Homélies du Père Jérôme Jean

09 décembre 2011 | 12h06

Jean le Baptiste

3e dimanche Avent B (Jn 1, 16 -8. 19 -28)

 

«Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui».

 

Cela faisait bien longtemps que le peuple juif n’avait pas eu de prophètes. Cela faisait même très longtemps que le peuple se trouvait dans l’incapacité de faire son unité politique. Ballotté par les grandes puissances de l’époque, le peuple juif avait fini par se mettre sous la coupe des romains.

 

Cette situation était évidemment difficile à vivre. Le peuple attendait un messager semblable à Elie, qui serait le précurseur du Messie, un très grand prophète, un peu comme le Grand Moïse, afin de renouveler l’alliance avec Dieu et ainsi restaurer la gloire et la grandeur passée d’Israël.

 

Et voici qu’une voix crie dans le désert. Voici que l’espoir renaît…Il s’agit de Jean le Baptiste, le témoin. Celui qui vient rendre témoignage à la lumière. Il est un "envoyé". Il vient rayonner de la part d’un autre… Il n’est pas cette autre. Il en est juste le témoin.

 

Le témoin, c’est d’abord celui qui renvoie, celui qui transmet quelque chose qui n’est pas de lui. Ainsi, Jean transmet un message qui n’est pas de lui. Jean n’a rien inventé. Heureusement d’ailleurs! Il prolonge ce qu’il a reçu d’un autre. Un peu comme la lune reflète la lumière du soleil, Jean se veut reflet de Celui qui est la Lumière qui a façonné le monde, Lumière à l’origine de tout ce qui est et qui donne sens à tout ce qui se fait. Jean est comme la lune qui réfléchit la lumière du soleil de Dieu. Ainsi, en baptisant l’homme dans l’eau pour le purifier de tout ce qui l’enchaîne, Jean préfigure par l’eau le baptême dans le feu de l’Esprit qu’accomplira parfaitement le Christ.

 

Mais le témoin n’est pas seulement celui qui réfléchit la lumière venue d’un autre. Il est aussi celui qui s’efface devant cette lumière, car «il n’est pas digne de délier la courroie de sa sandale». Ainsi en est-il de la lune qui s’efface quand le soleil se lève à l’horizon. De même le témoin Jean Baptiste ne veut pas semer la confusion. Il ne veut pas qu’on le confonde avec celui qu’il annonce. Il veut attester de Celui qui vient après lui. Il veut préparer la route pour celui qui va venir. Alors il dira clairement: «Je ne suis pas le messie». Car le précurseur n’existe que par rapport à sa référence à l’Autre, ainsi la lune n’éclaire que parce que le soleil l’illumine!

 

Et que nous dit le baptiste? Il dit: «Je ne suis pas le Christ, je ne suis pas Elie, je ne suis pas le grand prophète». Il dit: «je suis la voix qui crie dans le désert». C’est magnifique de comprendre Jean comme la voix. Vous le savez tous, on dit de Jésus qu’il est le Verbe, i.e. la Parole du Père. Il est la Parole de Dieu. Et vous le savez également, quand on parle, les cordes vocales vibrent avant que le son de la voix soit entendu. Eh bien, de même Jean est la voix qui précède la Parole. Il est la corde vocale qui vibre avant que la voix de Jésus se fasse entendre. Il est vraiment la voix qui raisonne avant que la Parole soit entendue.

 

Cette voix dit: «Au milieu de vous, il y a quelqu’un que vous ne connaissez pas». Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. Cette parole annonce un grand mystère: Le Christ, Messie, inconnu parmi les hommes! Un messie, le messie mais pas comme on pourrait s’y attendre. Ainsi, ne le connaît-on pas, parce qu’il ne s’est pas encore révélé. Pour l’instant, au tout début de l’évangile, on ne sait rien de plus. Le Messie est présent, mais encore caché. Il faudra du temps, le temps de tout l’évangile pour que nous puissions le connaître, le découvrir tel qu’il a voulu se révéler.

 

Et si la joie de Noël qui s’annonce était celle de la rencontre de deux enfants? L’enfant divin venu épouser notre condition humaine, et l’enfant que nous devons consentir à redevenir en acceptant de naître à nouveau, par la foi? Renaître par la foi pour se faire le contemporain de celui qui se fait nouveau-né pour nous rejoindre dans notre humanité. D’un côté Dieu se fait homme pour nous rejoindre, de l’autre l’homme pose des actes de foi pour être divinisé. Que c’est beau!

 

Seigneur, que tu es bon !
Tu viens jusqu’à nous. Tu t’abaisses.
Indiquant ainsi le mouvement de l’amour authentique.

 

Tu nous rejoins avec douceur, délicatement:
D’abord la douce lumière de la lune,
puis la voix qui annonce la Parole,
puis ta Parole qui éclaire tout homme
et qui invite chacun à poser des actes de foi
pour faire alliance avec Celui qui s’est fait homme
pour que l’homme soit divinisé. Amen.

 

Père Jérôme Jean


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