Le souffle et l’eau
8e dimanche de Pâques A (Jn 20, 19 -23) Comme le Père m’a...
« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements ».
« Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime »
Ces paroles de Jésus débutent et achèvent l’Evangile de ce jour. Elles sont le cadre qui englobe le cœur du récit. Hors de ce cadre, ce qui sera dit de central est inaudible. On ne peut entendre le cœur du propos sans avoir cerné dans quelle bordure il se situe. Et voici que dans ce cadre, Jésus unit de façon radicale l’amour qui lui est porté et la fidélité aux commandements. Cette union paraît étrange de prime abord. Qu’est-ce que cela veut dire ? En clair, on ne peut pas dire « aimer Jésus » sans « faire ce qu’il commande ». C’est à la fidélité aux commandements que l’on authentifie la véracité de l’amour. L’amour est vrai quand il est fidèle à la Parole, quand il est éprouvé, vérifié par des actes concrets. Dire à Jésus : « je t’aime », c’est bien, mais cela ne suffit pas. Il faut encore que la Parole prenne chair en nous, qu’elle soit vécue pour être vrai. Nous ne sommes pas ce que nous disons de nous-mêmes, mais nous sommes ce que nous faisons. C’est l’agir qui fait l’être. Dire à Jésus "je t’aime" ne veut presque rien dire. Ce n’est qu’un point de départ. Etre fidèle à ses commandements, voilà qui a du poids. La parole doit être mise en acte pour avoir de la valeur.
Et que sont ces commandements? Dans la Loi juive, il y avait 613 commandements (365 interdits et 248 préceptes). Jésus les a synthétisés ainsi : Je vous donne un commandement nouveau : « c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres. » (Jn 13, 34).
Ce commandement de Jésus, avant d’être nouveau, est d’abord ancien ! En effet, selon l’écriture il avait été donné depuis longtemps déjà. Nous pouvons donc dire que c’était un vieux commandement, faible et usé, à force d’être transgressé et retransgressé. Et voici que ce commandement devient nouveau : il est nouveau selon l’Esprit-Saint, selon le « Défenseur qui sera pour toujours avec vous », car la force de le mettre en pratique n’est donnée qu’avec - et c’est là le nœud - l’Esprit du Christ ! Entendez bien : sans l’Esprit que Jésus nous donne, il n’est pas possible d’être fidèle aux commandements. Par nos seules forces, c’est impossible. C’est pourquoi nous avons besoin d’un Défenseur. Ou pour le dire autrement : il nous est impossible d’aimer si l’Amour n’est pas en nous !
Sans trop développer, je signale qu'il s'agit du problème fondamental de la Loi ancienne. Elle imposait l’obligation d’aimer, sans donner la force nécessaire de le faire. On se fatiguait, on se décourageait, on tombait, et à force, on ne se relevait même plus. On s’habituait à la boue, à rester dans le fossé. Car pour avoir la force de faire le bien, d’accomplir la Loi, il fallait la grâce! Et pour avoir la grâce, il fallait Jésus. Sans la grâce, on ne peut pas faire ce qui est bien. On peut au mieux le désirer, sans parvenir à l'accomplir. Le principe de tout bien est toujours Dieu.
Dans les faits, le commandement de l’amour n’est pas devenu un commandement nouveau lorsque Jésus l’a formulé. Mais il est devenu un commandement nouveau lorsque, mourant sur la croix et nous donnant l’Esprit Saint, Jésus nous rend de facto capables de nous aimer les uns les autres, infusant en nous un vrai commandement nouveau au sens actif et dynamique : parce qu’il «renouvelle», il rend nouveau, il transforme tout ceux qui se disposent à l’accueillir.
Deux brèves objections.
La première : certains diront de l’Amour qu'il ne se commande pas. Et bien c’est faux! L’amour n’est pas un sentiment que l’on subit, un mouvement de l’appétit sensible, mais un « acte de la volonté ». Ce n’est pas un désir ardent de l’autre (concupiscant), mais une disposition stable à vouloir le bien de l’autre.
La deuxième objection est l’amour de soi, si chère à notre société. N’est-il pas bon de s’aimer soi-même ? Pourquoi Jésus n’en parle pas ? Bien sûr que c’est bien de s’aimer. Oui ! Mais pour le chrétien l'amour est relation. Une relation de don qui unit à un autre, à Dieu et au prochain. Je ne peux pas m’aimer en me regardant moi-même, seul tourné sur moi, en me donnant à moi, ce que je pense être bon pour moi. Non, mais JE M’AIME EN AIMANT DIEU ET EN AIMANT MON PROCHAIN. Je réalise ma valeur et ma dignité à mesure que je vis une relation d’amour avec Dieu et avec mon prochain. L’AMOUR VRAI N’EST JAMAIS TOURNÉ SUR SOI, MAIS TOUJOURS OUVERT SUR L’AUTRE.
Le cadre de la fidélité aux commandements étant donné, voici le cœur du propos de Jésus : « vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et
moi en vous ». C’est par la fidélité aux commandements que l’on expérimente l’union à la divinité. Nous participons alors à l’union du Père et du Fils dans l’Esprit
qui nous est donné. Obéir à la Parole, c’est donc s’unir volontairement à Dieu, et ainsi participer de ce qu’il est : la Vie en plénitude. L’union à Dieu, c’est le bien le
plus désirable. Il est désormais accessible à celui qui aime en acte et en vérité, en étant fidèle aux commandements.
Merci Seigneur pour tes commandements.
Ils ne sont pas des contraintes, mais une concentration sur l’essentiel.
Une façon pour Toi de nous dire ce qui est important.
Seigneur, quand tu commandes, tu donnes toujours les moyens de réaliser ce que tu demandes. Tu ne demandes jamais rien d’impossible.
Merci pour ton Esprit Saint, il vient au secours de notre faiblesse pour nous aider à aimer comme tu nous aimes.
Seigneur, le fruit de notre amour, c’est de T’être uni : être en Toi, comme tu es en nous et dans le Père.
Merci Seigneur pour ta Parole qui éclaire, pour ton Esprit qui défend et qui ne nous laisse pas orphelins.
Seigneur, commande ce que tu veux, et donne-nous ce que tu commandes.
Amen.
Père Jérôme Jean.