Homélies du Père Jérôme Jean

13 janvier 2012 | 00h28

L’Agneau de Dieu, la souffrance et l’innocence

2e dimanche Ordinaire B (Jn 1, 35 - 42)

 

«Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde»

 

Nous sommes familiers de cette formule. On l’entend à chaque messe. C’est à coup sûr parce qu’elle est essentielle que nous la disons si souvent. Elle est belle et dense cette formule: «Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde».

 

Mais dans le fond, qu’est-ce que c’est que cet agneau de Dieu?

 

Chronologiquement, l’agneau est d’abord l’agneau pascal. Agneau de Pâques. Agneau égorgé la nuit de la sortie d’Egypte. Souvenir essentiel de la libération de l’esclavage en Egypte. Signe du passage de Dieu parmi le peuple élu pour le libérer. Jésus agneau de Dieu, c’est donc d’abord Dieu qui passe pour libérer son peuple et le réconcilier avec Dieu.

 

Dans un deuxième temps, l’agneau est aussi ce qui est donné par Dieu en substitution du sacrifice que l’homme n’a plus à faire. En ce sens, vous vous rappelez le sacrifice d’Abraham est la question innocente d’Isaac: «Où est donc l’agneau pour l’holocauste?». Et Abraham de répondre: «C’est Dieu qui pourvoira à l’agneau pour l’holocauste mon fils». Jésus vient donc accomplir la promesse: par sa disponibilité et sa confiance, Jésus va réaliser pleinement le véritable sacrifice donnant sa personne toute entière: corps et âme au service de la vie de ses frères. Il fera le don de sa vie comme sacrifice d’amour pour nous sauver.

 

Enfin, et cela est capital, l’agneau est, selon Isaïe, symbole de l'être innocent, celui qui ne peut pas faire de mal, celui qui seulement en reçoit. C’est un animal étonnant, il ne sait pas crier (contrairement au cochon…). Il ne peut ainsi ni se défendre, ni signaler le danger. Au mal qu’il subit, il répond de façon originale… par le silence! …et là se situe la pointe!

 

C’est en ce sens que la première épître de saint Pierre appelle Jésus«l'agneau sans tache» qui, «insulté, ne rendait pas l'insulte, souffrant ne menaçait pas». Ou encore Isaïe: décrivant le serviteur souffrant qui portait les péchés de beaucoup et qui n’ouvrait pas la bouche, comme un agneau conduit à l’abattoir, comme devant les tondeurs une brebis muette.

 

«Brutalisé, il s’humilie; il n’ouvre pas la bouche, comme un agneau traîné à l’abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent: elle est muette; lui n’ouvre pas la bouche (Is 53, 7).

 

Ainsi Jésus est comme l’agneau, parce qu'il est l'Innocent qui souffre et qui garde volontairement le silence. Innocence et silence sont les deux points communs entre l’agneau et Jésus. C’est essentiel.

 

Sans pouvoir le développer, un aparté sur le silence de Dieu: «Quand Dieu parle, il est créateur mais quand Dieu se tait: il est sauveur!» Le silence de Dieu est comme l’espace de notre rédemption. Et voilà que tout cela nous interroge sur une question fondamentale: Pourquoi la souffrance de l’agneau? La souffrance du juste, de l’innocent? Quel est le sens de la souffrance de l’innocent? Quel est le sens de la souffrance du juste?

 

Soyons clair: la foi n'est pas en mesure «d'expliquer» la souffrance… et la raison l'est encore moins. La souffrance des innocents et des justes est une réalité au-delà de nos «explications». Face à la douleur de la veuve de Naïm ou des sœurs de Lazare, Jésus, qui avait sûrement bien plus d'explications à donner que nous, ne sut rien faire de mieux que laisser l'émotion l'envahir et pleurer. Pour nous chrétien, la réponse à la question de la souffrance est contenue dans un nom: Jésus Christ! Pour comprendre le sens de la souffrance de l’innocent, le chrétien contemple la vie de Jésus. JESUS N'EST PAS VENU NOUS DONNER DES EXPLICATIONS SAVANTES SUR LA SOUFFRANCE, MAIS IL EST VENU EN SILENCE LA PRENDRE SUR LUI! C’est là la clef de voûte: le silence de la personne de Jésus est la réponse! Jésus n’est pas venu expliquer la souffrance, mais la remplir. Il lui donne un sens nouveau.

 

Par son silence, en la prenant sur lui parce qu’il est innocent, il l'a transformée de l'intérieur. D'un signe de malédiction, la souffrance est devenue un instrument de rédemption. Entendez comme la souffrance est transformée! Jésus en fait le moyen de s’unir parfaitement au Père et ainsi d’accomplir pleinement sa volonté.

Ainsi, et cela est tout à fait étonnant, il y a de la grandeur dans la souffrance! Dans le fond, la véritable grandeur d'une personne humaine se mesure dans le fait de prendre sur soi le moins possible de fautes (c’est évident) et le plus possible de peines du péché lui-même (cela dépasse l’intelligence). Pour le dire autrement, la mesure de la grandeur, c’est faire le moins de mal que possible, et d’accepter de porter le poids de la peine du mal commis (ce qui ne se peut que dans la foi).

Entendez comme innocence et souffrance sont unies dans la personne: La vraie grandeur n'est pas tant dans l'une ou l'autre prise séparément, mais dans la présence des deux éléments dans la même personne (en Jésus, c’est sommital).

Mais Jésus n'a pas seulement donné un sens à la souffrance innocente, il lui a également conféré un pouvoir nouveau, une fécondité mystérieuse. Regardons ce qui a jailli de la souffrance du Christ: la Résurrection et l'espérance pour tout le genre humain. Mais regardons aussi ce qui se passe autour de nous: Combien d'énergie et d'héroïsme suscite souvent l'acceptation de la souffrance. Comme quand un couple accueille un enfant handicapé, combien de solidarité inattendue autour d'eux! Quelle capacité d'amour insoupçonnée auparavant! Tout cela par une cause étonnante, qui paraissait stérile initialement: la souffrance.

Cependant, lorsqu'on parle de souffrance innocente, le plus important n'est pas de l'expliquer mais de faire en sorte qu'elle n'augmente pas à cause de nos actes et de nos omissions. Mais il ne suffit pas non plus de faire en sorte que la souffrance innocente n'augmente pas; il faut encore chercher à la soulager!

Devant le spectacle d'une petite fille transie de froid et tenaillée par la faim, qui pleurait, un homme cria un jour, dans son cœur, à Dieu: «O Dieu, où es-tu? Pourquoi ne fais-tu rien pour cette enfant innocente?» Et Dieu lui répondit: «Mais j'ai fait quelque chose pour elle: je t'ai fait toi!»
Seigneur Jésus, tu es l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.
Tu es l’innocent, le juste qui porte volontairement le poids de la peine des coupables.
Par ton silence, tu nous sauves de la justice en donnant le pardon.

Je le crois dans la foi: innocence et souffrance sont liées
depuis que Jésus le juste a souffert pour nous sauver de la mort et du péché.

Seigneur tu nous a crée par amour et pour aimer.
Que notre vie soit un service pour les autres,
particulièrement ceux qui sont souffrants.
Amen.

Père Jérôme Jean


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