est proportionnée. La colère devient bonne une fois placée au service d’une juste cause, quand elle reste contrôlée par le sujet.
Il en va ainsi de Jésus dans l’évangile de ce jour. Il est le modèle de la sainte colère. Son intention est droite, sa réaction est proportionnée, sa colère toujours sous contrôle se met au service d’une cause juste. Voilà la parfaite illustration d’une sainte colère.
Au fait, pourquoi Jésus est-il en colère? Parce que le temple de pierre et de brique, ce temple construit et reconstruit, fierté et orgueil des juifs, ce temple n’a plus à être le lieu du sacrifice, le lieu où réside Dieu, le lieu où il est invoqué et adoré.
Vous entendez bien le motif: Jésus est en colère parce que Dieu n’est pas honoré au bon endroit!
Ce que Jésus dit est une nouveauté inouïe.
Il affirme que le véritable Sanctuaire n’est plus le temple.
Il affirme que le véritable sanctuaire n’est autre que son Corps.
Cela signifie que la présence divine ne repose plus sur un édifice, mais sur sa Personne.
Cela signifie que Jésus est à la fois:
- le Sanctuaire de la rencontre entre Dieu et les hommes,
- l’Autel vivant d’où s’élève l’encens de l’adoration véritable,
- et l’unique Sacrifice de réconciliation qui soit digne du Très-Haut.
En définitive, Jésus prend à son compte, sur sa personne, le rôle joué par le temple pour le croyant. Jésus est le temple de l’alliance, au sens propre! Ce n’est pas une image!!! (Je vous laisse imaginer ce que cette façon de penser a de choquant pour un juif).
De même, nous aussi, de part notre baptême, nous sommes pierre de ce temple. Nous prenons part à cet édifice dont Jésus forme la pierre angulaire. Nous ne sommes pas extérieurs, du dehors, mais du dedans, de l’intérieur.
Seigneur, c’est bien vrai: la colère fait partie de chacune de nos vies.
Apprends-nous à ne pas être dominé par nos colères.
Seigneur si nous sommes des pierres de l’édifice que tu veux construire,
aide-nous à être des pierres vivantes, des pierres purifiées, des pierres retournées, toutes orientées et ordonnées à ton service et à ta gloire.
Amen.
Père Jérôme Jean
Le père Jérôme Jean (c’est son vrai prénom) habite en Valais, dans la commune de Collombey-Muraz. Il est curé «in solidum» des paroisses de Choëx-Monthey-Collombey et Muraz. Il est un partisan engagé d’une messe dominicale cordiale (apéro systématique au sortir de la messe), familiale (catéchèse par degrés d’âge lors de toutes les messes) et belle (apport instrumental, liturgie classique et soignée).
Ignatien quant à sa direction spirituelle, thomasien quant à sa formation intellectuelle, de spiritualité du Carmel quant à son âme, le Père Jérôme essaye de tirer le meilleur de ce qu’il trouve de bon.
Voilà, au plaisir de continuer à vous rédiger mes homélies.
Que Dieu vous bénisse!
Abbé Jérôme Jean Hauswirth
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